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Vol avec la PAF sur Fouga par Pierre Peyrichout

Melun 2019 Patrouille Tranchant sur Fouga-Magister ©Xavier Cotton

« Je m’étais donc rendu le 26 mai 1978 avec mon D119 à Salon de Provence pour un vol à bord de « La Patrouille de France » pour une répétition du programme de l’époque : un jour historique, inoubliable s’il en est. J’étais assis sur le siège arrière du Fouga-Magister piloté par Fauque – à l’aile droite de la patrouille. 

Le photographe, Frédéric Bunel (décédé le 30 septembre 2013, son pauvre cœur l’a lâché à 61 ans) était lui à l’aile gauche, son Fouga piloté par un nommé Marche. Nos emplacements aux extrêmes, permettant des évacuations plus rapides… au cas où.

Siège avant du Fouga-Magister ©Xavier Cotton

         « Un petit accroc cependant : les places arrières ne disposaient pas de systèmes pour brancher les combinaisons « anti-G ». Tout habillés en bleu, nous sommes donc montés avec parachutes et casques, mais non équipés des parties gonflables de la combinaison. Je me souviens d’un dossier en place arrière d’une horrible verticalité, loin de la timide inclinaison en place avant favorisant le confort du pilote.

        « Soigneusement brêlés par des assistants, nous n’avions plus qu’à fermer la verrière »…

        « Aujourd’hui, les Alphajets de l’actuelle Patrouille de France sont en fin de vie. Par qui seront ils remplacés ? Inutile de préciser que pour moi, les « Fouga-Magister » avec leur nom magique, leurs belles ailes droites qui ne pardonnaient pas la moindre imprécision, leur bidon de bouts d’ailes, et leur empennage papillon sont mes préférés. A leur bord, j’ai surtout vécu la plus belle expérience de ma vie de pilote, d’autant que nous sommes peu nombreux en France à avoir partagé ce privilège : VOLER AVEC LA PAF ».

         Pierre PEYRICHOUT

Éclatement par le haut de la Patrouille de France

LA PATROUILLE DE FRANCE

 Pierre PEYRICHOUT

            Avant la grande vadrouille du lendemain, il y a d’abord l’arrivée à Salon de Provence. Par les airs, et ce fut mon cas – ils s’en souviendront d’ailleurs longtemps à la base, de mon entrée de zone avec une radio qui marchait un coup sur deux alors que s’ébrouaient les Fouga en tour de piste. Par les airs donc, même le béotien en géographie voue à ce coin de France des qualificatifs plutôt élogieux. La garrigue, les chênes verts, la rocaille, le thym et les lapins qu’on y devine, tout ce décor s’étire entre la délicatesse de Daudet et la chaleur de Pagnol. Même Patricia, l’indulgente petite reine du « 122.10 » a cet accent charmant dont on perçoit illico la magnanimité. Merci encore. Salon, elle, est à l’image des environs : allées aux ombres généreuses, petites places et joueurs de pétanque attentifs, timides fontaines ruisselantes de fraîcheur, sous leur jupon de mousse. Bref, on a du mal à croire que ce soit un coin où l’on puisse faire un travail efficient avec toute la concentration nécessaire…

            A l’ouverture de la verrière, la température vous confirme les quelques degrés de l’altitude qu’on vient de dégringoler. Puis, pour vous mettre dans le coup dès l’immédiat : le souffle chaud des biréacteurs de la PAF au roulage avec leur odeur âcre de vieille lampe à pétrole. Ça m’a toujours étonné ce contraste entre le moderne et l’ancien ! Le réacteur, invention récente et sophistiquée et son effluve de lampe à huile pour les grand-mères en soirs d’orage. Rien n’est nouveau sous le soleil !C’est le Commandant Déroulède, lui-même qui m’accueille à la descente d’avion. Directeur du Bureau de Presse et des Relations Extérieures à l’École de l’air, il m’avait donc fixé rendez-vous pour ce grand jour. Je ne devais jamais le regretter. Et puis, en fin de compte, arriver en début de programme est un privilège forfait mais indéniable. Pour l’heure, je suivais des yeux les neuf papillons tricolores tremblant dans l’air chaud des Marboré. Ici, dans un travail qui se répète, des hommes, sous la sueur du casque et des accélérations, vont se débarbouiller de voltige, de ciel et de Lumière, s’enivrer de cette joie si prenante et ineffable que communiquent le vol et le pilotage et qui fait que c’est l’imperfection de la veille qui justifie l’effort et la récompense du lendemain.

            Ils sont donc là les neuf Fouga de la Patrouille de France, suivant le leader et se reniflant mutuellement. Ils sont partis tranquilles, comme des ménagères allant au marché, à la queue leu-leu. De temps en temps, dans le souffle tremblant de leur tuyère on en remarque un qui pique un peu du nez sous l’impulsion d’un coup de frein pour maintenir l’allure et l’espacement. Au loin, du côté de la Méditerranée, la brume ne se lève pas encore… Le décor est toute quiétude, gommé des habituelles turbulences, excepté du côté du point d’attente de la 34 où le sifflement désagréable des réacteurs se mue en crachement sourd, puissant comme un orage de soude caustique dans le siphon d’un évier.

            Près de moi, le Commandant Berthonneau branche le magnétoscope. Tous les jours à Salon, et en dehors des meetings, c’est ainsi l’école pour neuf de ces nombreux pilotes qui font la population des grandes fêtes de l’air, et pour qui la perfection n’existe que si le relâchement est banni de leur panoplie.

Décollage du Fouga F-AZNK au meeting 2014 de Troyes ©Xavier Cotton

   Après avoir avalé pas mal de piste, escamoté leur train dans une époustouflante simultanéité – ma parole, il n’y avait qu’un seul interrupteur pour tout ce beau monde – la Patrouille se regroupe hors de la vue des spectateurs. Comme ça, vu d’un œil froid, ce travail risque d’être mal interprété. Mais indéniablement il ressemble à toutes les répétitions obscures des numéros des gens du voyages, à toutes les pages que jetait Victor Hugo avant de se voir satisfait, à ces milliers d’heures où Chopin et Rubinstein ont pianoté en cachette dans les coulisses de leur début. Ici, le travail est déjà parfait, mais le coup de patte, comme les doigts du pianiste, s’ankylose dans l’inactivité. Alors, on recommence, encore et encore…

            Droit devant, dans un horizon pâlot, le voilà le Festival Marc Amberg : Arrivée face à nous en « Très grande Flèche ». La silhouette du Fouga, ses grande plumes, fines, et les bidons comme deux points ponctuant l’envergure ; tout cela est déjà du très grand art et comme tel, pas démodé le moins du monde. Et hop ! Ça monte en boucle alors que la formation passe en diamant. Le plus surprenant avec le réacteur, c’est qu’on dirait que le badin n’est pas exagéré au départ et qu’il reste constant pendant l’évolution ; ce n’est bien sûr qu’une idée, car le Fouga est loin d’être surmotorisé, il faut pour le· pilote jouer avec la finesse de la cellule, sa pénétration, ne pas trop tirer pour ne pas casser la vitesse, mais enrouler tout ça tranquille et gracieux comme le ralenti d’un film. Pour le leader, c’est encore loin d’être un cadeau. Il doit cadrer les figures, contrer le vent et penser aux petits copains derrière qui transpirent dans la turbulence pour maintenir compacte une formation qui ne demanderait qu’à se dissoudre. Le leader, c’est Marc Amberg, blond et d’un calme à faire peur, apparemment secret, sûrement modeste, un gars comme on les aime quand on sait que tout à l’heure on sera sur le siège arrière d’un des compagnons.

La PAF en montée ©Frédéric Bunel

Et la boucle se poursuit. A son sommet, les Fouga sont toujours unanimes dans leurs trajectoires, à passer dos d’un commun accord. Ils descendent vers la verticale. Une seconde de plus … « Top », et ça tourne sur la gauche, les pilotes écrasés par les « G » – on en reparlera bientôt – avec un point bas vers cinquante mètres, peut être trente. Au cours de ce tombé, la formation s’est « tordue » comme une feuille de papier soulevée par un coin, pour bien montrer que ce n’est pas un avion qui évolue, mais un ensemble, un plan unique ; c’est ça la Patrouille, et la figure suivante s’enchaîne sans blanc.

            Ceux qui sont insensibles à ce genre de présentation sont pour moi des incomplets, des gens à qui il manque cette fibre qui vibre en fonction de l’esthétique ou du grandiose. J’ignore beaucoup de disciplines, mais quand je vois un maître en pratiquer une, c’est le genre de chose qui me cause tout de même à l’âme. Et ce matin, je m’en mets plein les yeux.

            C’est comme la fameuse descente dos des solos. Quoi de plus simple qu’une descente dos ? C’est serein tout plein. Mais là, à deux, indissociable, on les imagine venir se reposer, couler sur un rail invisible et nous saluer au passage avec un coup d’oeil narquois qui voudrait dire : « Qu’est-ce qu’on est bien nous » ! Et c’est vrai que cette patrouille, à la vue de ces évolutions exprime le calme et la douceur des gens sans problèmes, vivant dans leur époque et leur quartier comme la poire dans une bouteille d’eau de vie.

Mennhuin aussi a commencé avec un professeur.

La PAF en montée dos
les Pilotes de la PAF en 1978

            Tiens, on va vous les présenter les gars de la PAF. A tout Seigneur, tout Honneur, Marc Amberg le leader : 33 ans, ça fait deux ans qu’il est à la Patrouille et il cumule 2600 heures de vol. Les deux Solos, Cap. Jack Krine et le Lt. Henri Davidian, dans les 34 ans et 7500 heures à eux deux. Pas des tristes les gaillards ! Jack a de belles moustaches, un front presqu’aussi luisant que son casque, on le verrait bien dans un vaudeville de Feydau, et on ne s’ennuierait pas. Henri, lui, c’est plutôt le physique de cinéma, le hâle brun du baroudeur, un sourire à la Lino Ventura. Sans compter qu’il doit avoir un regard d’aigle ou pas les yeux dans sa poche : Les Lts. Marche et Fauque, ce dernier fêtant ses 35 ans le jour de mon baptême à bord de la PAF ; rassurant sur la marche à suivre, les évolutions de la Patrouille, 6000 heures à eux deux, et c’est aussi la deuxième année qu’ils passent à la PAF. Cette année, ils sont équipiers extérieurs. Les équipiers intérieurs cumulent 5000 heures de vol ; il s’agit du Cap. Bernard Inge et de l’Adjt. Henry Homo. Blond bien coiffé, physique de jeune américain à la Lindbergh, il a la figure bien sage du garçon qui va à la distribution des prix. Les deux charognards : le Lt. Rémy Neycensas, du haut de ses 36 ans, c’est presqu’un vieux. Vous pensez ? C’est sa quatrième année à la PAF, avec la Médaille Militaire, la Croix Valeur Militaire, et la médaille de l’Aéronautique. Quant au Lt. François Claudel, il a cette passion farouche du vol si on en juge par ses débuts. Il a construit un Bébé Jodel, et puis comme il a dit : « Il a bien fallu y aller ».

Rencontre avec Jack Krine meeting de Melun ©Liliane Cotton

Après le break vertical qui clôture la présentation, les pilotes vont au casse-croûte et au dé-briefing où l’écran du magnétoscope reste le juge infaillible de leur travail. L’atmosphère est détendue, franchement drôle, mais il y a sur toutes les phrases du genre, « tiens, t’as décroché un peu dans le tombé » ou alors, « ce matin, dis-donc, j’avais une de ces frites », le voile du respect à vouer au leader : service-service, discipline-discipline. Marc sait tout aussi bien plaisanter que les copains, mais dans le travail, il reste celui qui dirige, orchestre cette symphonie pour neuf instruments et sait se faire écouter.

            Le Lt. Claude Prado et l’Adjt. Jacques Pourchelle sont les deux remplaçants, ceux qui doivent au pied levé piloter à la place du copain qui vient de tomber malade. Des rôles ingrats mais indispensables et à ne pas oublier.

Patrouille Tranchant sur Fouga Magister Melun 2019 ©Xavier Cotton

Prélude

            Et tous n’ont vraiment pas l’air de s’ennuyer. Oui : J’ai même rencontré des militaires heureux ! Comme quoi, quand les intérêts et la passion animent une personne les tâches les plus dures et les plus exigeantes sont menées à leur terme et dans les meilleures conditions. Je dis ça, parce que mon stage obligatoire dans une caserne d’Alsace ne m’a pas du tout laissé la même impression.

            Ce soir-là, dans la chambre réservée au mess, je m’endormais avec le sceptre du vol de demain matin. Il était déjà tard, ou disons très tôt et j’échafaudais déjà les parades les plus farfelues pour pallier les sensations qui m’attendaient le lendemain matin.

            Je me suis donc retrouvé dans la traditionnelle combinaison bleu clair, sous un casque tricolore, le laryngophone ad hoc, prêt à grimper en place arrière de ces Fouga, aujourd’hui si célèbres qu’ils semblent concurrencer la Tour Eiffel et le canotier de Maurice Chevalier au rayon des symboles ambassadeurs de la France. Le parachute-coussin avait le confort égal à celui de ses confrères, c’est-à-dire relatif, mais je ne jouais pas les difficiles.

Jack Krine solo de la Patrouille Tranchant au meeting de Melun 2019 ©Xavier Cotton

            J’étais dans le cockpit d’un avion-école militaire, donc dans un engin préfigurant le plus possible l’avion de combat que l’élève sera appelé à piloter plus tard. C’est effectivement assez loin de l’avion de club ; pas de gadgets superflus, de capitonnage moelleux, une allure de terrible efficacité et déjà-est-ce une impression ? – assez redoutable. Le harnais cinq branches a l’air costaud, beaucoup plus que sur nos avions de voltige à moteur et de plus, il s’avèrera très confortable lors des passages négatifs. Petits essais lntercom avec le maître de céans. La voix rassurante et claire de Lucien Fauque passe dans les écouteurs. Je commençais à me sentir tout seul devant ce tableau de bord impressionnant.

                        – C’est la première fois que tu fais du jet ?

                        – Oui.

                        – Tu vas voir, c’est passionnant et pas si dur que ça.

            Je me rassérénais d’un coup. J’avais le pilote idéal pour ce genre d’aventure : calme, communicatif et rassurant.

                        – C’est OK pour le gyro?

            Je m’exécutais.

                        – Et c’est parti à gauche, lança-t-il.

            Effectivement, l’aiguille du compte-tour du « Un » grimpe régulièrement, en même temps qu’un sifflement étouffé par le casque et les écouteurs renseigne sur la réalité

du fait. La porte est fermée, le boudin étanche comprimé et les bruits des réacteurs percent à peine cette verrière épaisse et le sarrau d’aluminium du fuselage.

                        – J’envoie la « pressure », commente Lucien. Et aussitôt deux petites boules invisibles viennent se loger dans les oreilles. Un bâillement à se décrocher la mâchoire les chasse aussi vite.

Contrôle radio : Chacun égrène son numéro d’ordre dans les écouteurs du voisin.

                        – Un

                        – Deux

                        – Trois

                        – …

                        – O.K., on y va, annonce le leader.

            Et la jolie brochette de Fouga s’éparpille du parking pour se retrouver en un ordre non moins parfait sur la bande blanche du taxiway. Je confine à l’extase. Ce que ça peut être beau des avions au roulage quand celui-ci est parfait, régulier, coulant comme une rivière trop lente. De petits coups de frein affinent les espacements. Devant, à quelques mètres, les deux petits tubes pour les fumigènes sont nettement visibles sur le Fouga du copain. Je me demande si tous ces pilotes sont aussi relax sur une autoroute quand on roule à cent sur trois files avec des poids lourds sur les côtés.

Patrouille Tranchant sur Fouga au meeting de Melun 2019 ©Xavier Cotton

Hilare

            Sur la piste, bien alignés, ils ont commencé par mettre plein pot sur les freins, mais frétillant de la sorte sous la poussée, on voyait bien qu’il allait se passer quelque chose et que le festival était imminent. Jusqu’à présent, enfiler la combinaison, choisir un casque, marcher vers les Fouga, tout cela était le cérémonial, inquiétant aussi parce qu’inconnu. J’étais le spectateur intrus et curieux qui dérangeait.

            Maintenant, d’un coup, tout s’efface. Je suis dans l’événement, vibrant avec le souffle brûlant des réacteurs qui déforment le paysage comme du verre cathédrale.

                        – TOP !!!

            D’un bond les Fouga s’élancent. Fauque maintient l’axe par de petites pressions sur les pédales. Les petits coups de freins secs comme des coups d’éperons et qui me faisaient partir en avant au début du roulement sont maintenant oubliés. Le badin prend vie : 50, puis 60 Kts. La roulette est soulagée. Idem sur les Fouga qui nous précèdent. Fabuleux ! Et Lucien joue de mouvements imperceptibles sur le manche. Je regarde le mien vivre par millimètres interposés, comme si un PA trop sensible l’animait. Petit à petit, on sent les joints de ciment de la piste défiler plus vite sous les roues, puis se faire plus discrets ; le Fouga dandine un peu. En l’air ! Devant, c’est pareil, et nous on se rapproche encore.

                        – Attention le trainnnnn, TOP ! Et toutes les trappes se ferment d’un commun accord. La montée est paisible ; j’en oublie de regarder le badin, histoire de me renseigner sur des paramètres élémentaires, c’est trop beau. Ceux qui nous suivaient nous ont rejoints, et on enroule un virage par la droite dans une montée toute douce. Continuellement, le manche et la manette des gaz s’animent de mouvements brefs mais sans brutalité, tout doux là aussi, comme des caresses.

                        – Tu vois, m’annonce Fauque en me sortant un peu peu de ma contemplation, la mise à l’air libre de son bidon doit cacher son phare d’atterrissage. Vicieux comme je suis, je contrôle pour m’assurer si j’ai affaire à un crac et… c’est bon. Si bien que je comprends pourquoi un pilote de la PAF doit être sujet à un sérieux torticolis. Il n’en finira pas de regarder sur la gauche à voir si tout est correct, et tout ça pendant les vingt-cinq minutes que dure la présentation face au public. Nous, on va faire un peu plus ; c’est l’entraînement.

            Au briefing, le leader a dit, on va commencer par deux tonneaux, la dernière fois ce n’était pas parfait.

            Et la formation descend, en léger désaxe par rapport à la piste pour passer une barrique grand cru la bille au milieu. Le badin s’annonce vers 300 Kts.

                        – Et hop, tooonnneauuuuu, commente le Sieur Marc Ambert. La Patrouille s’exécute dans une grâce étonnante. Sur la tranche, un regard jeté sur la gauche me montre l’autre ailier quelques dizaines de mètres plus bas ; puis on s’achemine vers le dos, en sommet de barrique ; je regarde toujours cette mise à l’air libre du réservoir pour voir si elle cache bien le phare d’atterrissage. Je n’arrive pas à être déçu. C’est parfait. On dégringole, toujours parfaitement soudés. Je suis hilare. Un sourire jusqu’aux deux oreilles doit balafrer ma figure. Les larmes aux yeux, un gosse émerveillé.

                        – Ça va ? se renseigne le Commandant de bord.

            Je ne sais quoi répondre. Les mots se bousculent, les impressions aussi. Soyons francs. Le spectacle que voit habituellement le public nous échappe entièrement, mais pour un pilote je me rends compte que le véritable spectacle de la Patrouille se passe à bord des appareils, pas sur les planches d’une tribune. C’est dans cet antre que naissent les émotions, que s’échafaudent les efforts et l’attention pour passer les figures. C’est enfin là où le véritable travail des hommes prend toute sa saveur et sa force. Les fumigènes, les enchaînements, l’habile chorégraphie de l’ensemble, ce ne sont que les rubans qui embellissent le cadeau. C’est peut-être mieux ainsi. Les spectateurs ne voyant qu’un travail collectif, anonyme, une seule chose : La Patrouille de France. Nous autres, parce qu’on a la chance de s’y connaître un peu, c’est ici notre vrai cadeau ; mais parce que nous avons aussi le malheur de nous y connaître un peu, c’est une superbe leçon d’humilité. La récompense qui prouve bien que rien ne s’acquiert sans effort ou sans répétition.

            Il s’inquiète toujours le pilote.

                        – Oh ? Ça va ?

                        – Oui, oui. Que voulez-vous que je dise ?

                        – Bon, on va remettre ça.

            Reprise de vitesse, et ça tourne encore. Je ne sais pas si c’est le super-pied bleu d’azur dont parlent les présentateurs de hit-parade, mais je sens que ça commence à venir. On s’éloigne un instant, le temps de passer en « Très Grande Flèche » et d’arriver face à la piste.

                        – Maintenant, ça va être la boucle.

            Merci M’sieur de me prévenir. La Patrouille est en légère descente, jusque 300 Kts.

            La piste est là, sous notre capot.

                        – Top ! Et c’est parti. Aïi, ça tire, et ça dure.

            Et le manche est parti comme un boulet sur la cuisse gauche, le harnais que je n’ai pas resserré depuis le début est toujours bien en place.

Une main invisible s’est fourvoyée dans mes tripes et tire mon corps vers les pieds. Je ne mesure que 10 centimètres d’épaisseur.

La verticale passe, toujours soudés les copains, incroyables qu’ils sont. Les « G » disparaissent un peu dans la partie supérieure de la boucle. Tous les mouvements sont relatifs. Pour nous, c’est le paysage qui tourne. Nous, on reste là, paisibles. On regarde les ombres jouer sur les avions, le soleil qui dessine ses reflets sur leur surface, la lumière du coin jaunie par les pinèdes et la brume qui se marie au rythme des figures. Ça, c’est ce que peut voir un passager en place arrière quand il n’a pas à se préoccuper du pilotage et de la formation. On repasse dans l’ombre, le soleil derrière nous, et ça redescend avec le sol qui approche… et les « G » qui reviennent. C’est bien bas tout ça. Au sol les Mousquetaires du GALEA montrent leur tableau de bord. Allez, ça passe à trente mètres et à 300 Kts. Dix secondes qu’elle a duré la boucle, entre 4 et 5 G. Je commence à envier le pilote qui lui possède la combinaison anti-G.

                        – Ça va ? Interroge Fauque

                        – C’est bonnard !

            Passage en « Viggen » : trois petits coups d’aérofreins, on part dans les bretelles. Il parait qu’ils ne sont pas très efficaces, les AF du Fouga, moi je trouve ça probant.

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Et un tonneau, encore un avec passage en « Petit Canard ». Droit devant, le paysage s’incline, et le monsieur qui nous précède envoie du fumigène au « Top » du leader. En regardant son papillon au cours de la figure, tout semble étrangement immobile ; le ciel et la terre ne sont qu’une toile de fond placée là par formalité. 100 Kts en haut de la barrique, la bille au milieu, et tout le monde redescend, unis comme à la première minute. Quelques voitures circulent sur l’autoroute, le canal est sans une ride, l’air sans turbulence. Descente en « Trois V ».

                        – Attention les Solos, Top ! commande Ambert, et les deux Solos s’écartent. Nous, c’est parti pour un trèfle à gauche, les « G » qui reviennent. Là, il a tiré un peu plus ; j’ai les semelles qui vont rester collées au plancher si ça continue. Un tombé à droite, un bon 300 Kts, une boucle, et ça tire encore, et la Patrouille se sépare. Cette séparation, elle est à mettre au crédit de Marc Ambert, le nouveau leader de cette figure vaut vraiment le coup d’oeil vu du public. Nous, on file sur la droite, en s’alignant sur la piste. De l’autre côté, la patrouille de trois, toutes fumigènes ouverts en fait autant. Plein pot en cap collision. Zouaff ! Et on dégage la scène pour l’arrivée des Solos.

Jack Krine en Solo de la Patrouille Tranchant Melun 2019 ©Xavier Cotton

Acide

Nous autres, à sept, on va bien s’amuser quand même. On remet ça pour un « Tombé droit » et un passage en flèche dans la montée. Là, il faut prendre du badin, jouer sur la figure et Fauque qui enfonce ses manettes de gaz pour rattraper le copain et se démarquer sur l’extérieur. C’est dans de telles figures qu’on voit que le Fouga n’a rien de trop comme puissance pour évoluer. Il faut jouer serré. Un poil d’AF ; le tout est en place et c’est le top du palmier : une sensation sublime, une lumière comme dans un film d’Albicoco ; les « G » qui vous assaillent, mais ça vaut le coup de souffrir un peu pour voir du spectacle, pour voir du travail sans bavure, où l’à peu près est banni du programme. Il est facile de deviner chez ces pilotes l’entraînement régulier. Ils vous exécutent l’enchaînement par cœur, sans le moindre trou de mémoire confiant dans le cadrage du leader.

 

                      – Bon, maintenant, on va passer dos.

                        – Top !

                        – Top, sortie dos !

            Fauque pousse d’un coup bref sur l’avant et gauchis à nouveau.    

                        – C’est rapide ? Hein ? Commente-t-il.

            Pour être franc, je n’ai pas eu le temps de voir grand-chose. Mais je suis certain que ces quelques secondes en négatif ont remis un peu de sang là où il en manquait suite aux « G » positifs.

On se refait vite une santé dans ces trucs-là. Après l’éclatement de la bombe et le break vertical clôturant dos, les mises et les sorties.

            Avec la chaleur qui monte petit à petit, les turbulences qui vous secouent les « G » qui se sont accumulés comme par plaisir, vous percevez soudain cette petite salive acide dans les environs des gencives qui vous prévient que vous allez être malade. Alors, on prend ses précautions et on avertit le pilote. Plein d’indulgence qu’il est, Lucien !

                        – Si ça va pas, prends le casque. J’en suis pas encore là, mais je prévois, c’est tout et Fauque dégage, et me ramène comme s’il pilotait un charter de bébés en couveuse.

            Ouf, ça va mieux. Il me gratifiera même d’un « kiss » de derrière les fagots, et tout ira mieux dans quelques minutes. Inlassablement, les Fouga de l’Ecole de l’Air reprendront leur ronde pour le restant de la journée. Après le dé-briefing, les pilotes prendront un sandwich ou deux, prépareront leur « barda » et s’envoleront pour leur tournée d’été, baladins d’aujourd’hui, trouvères ou chantres de la Haute École de la Voltige de meeting. Chaque fois, il faudra vaincre la routine, cette habitude qui devient relâchement, et chaque matin qui se lèvera sera une leçon de courage « .

Pierre Peyrichout

Source de informations :

  • Article de Pierre Peyrichout paru dans AVIANEWS juillet 1978
  • Jack Krine
  • photos de Frédéric Bunel, Liliane et Xavier Cotton


Bon anniversaire René par Pierre Peyrichout

100 ans !

   Comme disait ce cher Claude Chabrol : passé un certain âge, souhaiter un anniversaire ressemble à une insulte. 

   Rien de tel avec René Fournier, capable – comme il me l’a prouvé il y a quelques semaines encore – de réciter une prose de Byron dont j’avais besoin pour un ouvrage. Et pour me montrer son infaillible mémoire, il enchaîna avec des poèmes de Musset et de Baudelaire. Impressionnant, René !

    J’ai un autre souvenir. Un matin, vers la fin des années 70 , il débarqua dans la chambre d’amis de «La Halbuterie», son manoir d’Athée-sur-Cher (qu’il avait trouvé à l’état de ruines et reconstruit de ses mains) et me réveilla au son du violon. Il aurait pu être artiste, s’il n’avait « pas mal tourné », disait-il en riant. A l’origine, René Fournier était céramiste d’art, il a fini « avionneur », un vocable qu’il adore. Mais quel constructeur ! Et quel succès ! Plus de 500 avions, certains sous licences volent encore sous d’autres appellations. Au total, plus de 35 pays abritent des avions signés R.F.

   La lignée est importante. Du RF01 détruit en meeting à Dijon, au RF10, il a raconté tout cela dans une brique de 392 pages « Mon rêve et mes combats » – édité aux Editions SIER et toujours disponible. Il y égratigne durement l’administration française, croulant sous les normes ridicules et démotivantes. Une Bible honnête qui verrouille toute autre possibilité de raconter la vie aventureuse de l’auteur.

   Pour cause de pandémie, la célébration de cet anniversaire, ce 14 avril de légende a été reportée à l’année 2021. J’espère Cher René, que le confinement sera levé et que je pourrais te rendre une visite d’ici là…     

Pierre Peyrichout 

Éditions SIER
40, Avenue de la République
37170 Chambray-lès-Tours
France
Tél +33 (0)2 47 27 23 63
Fax +33 (0)2 47 27 18 93


Vol sur simulateur de DC9 par Pierre Peyrichout

Pierre Peyrichout prêt à la mise en route du DC9, devant l’aérogare d’Innsbruck. (collection privée Pierre Peyrichout)

C’étaient de ces « kombinat » industriels que les pays socialistes produisaient à foison, comme à plaisir. Dans le nord de la République tchèque, à Liberec (100km au nord de Prague) ils sont toujours là, délabrés, désaffectés, en ruine. Parfois des start up profitent des loyers ridicules pour s’y installer. On accède à ces perles après avoir sollicité poliment l’ouverture d’une barrière, et navigué à travers de longues allées bétonnées de lourdes plaques disjointes, de flaques d’eau croupie, de rails où circulaient draisines et wagonnets désuets au bon temps du communisme. Puis là, au détour d’un pan de mur, un parking, une Tesla modèle S et une porte avec la mention « real simulator ». Un autre univers.

Découverte de l’autre univers

Murs blanc cassé, sol de béton lissé, casiers pour ranger chaussures et autres sacs. Une belle armature circulaire abrite le Saint des saints. Auparavant, passage obligé (animal de compagnie s’abstenir) par un lounge VIP, fauteuils design rouge vif, rangée de hublots donnant sur un paysage survolé à quelques 600ft où Petr Bily, le maître de céans et pilote privé propose au bar, en chemisette galonnée de commandant de bord des breuvages permettant aussi de « piloter beurré », si le cœur vous dit.

Derrière l’enceinte circulaire, un vrai DC9. Plus exactement le cockpit tronçonné du N1332U de l’ex-compagnie américaine NWA. Construit en 1969, il affiche 90.000 heures de vol. Les principaux hard et software ont été opérés par Jindřich Machalínek – lui aussi galonné – électronicien qui fait office d’instructeur link. La troisième cabin crew est Petra Bila, l’épouse du Cap’tain, qui s’occupe des relations clients.

Il paraît que c’est réaliste en diable. Je crois sur parole. D’autant que la vision est panoramique à 270°. L’angle (vraiment) mort est donc dans le dos. Le client a le choix entre 24.000 aéroports entrés dans la base de données.

Pierre Peyrichout aux commandes examinant le manuel de mise en route. les images projetés des avions stationnés sur la parking à l’arrière du simulateur, atteste bien des 270° de vision panoramique disponible. (collection privée Pierre Peyrichout)

Il fait CAVOK à Innsbrück.

J’étale modestement 1200 heures, une qualif bimoteur léger qui n’est plus qu’un souvenir très lointain, pour bien montrer que je ne suis pas au niveau et que je vais découvrir un monde inconnu. Il est beau, le monde à Innsbrück. J’aime cet aéroport sur les bords de l’Inn. Enchâssé dans le relief, il a de la gueule. 2000 mètres de piste et un VASI sur la 08 devrait me convenir. Je dis bien « devrait »… Je passe sur les procédures de démarrage. Longues… Les problèmes commencent au roulage. P… de roulette de nez ! les inerties, les amplitudes… Finalement, on s’y fait. Tout doux sur le palonnier. Wooaw, je suis le Fangio du taxiway. La ligne jaune défile bien droit et à vitesse professionnelle. Alignement…Souvenir d’aéro-club, tout se fait en VFR et sans radio.

– Please, no crosswind and no failure on take-off.

– Sure ! garantit l’instructeur.

Tour de piste prévu à 6000ft par la droite. Mise de gaz progressive, quasiment en deux temps. Miracle, ça avance (presque) droit. Ça pousse comme il se doit. On part du principe que la V1 est à 110 Kts, rotation à 130, montée à 140 et 15° d’assiette. Vario positif, frein, le train rentre, le bruit va avec. Ça pousse toujours. Vingt Dieux, je pilote un DC9 ! Parada ! disent les Tchèques. D’un stylo laser, l’instructeur fixe un point sur la montagne, quelque 30° sur la gauche. On doit « frôler » les forêts pour avoir ensuite la place d’un 45° d’inclinaison par la droite, piloté à l’horizon. J’adore les ailerons, remarquablement indifférents de l’appareil. Avec le plein des réservoirs d’ailes, je m’attends à une certaine lourdeur à basse vitesse. Que nenni !

M… Au lieu de m’extasier sur l’homogénéité des commandes, j’aurais dû vérifier. Qu’est-ce que je fais là, à 7500 ft ? Je pousse sur le manche, trim, mais l’alti monte encore. Je contrôle au vario, lui aussi. Je trime méchamment à piquer, voilà que le manche tire dans la main. Enfoiré de DC9 ! … Vent arrière, déjà ? Je ne l’ai pas vue venir. Le badin est à 250 Kts. Je devrais être à moins de 200 pour intégrer à 4300ft et à 130Kts la pente du VASI. Autrement dit, c’est déjà foiré. Rien n’est stabilisé. Pour aggraver, j’ai du mal à déverrouiller la palette des volets. Merci à l’instructeur qui joue les auto-manettes. Gaz, train, volets, il s’occupe de tout. Ouf ! mais ça ne suffit pas. Je te jure qu’elle arrive vite une piste quand tu déboules à 130 Kts et que le repas n’est pas prêt. On n’a pas idée aussi, de construire des pistes quatre fois trop étroite ; surtout pour moi, aujourd’hui. Bien sûr, j’overshoote l’axe, le VASI est écarlate. Trop bas pour une baïonnette. Discute pas : remise de gaz. L’instructeur est là pour me décharger des tâches ménagères. Je ne m’occupe que des trajectoires, c’est déjà beaucoup. Au deuxième essai, je le pose sur l’herbe. J’imagine les dégâts. Au troisième, sur la piste, enfin ! Mais je termine debout sur les freins… Je m’essuie presque le front et rigole, parce qu’on y croit, à ces jouets pour grandes personnes !

Commentaire de Nathalie.

– Si je n’étais déjà montée avec toi, je ne croirais pas que tu étais pilote.

Je fais remarquer à ma fille.

– Si tu passais de ta Peugeot 108 à un 40 tonnes avec remorque, l’effet serait moindre encore.

Après, nous avons fait joujou. Décollage de Prague. L’aéroport Vaclav Havel est dégagé tous azimuts, avec une 06/24 de 3700 mètres, nous avons survolé la capitale de la Bohême à basse altitude, remonté la Vltava, tourné autour du château de Karlstein et visité la région.

Je m’attendais à des sensations comme on pourrait en éprouver (j’imagine) en faisant l’amour avec une poupée gonflable – on a le droit de conjecturer, non ? Pas du tout, j’ai vraiment pris du plaisir. Il me faudrait encore une bonne dizaine d’heures pour être à peine à l’aise et profiter pleinement.

Premier conseil : maîtriser et anticiper les incroyables inerties (au moins 6/7 secondes). Ensuite, ne presque pas arrondir et plutôt vomir l’avion. Quand on a pigé ça, on a fait un sacré bout de chemin, mais elle est encore très loin, « la qualif de type ». Sans parler de la quinzaine de centimètres de documents A4 à se fader…

Le coût de la balade dépend de la formule et de la durée : entre 75 et 400 euros. Vraiment, ça vaut le coup !

Pierre Peyrichout

Pierre Peyrichout est aussi l’auteur de la biographie « Oscar Hendrych« , parue aux Éditions JPO (Jean Pierre Otelli)

Le site de real simulator : www.realsim.cz

Le DC9 N332U de NWA se pose à Baltimore le 9 mars 2010 ©Allan Levin

EN ATTENDANT MERMOZ par Pierre Peyrichout

Les déménagements ont ceci de merveilleux, est qu’ils permettent de retrouver des objets que l’on croyait perdus à jamais. Ainsi en est-il de la première édition chez Flammarion du livre «Mes vols», égaré dans le tréfonds de mes bibliothèques depuis au moins le début des années quatre-vingts.

J’ai donc relu Mes vols.

Ce livre à la sobre couverture verdâtre qui représente sur deux-tiers de hauteur un océan tumultueux puis un ciel qui l’est tout autant est merveilleux. Je dirais même que sa lecture est nécessaire pour tout fanatique de l’aviation qui se respecte. S’il porte comme auteur Jean Mermoz, il a été écrit après sa mort par Joseph Kessel – qui n’était pas encore élu à l’Académie Française – en qui l’Archange voyait le seul écrivain capable d’évoquer sa vie et son travail. Gageure supplémentaire, la plume est à la fois vivante et étincelante, ce qui est la marque du grand écrivain.

Ce livre avait été acheté par mon père à Limoges le 20 juin 1937, date de la sortie en librairies de l’ouvrage. Je devais avoir douze ans, lors de la première lecture et vous imaginez l’émotion ressentie alors. Cela ne faisait que vingt-cinq ans que Mermoz avait disparu. Avec l’âge qui passe, je mesure aujourd’hui qu’un quart de siècle n’est rien dans une vie. Je mesure surtout les progrès accomplis depuis.

Lire cet ouvrage est plus que nécessaire, c’est obligatoire.

Anecdote : ce livre est pour moi particulier pour avoir été dédicacé le 15 août 1981 par Jean Dabry (cf photos ci-jointes) unique survivant des traversées sur l’Atlantique sud, et de plus, membre de l’équipage du Laté 28 Comte de la Vaulx, avec Mermoz et Léon Gimié, lors de la première traversée historique de Saint-Louis du Sénégal à Natal, les 12 et 13 mai 1930.

Vous comprenez pourquoi désormais, plus aucun déménagement ne m’en séparera.

Pierre PEYRICHOUT


Le Melmoth 2 de Peter Garrison : N2MU

(Photo collection Privée Peter Garrison)
Après quelques échanges épistolaires au goût du jour c’est à dire par mail, Pierre Peyrichout me dit :
« Si – some day – tu veux  consacrer un papier à Peter Garrison, je pourrais  peut-être t’aider et ce serait avec un plaisir fou, tant il le mérite. Je pourrais te parler longtemps de Peter Garrison, C’est l’homme le plus fabuleux que je connaisse – vraiment- et j’en ai connu beaucoup.
Donne-lui un violon et tu entendras le résultat. Il peut te parler pendant des heures des amours littéraires de Baudelaire et d’Edgar Poe, de littérature anglaise et je sais aussi qu’il est spécialiste des œuvres de Vladimir NabokovPeter parle un français qui nous fait honte tant il est beau et classique. Quant à ses compétences en technique aéronautique, elles se passent de commentaires avec les deux avions révolutionnaires qu’il a conçu lui-même. Tu remarques comme moi, que c’est donc quelqu’un de tout à fait ordinaire, le genre de gus que tu rencontres tous les matins à chaque coin de rue. Outre le fait qu’il a une élégance naturelle, une classe incroyable, le tout doublé d’une modestie sans borne, d’un humour si particulier et juste, et tu comprendras le charisme que cet homme peut dégager.
 » En entrant à Aviasport à l’été 1978, mon premier article était « les nouveaux philosophes » où j’étais le premier journaliste aéronautique français à voler à Mojave avec Burt Rutan sur le Quickie et le Vary Eze, mais aussi à rencontrer et voler avec Peter Garrison sur son Melmoth 1. Je me souviens même à l’instant que son avion, le Melmoth 1 était stationné sur le petit aérodrome de Prescott (KPRC 600 km à l’est de Los Angeles) et c’est là, où j’avais fait un vol en sa compagnie.   Le Melmoth 1 était une bombe biplace côte-à-côte de 6m d’envergure et qui embarquait 600 litres d’essence et 40 kg de bagages, volant à 180 kts avec 200 cv atmosphérique. Il est allé au Japon via une seule escale en Alaska. Il a aussi traversé l’Atlantique et visité pas mal de copains français, allemands, etc…  Malheureusement, en 1982, un Cessna, dont le pilote n’avait pas su maitriser l’atterrissage, est venu  percuter le Melmoth 1 alors que Peter était au point d’attente. Les deux avions furent détruit, mais heureusement personne ne fut blessé.

Peter Garrison


  Lors de ma deuxième visite chez lui, en 1985, il m’avait emmené dans sa cabriolet d’un autre âge, mais longue comme un jour sans pain, à Mojave. Nous filions, cheveux au vent – à 55 mph – sur l’autoroute avec Elvis Presley dans le tableau de bord. Si ce n’était pas le rêve californien, je ne sais pas ce qu’il te faut. Il est vrai qu’à l’époque, il n’avait plus d’avion. Il en était à la construction (à peine achevée) du fuselage de Melmoth 2.
    Peter travaillait alors sur ordinateur – ce qui n’avait pu être la cas avec le Melmoth 1 – et avait conçu un logiciel pour calculer les moments de la cinématique de train de « Melmoth 2 », en fonction des bras de levier. Tu vois, vraiment le mec « ordinaire » qui réussit un quart de siècle plus tard à te laisser des souvenirs fidèles comme si cette rencontre s’était passée hier.  Quant à sa passion de l’aviation, elle lui vient de son père qui en était aussi mordu, mais je ne me souviens plus pour quelle raison. »
  

(Photo collection privée Peter Garrison)
Pierre m’avait indiqué l’adresse du site consacré au Melmoth 2, avion de construction amateur quadriplace tout en stratifié à train rentrant équipé d’un moteur de 200 Cv : www.melmoth2.com 
je pris donc contact avec Peter Garrison pour lui demander qu’il m’écrive un petit papier sur ses sensations lors d’un vol ordinaire sur son Melmoth 2. Sa réponse m’est arrivée avec les beaux jours :
« Enfin, les jours étant devenus des mois, je vous joins deux photos de Melmoth 2. Vous trouverez sur http://www.melmoth2.com/texts/Progress.htm , une description d’un vol ordinaire daté du 3 avril. En réalité, il n’y a pas grande chose à dire ; Malgré mon manque de qualification pour ce boulot, ma plus grande réussite a été de créer un avion sans caractéristique anormale.« 

Voici une traduction de ce rapport de vol que j’espère aussi fidèle que possible dans l’esprit :

« 3 avril 2011.
J’avais une demande d’un blogueur français, Xavier Cotton, pour quelques observations sur les qualités de vol du Melmoth. Cotton, qui est pilote privé et contrôleur aérien et évidemment passionné des avions, a un site très agréable disposant de photos et de descriptions sur des quantités d’avions intéressants. Même si vous ne comprenez pas le Français, les photos valent la visite.
Quand j’ai commencé à écrire quelque chose pour Cotton, je me suis rendu compte, d’abord, que je n’avais jamais donné beaucoup de détails sur les qualités de vol du Melmoth 2 sur ce site-ci, et deuxièmement, que c’est difficile pour moi de faire ainsi, d’une part, parce que je les considère comme faisant partie du décor et d’autre parce qu’elles ne sont pas – je crois – spécialement intéressantes. Néanmoins, les voici – quoiqu’il soit moins question des qualités de vol, que des procédures.
Le roulage est conventionnel, utilisant la roulette de nez pour la direction. Cependant, si la jambe de train avant se détend complètement, la direction disparaît et je suis réduit à diriger l’avion avec les freins. Heureusement, c’est très facile.
J’utilise d’habitude 34 in/ 2800 t/mn pour le décollage, mais je peux pousser jusqu’aux 41 pouces disponibles (le moteur est évalué à 200 Cv à 41 in / 2575 t/mn, il donne probablement 230 Cv à 41 in / 2800 t/mn) L’accélération est rapide (environ 0,25 G) et la rotation se fait à peu près 70 kias. Je rentre le train, monte initialement à 85 kias et réduis la puissance à 30 in/2500 t/mn. Après la rentrée des volets, qui prend quelques temps parce qu’ils ont une assez grande distance à traverser, la vitesse se stabilise automatiquement à 95 kias. Je suis à 1000 ft AGL au moment où je tourne en vent arrière. J’utilise habituellement le départ vent arrière à Whiteman à cause de la zone de Burbank en classe C.
Melmoth 2 en vol pendant les essais en 2002 
Une fois en configuration de croisière, je règle le mélange à 50 degrés Fahrenheit (légèrement appauvri) et le trim pour une montée de croisière à environ 110 kias et 33 litres par heure (cela n’a pas beaucoup de sens, je devrais monter avec une puissance plus élevée, mais toujours le mélange appauvri). La vitesse ascensionnelle avec ce réglage est  de 500 ft/mn quand je suis seul dans l’avion. Je règle les volets de capot pour conserver les CHTs au-dessous de 200° F. J’ai tendance à voler  assez haut, au FL115 ou FL125 pour n’importe quel voyage d’une heure et plus. Un réglage de puissance de croisière classique est 27 in / 2300 t/mn, ou environ 55 %, qui donne 32-34 l/h et 135-140 kias pour une vitesse vraie autour de 170-175 kt . En atmosphère standard (1013 mb et 15 degrés Celsius au niveau de la mer), les volets de capot sont entièrement fermés.
Le pilotage est direct, avec un lacet inverse peu gênant et des forces de roulis quelque peu plus importantes qu’on ne pourrait s’attendre avec des ailerons si étroits, mais le manche latéral est très court. Le taux de roulis est satisfaisant et l’avion peut être dirigé avec seulement la gouverne de direction en air calme. La stabilité en air calme est bonne, dans les turbulences, les forces de roulis importantes sont fatigantes.
Je vole habituellement avec le pilote automatique couplé au GPS, il peut aussi être aussi couplé à l’un ou l’autre VOR. La ventilation est bonne et je n’ai jamais ressenti un inconfort dû à la chaleur malgré la verrière en bulle. Quand le trim de roulis est au neutre, d’habitude très peu de temps après le décollage, je sélectionne la commutation automatique de réservoir à carburant. Les deux réservoirs à carburant changent automatiquement toutes les sept minutes. Dans un environnement si automatisé, le défi principal est de rester en alerte.
Habituellement, je commence ma descente assez loin de la piste, réduisant la puissance à 20 in/1900 t/mn et descendant à 500 à 800 ft/ mn. À environ de trois nautiques, je coupe le commutateur automatique de réservoir de carburant, sors les volets de capot (en cas de remise de gaz) et  l’aérofrein (s’il n’est pas déjà sorti). À 100 kias ou moins, je sors le train d’atterrissage et 10 degrés de volet. L’aérofrein produit une variation de l’assiette vers le haut plus ou moins annulée par la variation d’assiette vers le bas dû au 1er cran de volet. La vitesse d’approche est autour de 75 kias, mais je compte sur  l’indicateur d’angle d’attaque plutôt que  sur le badin pour corriger mon assiette d’approche. En finale, je sors tous les  volets, la puissance d’admission est à environ 17-18 in sur plein riche. A 100 pieds, je réduis la puissance et commence à casser très sérieusement la vitesse, parce que l’avion aime planer. Je le tiens aussi longtemps que je peux dans l’effet de sol, le nez de l’avion restant assez haut, avec l’avertisseur de décrochage sonnant pendant les dernières secondes avant le toucher des roues, à peu près à 50 kias. Les efforts sur le manche sont légers pendant le toucher et l’atterrissage. Quand le train principal touche, je maintiens le manche en arrière pour retenir la roulette de nez le plus longtemps possible – avec un succès qui dépend du centrage. Une fois que la roulette de nez a touché, je freine fermement, les plaquettes de frein d’un centimètre d’épaisseur fournissent une bonne absorption d’énergie et la décélération est très rapide. L’avion s’arrête en moins de 200 mètres.
Donc voilà à son sujet, pour l’essentiel, à part son autonomie de vol de 5.000 km, il ressemble à n’importe quel avion ordinaire. »

Pour les spécifications du Melmoth 2 consultez  : http://www.melmoth2.com/texts/Specifications.htm

Shopping sur l’autoroute dans un Iliushin 18D

(photos collection privée Didier Sauret)

Vous avez certainement déjà acheté à bord d’un avion en vol du parfum, une montre ou une cartouche de cigarettes en « Duty Free », mais vous êtes vous déjà arrêtés sur une aire d’autoroute pour monter à bord d’un ancien avion quadrimoteur pour acheter une carte routière, un bidon de lave glace ou des bonbons ? c’est pourtant ce que vous pouvez faire si vous empruntez autoroute l’E65 qui part de Prague vers le nord -est de la république Tchèque. Quelques kilomètre après  Mladá Boleslav, où se trouve la fabrique de Skoda juste avant Bakov nad Jizerou, prenez le temps de vous arrêter sur cette aire (voir sur Google Maps) où vous pourrez voir et monter dans un Iliushin 18D transformé en petite boutique de dépannage.

Cet Iliushin IL 18D (c/n 1870010101) a commencé carrière  en juillet 1967 sous les couleurs de l’Aeroflot (CCCP-75451), puis a été transféré sous l’immatriculation  OK-WAJ  à la CSA-Ceskoslovenske Aerolinie. Il portait le surnom de « Podebrady », d’après le nom de la station thermale situé à 50 km de Prague dans le canton de Nymburk en Bohème dans la plaine de l’Elbe. Le nom de la ville est issu du tchèque « pode brody » (sous le gué), marquant l’existence ancienne d’un passage sur l’Elbe.

Il fut fréquemment utilisé pour des vols longue distance vers La Havane (Cuba) et  accumula 23578 heures de vol. Il effectua son dernier vol le le 24 octobre 1984, Il se trouve sur l’aire d’autoroute depuis septembre 1986. Vous avez pu découvrir son cockpit dans le message précédent

Caractéristiques :
– Envergure : 37,4 m
– Longueur : 35,89 m
– Hauteur : 10,15 m
– Surface : 140 m²
– Passagers : 80 à 100
– Masse à vide : 34999 kg
– Charge utile : 13 499 kg
– Vitesse de croisière : 624 Km/h
– VNE : 695 Km/h
– Motorisation : 4 x 2944 kN
– Plafond : 30000 ft
– Autonomie : 6500 km
– Fabriqué « peut-être » à 800 exemplaires.

 Il existe une version militaire d’observation (IL-20) aux caractéristiques techniques équivalentes (y compris l’autonomie non augmentée). L’Il-18 a effectué son premier vol d’essai le 1er juillet 1957 conçu comme un avion de 75 places sous le nom de « Mockba » (Moscou). Il a commencé son service commercial dans l’Aéroflot le 1er mai 1959 et en fut retiré en 1965. Il a été produit en version civile jusqu’en 1970.
Merci à Didier Sauret qui m’ a fait parvenir ces photos, et à Pierre Peyrichout qui m’a fourni les caractéristiques de l’Iliushin 18D
(photos collection privée Didier Sauret)

Reconstruction d’un CAUDRON RAFALE C460

Voici une vidéo sur la fin de reconstruction, d’un CAUDRON RAFALE C460 (N6989) par l’équipe de Tom Wathen à Flabob-Riverside. Pour plus d’informations sur sur la reconstruction de cet avion d’après des vieilles photos et les plans, je vous recommande cet article : http://www.pe.com/localnews/rivcounty/stories/PE_News_Local_S_racer14.1e53791.html

C’est avec le même type d’avion qu’Helene Boucher se tua en Novembre 1934. Hélène Boucher, jeune pilote de 26 ans devait présenter le lendemain le Rafale devant une délégation étrangère. Elle avait encore peu d’expérience sur cette machine extrèmement pointue, très chargée au mètre carré et « centrée arrière » sans le plein d’essence, ce qui était le cas ce jour là . Elle avait donc tenu à faire une prise en main supplémentaire.

Merci à Pierre Peyrichout qui m’a apporté ce témoignage » Première approche trop longue, remise de gaz, deuxième trop courte, mais because l’hélice à vessie à air comprimé – non réversible – la remise en puissance avec une hélice au grand pas a donné ce que ça devait donner : Une approche aux grands angles et un déclenché. C’est Marcel Riffard, lui-même, lors de la cérémonie, à Guyancourt, du 40ème anniversaire (samedi 30 novembre 1974) de la mort d’Hélène Boucher qui m’avait raconté cette version. Je pense qu’elle est totalement crédible. Et l’aerodynamicien en chef de chez Caudron ajouta « Si elle avait eu le réflexe de sortir les volets d’intrados, elle arrivait au terrain.« « 

A priori cet avion devrait venir pour le salon du Bourget et devrait rester jusqu’à Geneva Classic 2009.


Caudron Renault C-635 Simoun

Caudron Simoun F-ANRO du MAE ©Xavier Cotton

Ce Caudron Renault C.635 Simoun (F-ANRO) appartient au Musée de l’Air et et de l’Espace. Conçu par Marcel Riffard, il fut présenté pour la 1ere fois au salon aéronautique de Paris en 1934. Ici peint aux couleurs D’AIR BLEU (qui en possédait 6), il livrait le courrier entre les grandes villes à 250Km/h. Pour cela il était équipé d’un moteur Renault de 6 cylindres en ligne de 240 Cv. La compagnie « AIR BLEU » transporta 45 millions de lettres en 2 ans avec une fiabilité de 95%.

Antoine de Saint-Exupéry et son mécanicien Prévot eurent un accident en Lybie à bord d’un avion de ce type lors d’un vol vers Saïgon en 1935. Le crash s’est produit à pleine vitesse. Pris dans les nuages, ils avaient décidé de reprendre le contact visuel avec le sol, ils on en fait réalisé un atterrissage dur avec une pente de dune descendante et tangentielle à leur trajectoire; ce fut un grand coup de chance. l’avion avait été offert à Antoine de Saint-Exupery par sa « fiancée » de l’époque, la célèbre écrivain français, Louise de Vilmorin. Vous pouvez écouter sur le site de l’INA, Stéphane PIZELLA, journaliste, racontant à Pierre DUMAYET sa première rencontre avec Antoine de SAINT-EXUPERY au Caire suite à sa disparition lors de ce raid Paris-Saigon dont il fait le récit détaillé.

Ne manquez pas de lire l’essai en vol du Caudron C.635 SIMOUN écrit par Pierre Peyrichout (Aviasport N°308 janvier 1980) au sujet du F-AZAM d’Albert Prost. Son propriétaire est décédé dans l’accident de cet unique Caudron Simoun en état de vol à Roannes-Renaison en 2002.

l’Association pour la renaissance du Caudron Simoun a pour projet de remettre en état vol un Caudron Simoun d’origine militaire à l’échéance 2014 . Celui-ci sera décoré aux couleurs de l’avion d’Antoine de Saint-Exupéry immatriculé F-ANRY. Ne manquez pas de visiter leur site (http://www.caudron-simoun.com)