Catégorie : Portrait

Constant Crestey : un aviateur engagé

Constant Crestey aux commandes du Morane-Saulnier MS-137 (F-AOUY), acquis neuf en 1936 par Georges Hauton, un membre de l’Aéro-Club Populaire de Rouen, revendu en mai1938 à l’ACPR. le 26 juin1939, Son crash met un terme à l’activité aérienne du club. (Collection privée Nelly Crestey)

Constant François CRESTEY est né le 18 mars 1899 à Tourlaville1(Manche), fils de Auguste Jean CRESTEY, ouvrier à l’Arsenal maritime de Cherbourg, natif de Tourlaville, et de Marie Monique Augustine LIOT, couturière, native de Gonneville (Canton de St Pierre-Eglise, Manche). Il a un frère aîné, Louis Auguste CRESTEY, né en 1893 à Tourlaville, sous-chef de dépôt à la SNCF, Mort pour la France en gare de Caen le 11 avril 1944.

Constant CRESTEY est une figure incontournable et engagée de l’aérodrome de Rouen-Rouvray dès 1931 jusqu’à son décès en 1959.

Les archives de la Manche permettent d’accéder en ligne au registre des incorporations de la classe 1919 de la 10ème Région subdivision Cherbourg. En indiquant la page 519 en bas de la visionneuse, on arrive directement sur la fiche militaire de Constant Crestey, et on peut tout savoir de ses périodes militaires ainsi que de son engagement dans la résistance. Ainsi, Il est incorporé au 136ème régiment d’infanterie le 21 avril 1918 sous le matricule n° 824 comme soldat de seconde classe. Le 1er juillet 1921 il est renvoyé dans ses foyers. Il est ensuite rattaché à la classe 17.

Benne basculante inventée par Constant Crestey et brevetée sous le numéro 534301 délivré le 4 janvier 1922 (Collection privée Nelly Crestey)

Au cours des années 20, il réside à St-Cloud dans les Yvelines, puis à Paris, au 121, rue des Dames dans le 17ème arrondissement. Il a une fille d’un premier mariage , Monique CRESTEY, née le 14 septembre 1925. Après la Seconde Guerre mondiale, il aura deux enfants en secondes noces.

En 1921, Constant Crestey invente un système de benne basculante dépose un brevet français n°534301 délivré le 4 janvier 1922. Ce brevet a fait l’objet d’une adjonction, numéro 25525, en date du 28 décembre 1922.

Après la Première Guerre Mondiale, il est embauché comme chef d’atelier des prototypes chez Hanriot, puis en 1925 comme dessinateur en aviation chez Morane où il participe à la sortie du Morane-Saulnier MS 137.

Par ailleurs, à partir des années 30, il est directeur de cinéma, notamment le « Cinéma Modern » au Houlme, puis entre 1950 et 1959 le « Kursaal » de Gournay-en-Bray où il est domicilié, Le « Théatre des variétés » à Hendaye, le « Magic » au Creusot, « L’Eden » à Rennes,etc.

Aviation-Garage à coté de l’aérodrome de Rouen-Rouvray (Collection privée Constant Crestey)

Entre 1930 et 1932, il ouvre l' »Aviation-Garage »(voir la carte de visite) sur le terrain de Rouen-Rouvray derrière le hangar de l’ Aéro-Club de Normandie dont il est membre (carte de membre actif datée de 1932).

Ce garage dédié à l’entretien des avions était situé de l’autre côté de la route nationale RN840, aujourd’hui dénommée l’avenue des Canadiens, qui menait de Rouen à Elbeuf, juste à côté du Café-Tabac-Restaurant « Aux trois Canards ».

1933 Morane MS AR.35C F-AMEB de Constant Crestey (collection privée Jean Bétrancourt]

Après avoir commencé à piloter dès 1931, il obtient son brevet de pilote en 1932. En 1933, il devient moniteur et achète trois MS AR.35C, Le F-AMEB, le F-AMOT et le F-AMQZ, signe peut-être d’un projet d’école…, mais qui restera sans suite, ce qui le conduit à les revendre dès l’année suivante.

Il est classé pilote militaire d’avion estafette en raison de l’IM2 N°1267-5 A.E.M.G du 13 décembre 1934. Breveté pilote militaire d’avion estafette à compter du 12 août 1935 Brevet N°145.

Le Farman F.190 F-AJIA, carte postale probablement distribuée à l’occasion d’un baptême de l’air (collection privée Constant Crestey)

Il conserve le Farman F.190, le F-AJIA3. L’avion participe au meeting aérien du 9 juillet 1933 en faisant des baptêmes de l’air, mais piloté par une autre personne. Toutefois Constant Crestey a participé à plusieurs meetings aériens (il est notamment présent dans le film « Meeting d’Aviation à Rouen » de la famille Bétrancourt).

L’adresse du Garage Aviation, « Rouen/Madrillet4 » situé près de l’aérodrome figurant en 1934 sur l’enregistrement de l’un de ses avions, indique qu’il pourrait s’être occupé accessoirement de reventes d’avions. Puis, il apparait à nouveau en 1936 dans un article publié dans le Journal de Rouen consacré à l’ACPR).

Constant Crestey. (Photographe Chapuis, 25 quai de Paris, Rouen) (Collection privée Nelly Crestey)

Fin 1936, il participe à la création de l’Aéro-club Populaire de Rouen qui prend naissance officiellement le 29 décembre, Il est soutenu par la municipalité de Rouen et reçoit également l’aide de l’Aéro-club Populaire du Havre (son Président, Mr Grochet, préside à la nomination du bureau rouennais provisoire).

Le nouveau club ne semble pas être le bienvenu sur l’aérodrome et la ville de Rouen devra menacer de résilier la location du terrain en 1937 pour que l’Aéro-Club de Normandie accepte de lui faire une place… L’ACPR s’installe en mars 1937 sur l’aérodrome de Rouen-Rouvray dans un des anciens hangars militaires. . Finalement, la ville de Rouen reprend à son compte la gestion du terrain.

L’ACPR est destiné aux adultes qui ne peuvent pas accéder aux SAP (Section d’Aviation Populaire). L’objectif est de proposer un brevet pour 1500 francs, contre 4100 francs dans un club classique. Les leçons sont données gratuitement, par conséquent, les élèves n’ont à payer que l’essence et l’huile, ce qui explique pour partie la forte progression des inscriptions à l’ACPR Le premier bureau a lieu début 1937 : Crestey est nommé Président secondé par messieurs Molho et Guéroult vice-présidents, Hanotte, secrétaire général, Laquerrière trésorier. Parmi les administrateurs Roland Duruble deviendra constructeur amateur avec la série des Edelweiss dont le RD03 à train rentrant classé IFR (vol aux instruments).

En mars 1937, des subventions sont accordées par la Mairie de Rouen et le syndicat ouvrier CGT. Le ministère de l’Air met alors à disposition de l’ACPR une tente hangar pour trois avions. L’ACPR compte approximativement 80 membres (trois sections cadets/juniors/seniors). Affilié à la Fédération Populaire des Sports Aéronautiques (100 clubs et 10000 membres…), toutefois l’ACPR se défend de vouloir faire de la concurrence à la Section Aéronautique Populaire (SAP) créé au sein de l’aéro-club de Normandie.

En même temps qu’un planeur Avia XVA, le club acquiert un MS 137 (F-AOUY) en avril 1938 auprès de Georges Hauton, membre de l’ACPR. Des baptêmes à 50 francs sont organisés pour attirer des nouveaux membres. Et grâce à la volonté de Constant Crestey qui se rend toujours disponible pour ses élèves malgré ses occupations professionnelles dans son garage Ainsi l’ACPR compte une centaine de membres à la fin de l’année répartis dans les différentes sections : vol à voile, pilotage et modèles réduits. Les avions sont abrités dans un des hangars militaires.

En 1938, le conseil d’administration est composé de Constant Crestey (président) : Lebatteux, William Cornier et Poissant (Vice-président et secrétaire général) : Laquerrière (Administrateur). Tony Larue (homme politique), Molho, Botté, Beauvain. L’enquête de police de mars1938 les place tous comme militant de partis du Front populaire.

Le club possède un « rouleur » qui permet aux débutants de s’entraîner. »Le Minéo Club Oissel » rejoint l’ACPR dans le courant de l’année, apportant en plus de ses membres un planeur Vuillemot, un treuil et un « rouleur », ce qui n’est pas du goût du GRAAL (Groupement Rouennais d’Aviation Légère) .

L’accident du MS 137 le 26 juin 1939 met un terme à l’activité aérienne du club. Il fusionne avec l’ACN en 1944, et Crestey intègre le bureau du club. Il n’est plus propriétaire d’aucun avion.

Constant Crestey, daté de 1940 (Collection privée Nelly Crestey)

En tant qu’aviateur pour l’armée, il a également effectué des missions aériennes de renseignements militaires, notamment à la base aérienne de Rennes du 20 au 31 octobre 1939 et à celle de Gaël du 9 novembre au 1er décembre 1939 (en tant que sergent-chef puis adjudant, spécialité « moniteur-pilote »). 
Engagé dans la Résistance (FFI7) le 1er octobre 1943, il est fait prisonnier par les Allemands le 15 octobre 1943. Il s’évade le 5 juin 1944. Il est rendu à la vie civile avec le grade d’adjudant. le 27 octobre 1944, peu de temps après la libération de Saint-Étienne-du-Rouvray8 il est nommé9 maire de cette ville, (voir procès verbal) jusqu’en avril 1945.

Constant Crestey décède en 1959 après une vie dédiée à l’aviation légère bien remplie et certains de ses élèves sont probablement devenus Pilote de Ligne chez Air France ou pilotes de chasse sur Dewoitine 520 pendant la « drôle » de guerre…

Aérodrome de Rouen–Rouvray en 1938 avec au premier plan les avions et le hangar de l’Aéroclub de Normandie et derrière de l’autre côté de la route l' »aviation-Garage » de Constant Crestey accolé au café-Tabac « aux trois canards » (collection privée Jean Bétrancourt)

Avions ayant appartenu à Constant Crestey

  • 3 MS AR35C F-AMEB (acheté en mai 1933 vendu en octobre 1934), F-AMOT (acheté en mai 1933, vendu en mai 1933) et F-AMQZ (acheté en mai 1933, vendu en juin 1934)
  • Potez 36.13 F-ALOB (acheté en octobre 1934, vendu en janvier 1936)
  • Hanriot HD.35 F-AIRP (acheté en octobre 1937,vendu en mai 1938)
  • Farman F190 F-AJIA (acheté en juin 33 vendu en aout 1936)

Notes de la rédaction

  1. Tourlaville est l’une des cinq communes qui ont fusionné le 1er janvier 2016 avec Cherbourg en Cotentin dans le département de la Manche.
  2. IM =Instruction ministérielle.
  3. Histoire du F-AJIA sur Crezan.net de Michel Barrière
  4. Rouen/Le Madrillet est une autre appellation de Rouen/Rouvray, le Madrillet étant un quartier de Saint-Étienne-du-Rouvray (Rouvray issu de robora en latin signifiant chêne)
  5. F-ALOB : Numéro de série : 2503. Équipage : 2. Moteur Salmson 7 ac (moteur chromé). Modèle 1931 avec aménagement de luxe. Ailes argentées.
  6. Archives « Guide Aérien Michelin France-1935-1936 : https://www.bibert.fr/Joseph_Bibert_fichiers/BA%20122_Souvenirs_fichiers/Betrancourt.htm
  7. FFI = Force Françaises de l’intérieur / FTP = Francs-Tireurs et Partisans
  8. Libération de Saint-Étienne-du-Rouvray : 31 août 1944
  9. En 1944, les premiers maires sont nommés dans les villes libérées pour remplacer les autorités vichystes. Les premières élections municipales auront lieu les 29 avril et 13 mai 1945. Ce sont les premières élections depuis la libération de la France et les premières où les femmes peuvent voter.

Remerciements et sources des informations :

Je tiens à remercier les personnes qui m’ont aidé à réaliser cet article :


Thierry Genton et le modélisme : une passion grandeur nature

©Thierry Genton

Aujourd’hui je vais vous présenter Thierry Genton, qui toute sa vie, a exprimé sa passion pour l’aviation en construisant des maquettes tel qu’on les voit sur les stands d’avionneurs dans les salons aéronautiques.

DC9 de Swissair ©Thierry Genton

A quel age avez vous commencé à faire des maquettes ?

C’est à l’âge de 8 ans que le virus de l’aviation a frappé et je jouais avec de petits avions jouets. Plus tard, j’ai acheté mon premier Revell, un Boeing 707 1/144, mais à cet âge je ne connaissais pas ce que voulait dire échelle. J’ai donc monté ce premier modèle, pas vraiment beau…, mais d’autres sont venus s’ajouter et ainsi de suite.

Caravelle de la Swissair ©Thierry Genton

Alors que le plus souvent les jeunes maquettistes réalisent d’abord des chasseurs célèbres de la seconde guerre mondiale, vous avez préféré tout de suite réaliser des avions de ligne à réaction, pouvez vous nous en indiquer les raisons ?

J’étais très orienté dans l’aviation de ligne, les Caravelles, Boeing 707, DC8 ou Convair Coronado et aussi Comet, bref l’air débutante du jet, fin des années 50 et années 60/70. J’ai tout de suite aimé la Caravelle, je ne sais pourquoi, peut-être était-ce le fait que j’avais reçu de belles brochures et photos de l’Aérospatiale , car oui là aussi j’écrivais à tout ce qui s’appelait aviation, compagnies, constructeurs etc. et il me reste encore des documents dont il faudra peut-être se séparer. Quel crève-cœur…. A propos de la Caravelle, je tronçonnais les balais de ma maman pour en faire des….Caravelles bien sûr.

DC8 et Caravelles de la Compagnie SATA ©Thierry Genton

Vous avez commencé à créer de toutes pièces vos premiers modèles, est-ce parce ce que vous ne trouviez plus dans le commerce les modèles que vous souhaitiez ?

Les années ont passé et j’ai commencé à créer mes propres modèles en carton, un DC9 de Swissair puis une Caravelle de la Compagnie genevoise SATA, dont je suis un fan inconditionnel bien qu’elle soit partie en faillite (1978) suite à des difficultés financières et à un tragique accident (HB-ICK – 1977) à Madère.

Mystère 20 HB-VBL ©Thierry Genton

Avez-vous pu vivre aussitôt de vos réalisations ou êtes vous passé par un ou des métiers intermédiaires ?

Non effectivement, j’ai d’abord travaillé chez Aeroleasing Genève (NDLR : devenu TAG aviation), compagnie de taxi aérien et pionnière – en Suisse – de l’aviation d’affaire. J’ai d’abord été au service des opérations (dispatcher) pendant 3 ans puis secrétaire technique durant 7 ans. Cette période de ma vie professionnelle fût mon vrai apprentissage. Durant mes loisirs je construisais toujours des modèles et là spécialement pour les clients d’Aeroleasing qui voulaient leur avion ou leur voiture. Ça a pris beaucoup d’ampleur sur la vie privée et un jour, puis un jour, on m’a proposé d’ouvrir une petite entreprise de maquettes avec à la clé une importante commande de Mystère 20 au 1:20. Ce fût le déclenchement d’une formidable activité, faite de belles réalisations avec des clients magnifiques et cela, durant plus de 30 belles années. Je réalisais des modèles pour Dassault, Airbus, et de grands centres d’aménagements intérieurs dans le monde et aussi pour des collectionneurs et amateurs de modèles spéciaux et détaillés.

Maquette réalisée par Thierry Genton du prototype Mystère 20 (F-WLKB) de Marcel Dassault. L’avion est visible sur le tarmac du Bourget devant le MAE ©Thierry Genton

En jetant un coup d’œil sur vos production, vous semblez avoir un faible pour les Falcons ?

C’est chez Aeroleasing que j’ai fait connaissance avec toute la gamme Mystère/Falcon dont je suis également un fan inconditionnel. Je suis l’auteur de la livrée Falcon 900 de ALG. Durant ma carrière j’ai réalisés tous les outillage et les moules du Falcon 10 jusqu’au Falcon 7X. Après les demandes se sont estompées mais je conserve encore les outillages.

Avez vous eu une formation particulière ?  

Concernant ma formation, de base je suis employé de commerce avec un apprentissage de 3 ans et un certificat de capacité, tout le reste est autodidacte avec de très généreuses aides de la part d’amis artisans, constructeur naval, peintre en carrosserie ou encore menuisier ébéniste. Certains sont partis dans les étoiles mais c’est avec émotion que je pense très souvent à eux et les remercie chaque jour pour tout ce qu’ils m’ont apporté.

En conclusion que diriez vous ?

Aujourd’hui à 71 ans, je souhaite encore continuer de vivre cette passion. Je me suis fait le serment que tant qu’il y aura la tête, les mains et la force, je continuerais. L’idéal face à cette période désastreuse pour l’aviation, est de réaliser des modèles pour collectionneurs. Les grands clients avionneurs ou constructeurs d’aménagement intérieurs ne vivent pas de beaux moments et ils ont terriblement restreint leurs budgets.

Merci Thierry Genton, car vos réalisations font très certainement rêver des milliers de jeunes enfants et des moins jeunes…

Contact :


Marcel Henriet, le pilote aux 33 500 heures de vol

Roger Henriet en copilote du B17 à l’occasion du tour de France des jeunes pilotes (collection privé Henriet/ Suroy)

La vie de pilote de Marcel Henriet

Recordman européen du nombre d’heures de vol avec 33 654 heures, Marcel Henriet a passé plus de 4 ans de sa vie aux commandes d’un avion grâce à trois carrières successives, sans jamais lâcher le manche.

Débuts difficiles dans la vie

Né le 05 avril 1908 à Sancey-le-Grand, Roger Marcel Constant Henriet est très vite orphelin de son père Jules mort au combat durant la première guerre mondiale. Il va à l’école primaire à Maîche, puis sa mère pour respecter la tradition familiale l’inscrit au petit séminaire.

Parce qu’il manque de se faire renvoyer suite à un problème de discipline, sa mère le rejette. C’est seulement 27 ans plus tard, parce qu’il a reçu la légion d’honneur, qu’elle accepte de le revoir. Entre temps un oncle l’a pris en charge lui permettant de continuer la filière séminaire. Mais à 18 ans, il se fait prendre à faire le mur et est exclu définitivement. Son oncle le rejette à son tour.

En 1930, se trouvant seul à Dijon, il passe par hasard devant une caserne de l’aviation. Les tenues des aviateurs lui plaisent, il s’engage immédiatement sur place et n’ayant pas de préférence se retrouve mécanicien au sol.

Bien que les premières années sa vie n’aient pas été simples, Marcel Henriet aimait à dire qu’il avait eu la Baraka (chance) à plusieurs reprises que ce soit grâce à la rencontre de certaines personnes ou lors de ses accidents d’avion.

Quand le vent tourne

Au sein de la caserne, il joue dans une équipe de rugby dont le capitaine est également un haut gradé de la caserne. Celui-ci le prend à part et lui dit. « Tu n’es pas bon avec les mains mais ton cerveau tourne bien, je peux te faire passer élève pilote mais tu dois passer d’abord ton bac ».

Il s’inscrit en candidat libre pour passer le bac, et trouve des petits boulots en parallèle pour le payer. Il sera serveur, jardinier… et il fera aussi le mannequin dans une vitrine durant une journée entière.

Le 2 février 1932, accident du sergent Marcel Henriet à bord d’un Nieuport NiD62C du 2 eme RAC de Strasbourg sur le terrain de Neuhof (collection privé Henriet/Suroy)

Ayant obtenu son bac, il peut changer de filière. Il quitte Dijon pour rejoindre Strasbourg où il devient pilote au 2 – ème RAC (Régiment des Avions de Chasse). En 1932 Il a son premier accident à bord d’un Nieuport NiD62C (photo ci-dessus) sans gravité pour lui alors que l’avion est détruit. Ce sera la seconde manifestation de la « baraka ».

Malgré les 142 impacts de balle, Roger Henriet a réussi à poser ce Caudron Goéland dans le désert tunisien (collection privé Henriet/Suroy)

En 1934, Marcel quitte une première fois l’Armée de l’air pour rentrer à Air France. Alors qu’il est en poste en Algérie, la seconde guerre mondiale est déclarée, de fait il se retrouve à nouveau incorporée sous les drapeaux comme pilote et il participe à quelques bombardements. Mais durant cette période il est essentiellement affecté au convoyage des huiles Lors d’un transfert, il est abattu et doit poser en catastrophe le Caudron Goéland qu’il pilote, on retrouve 142 impacts de balle sur la carlingue et seul, le radio est blessé au pied ; troisième action de la « baraka ». A la suite de cet évènement il reçoit une première distinction

En mai 1945 il reçoit la Croix de Guerre des mains du Colonel Pelletier Doisy pour sa participation à la campagne de Tunisie,

Au pied d’un DC-4 d’Air France (collection privé Henriet/Suroy)

En 1946, il reprend du service à Air France et rouvre la ligne sur Hong Kong ainsi que celle sur Madagascar.

C’est en Tunisie, juste avant guerre que Marcel rencontre Andrée, sa future épouse

A partir de 1949, il est en poste à SaÏgon où Andrée donne naissance en 1950 à Dominique, leur première fille. En 1952, de retour à Paris, ils se marient. Leur seconde fille Catherine nait en 1953 à Brazzaville où Marcel Henriet est alors affecté.

De 1957 à 64, il est détaché à Madagascar avec d’autres pilote de ligne d’Air France pour former des pilotes locaux et lancer la compagnie Air Madagascar il y reste jusqu’ à sa retraite en 1964

En 1961, ayant toujours eu envie d’être avocat, Marcel Henriet obtiendra sa licence de droit à Madagascar.

Marcel Henriet devant un Cessna C172 (collection privé Henriet/ Suroy)

En 1964, il se décide à prendre sa retraite, mais pas question de rester inactif. Il prend des responsabilités au sein de la caisse de retraite des pilotes jusqu’en 1995. Il s’investit aussi dans la société SOGESTA en tant qu’administrateur et pour compléter son planning il devient commissaire général du Tour de France Aérien des Jeunes Pilotes organisé par la Fédération Nationale Aéronautique (FNA) et ce jusqu’en 1991 participant ainsi au perfectionnement de près de 12 000 jeunes pilotes. Il est également moniteur bénévole à Meaux-Esbly et participe ponctuellement à des opérations d’Aviation sans Frontière.

En 1984 à l’age de 82 ans Marcel Henriet effectue son premier saut en parachute (collection privé Henriet/Suroy)
Vainqueur du rallye Toulouse Saint-Louis du Sénégal en 1988 avec le Cessna C172 F-GDIB (collection privé Henriet/Suroy)

En 1988 il participe à la 6 – ème édition au Rallye Toulouse-St louis du Sénégal avec le Cessna C172 F-GDIB et remporte la 1ere place.

En 1992, la fédération Aéronautique Internationale lui attribua le diplôme Charles Lindbergh pour honorer tant d’années au service de l’aéronautique et des jeunes, ce qui constitua sa plus grande fierté.

Marcel Henriet copilote sur ce piper PA28 (collection privé Henriet/Suroy)

Puis il prend enfin sa vraie retraite et descend dans le midi où jusqu’en 1999, il continue de voler à l’aéroclub de Cannes la Napoule . Le 5 octobre 2000, Marcel Henriet s’envole pour toujours après 70 ans au service de l’aviation et un peu plus de 35 500 heures de vol.

Témoignages à lire

Décorations et distinctions

Récapitulatif des brevets et licences aéronautiques de Marcel Henriet

  • Brevet de pilote d’avion de tourisme 1er degré
  • Brevet de pilote d’avion de tourisme 2eme degré N°10-260 le 12/11/3 $
  • Brevet Pilote Privé d’avion TT N°24118 le 09/04/1968
  • Instructeur pilote privé avion Voltige 2eme cycle et testeur SFA 04570 le 22/10/86

Tourisme :

  • Brevet de pilote d’avion de tourisme 1er degré
  • Brevet de pilote d’avion de tourisme 2eme degré N°10-260 le 12/11/3 $
  • Brevet Pilote Privé d’avion TT N°24118 le 09/04/1968
  • Instructeur pilote privé avion Voltige 2eme cycle et testeur SFA 04570 le 22/10/86

Militaire :

  • Brevet supérieur de mécanicien n° 4417 le 27/03/27
  • Brevet de pilote de chasse n° 23316 le 03 juin1931 à Istres

Transport

  • Brevet de pilote transport public N° A 43 A le 10/11/41
  • Brevet de navigateur élémentaire N°A 33 A le 23/06/41
  • Brevet de navigateur supérieur N°A 233 P le 08/12/49
  • Brevet Pilote de ligne PL N°0119 le 22/10/54

Source des informations

  • Catherine et Joël Suroy
  • Benoît Colin
  • Aviation et pilote N°226 novembre 1992

Bon anniversaire René par Pierre Peyrichout

100 ans !

   Comme disait ce cher Claude Chabrol : passé un certain âge, souhaiter un anniversaire ressemble à une insulte. 

   Rien de tel avec René Fournier, capable – comme il me l’a prouvé il y a quelques semaines encore – de réciter une prose de Byron dont j’avais besoin pour un ouvrage. Et pour me montrer son infaillible mémoire, il enchaîna avec des poèmes de Musset et de Baudelaire. Impressionnant, René !

    J’ai un autre souvenir. Un matin, vers la fin des années 70 , il débarqua dans la chambre d’amis de «La Halbuterie», son manoir d’Athée-sur-Cher (qu’il avait trouvé à l’état de ruines et reconstruit de ses mains) et me réveilla au son du violon. Il aurait pu être artiste, s’il n’avait « pas mal tourné », disait-il en riant. A l’origine, René Fournier était céramiste d’art, il a fini « avionneur », un vocable qu’il adore. Mais quel constructeur ! Et quel succès ! Plus de 500 avions, certains sous licences volent encore sous d’autres appellations. Au total, plus de 35 pays abritent des avions signés R.F.

   La lignée est importante. Du RF01 détruit en meeting à Dijon, au RF10, il a raconté tout cela dans une brique de 392 pages « Mon rêve et mes combats » – édité aux Editions SIER et toujours disponible. Il y égratigne durement l’administration française, croulant sous les normes ridicules et démotivantes. Une Bible honnête qui verrouille toute autre possibilité de raconter la vie aventureuse de l’auteur.

   Pour cause de pandémie, la célébration de cet anniversaire, ce 14 avril de légende a été reportée à l’année 2021. J’espère Cher René, que le confinement sera levé et que je pourrais te rendre une visite d’ici là…     

Pierre Peyrichout 

Éditions SIER
40, Avenue de la République
37170 Chambray-lès-Tours
France
Tél +33 (0)2 47 27 23 63
Fax +33 (0)2 47 27 18 93


Disparition de Jean-Marie Klinka

Ingénieur et pilote au service de l’aviation légère

Jean-Marie Klinka s’est envolé pour toujours durant ce dernier week-end. C’est à l’Aéro-Club « Les Ailes du Maine » au Mans qu’il passe à 16 ans son brevet de pilote planeur, puis, à 18 ans celui de pilote avion , après une formation aux Arts et Métiers (ENSAM) et un stage au sein de la société Bertin, il avait rejoint l’équipe de la CAARP (Beynes puis Bernay) qui allait devenir les Avions Mudry, la société d’Auguste Mudry. Il y découvrira la voltige en faisant la connaissance de Daniel Héligoin et Louis Peña. Créant son propre bureau d’étude, il fut responsable de la conception de la plupart des CAP postérieurs à 1972 (CAP X, CAP 20L, CAP21, CAP 231 EX, CAP 232), et de divers projets pour Pierre Robin, René Fournier, Marc Ranjon, la SOCATA, la SAGEM.

Sa maitrise du logiciel CATIA* le conduira à concevoir, entièrement en CAO (Conception Assisté par Ordinateur), un avion composite, l’Oryx, optimisé pour le vol en croisière rapide.

En 2002 il rejoint la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile ) pour se consacrer à la certification des avions légers à commencer par le TBM de la SOCATA.

En 2019,il avait accepté de témoigner sur sa vie « d’ingénieur au service de l’aviation légère » dans un livre intitulé « Voler ou ne pas voler, telle est la question » (Édition Mémoire de l’Aviation civile/DGAC) qui a obtenu en 2020 le prix littéraire de l’ Aéro-club de France en 2020.


Michel Bourreau pilote de ligne à Air France

Michel Bourreau commandant de bord à Air France (Collection privé famille Bourreau)

Nous avons vu dans 1er article comment Michel Bourreau a obtenu, en 1938, l’année de ses 20 ans, à la fois ses brevets de pilote d’avion de tourisme 1er et 2eme degrés à Poitiers et ses brevets A, B et C de pilote de planeur au centre national de vol sans moteur de La Banne d’Ordanche (Puys de Dôme Dans le deuxième article le concernant nous avons pu suivre son engagement dans l’armée de l’air, sa formation au Maroc de pilote militaire, son affectation au GC I/5  » Champagne » dans l’ escadrille « les Cigognes » sous les ordres d’Edmond Marin La Meslée puis au II /5 « Lafayette » dans l’escadrille « les Sioux » et ses missions de guerre sur P-47 Thunderbolt.Nous retrouvons ici Michel rendu à la vie civile, le 3 avril 1946, Nous allons maintenant le suivre tout au long de sa carrière de pilote commercial chez Air France.

Le DC-3 F-AZTE aux couleurs du F-BBBE d’Air France au meeting de Meaux 2018 ©Xavier Cotton

Carrière civile de Michel Bourreau

Le 03 mai 1946, Michel Bourreau est breveté pilote de transport public et entre à Air France où il débute sur Caudron Goéland, Bloch 161.Il fait des navettes vers Paris, Vichy, Bordeaux Toulouse, Mulhouse et Strasbourg. Il obtient son brevet de navigateur élémentaire à cette même date. Il effectue son premier vol sur DC-3 (F-BBBE) le 09 octobre 1946

Bloch 220 N° 2 F-AOHB Gascogne Paris-Le Bourget (1938) (collection privée Xavier Cotton)

A partir de 1947 il vole aussi sur Bloch 161, Bloch 220, Dewoitine 338, JU 52, Bloch 221. Il vole beaucoup sur DC-3 d’autant plus qu’il est instructeur sur ce type d’avion. Il s’entraîne à Pontoise-Cormeilles. Basée au Bourget, il fait des vols intérieurs, aller-retour Paris- Lyon, Ajaccio, Bastia. Nice mais aussi vers les capitales européennes : Amsterdam, Zurich, Londres, Prague.

Michel Bourreau (à gauche) descend du Bloch MB161 F-BATC (collection privée famille Bourreau)

En 1948, il poursuit ses vols sur Bloch 161. Il vole sur le lignes intérieures : Paris-Marseille, Corse, Nice . Il s’entraine à Orly et au Bourget.

En 1949, Il fait des vols d’essai à Marseille sur DC-3 et DC-4/C-54, des aller-retour Casablanca-Bordeaux, Nantes. Il commence a faire des long-courriers vers l’Afrique du Nord et de l’Ouest : Niamey , Dakar, Libreville, Lomé, Abidjan, Robertsfield, Archambault, Fort Lamy, Gao, Brazzaville sur Lockheed Constellation L.749 et L.1049.

Après Jacques on aîné né le 23 décembre 1944, il aura son deuxième enfant Anne Marie, le 11 novembre 1949. Yves, le petit dernier naitra le 09 février 1954

Il obtient son brevet de navigateur supérieur le 22 juillet 1953.

Constellation L.749A d’Air France (F-BAZU) à Bordeaux-Mérignac (collection privée Xavier Cotton)

 Il est breveté pilote de ligne le 27 janvier 1955

1955-1958 : toujours des vols intérieurs plus destinations vers l’Afrique.

1958 : Il vole sur Super Constellation L1049 vers l’Afrique, mais aussi vers de grandes villes européennes : Athènes, Milan, Düsseldorf, Berlin, Munich, Francfort, Rome.

En janvier 1960 : Michel Bourreau est lâché sur L.1649 dit « Super Star ». Reprise des vols sur l’Afrique : Lagos, Port Gentil, Brazzaville, Khartoum, Nairobi.

En 1962, Fernandel,pose avec le CdB Michel Bourreau (3eme en partant du bas) et son équipage devant le Lockheed L.1049G (F-BHMJ) d’Air France. (collection famille Bourreau)

Il est Breveté Pilote Privé d’avion N°TT 10459 le 27/06/1963

Les carnets de vol de Février 1960 à août 1966 et de 1967 à 1971 sont pour le moment malheureusement introuvables. Il manque, à la liste des très nombreux avions que Michel Bourreau a piloté, la trace des heures de vol effectuées sur certains appareils, comme la caravelle sur laquelle il fera aussi de l’instruction, le Breguet 2 ponts, ou le Boeing B707 en Co-pilote.)

Michel Bourreau fini sa brillante carrière à Air France en aout 1966, avec 15 304 heures de vol .

Michel Bourreau à droite (collection privée famille Bourreau)

Mais sa carrière civile n’est pas encore terminé, Il part a Madagascar comme instructeur pour former 2 pilotes Malgaches et y restera jusqu’en novembre 1971. Il y vole exclusivement sur DC-3 ET DC-4 pour des vols locaux à Tananarive, des circulaire nord et sud de l’ile. Il va une fois par mois à la Réunion ou en Afrique du sud. Ses horaires, beaucoup plus souples lui permettent bien sûr de mieux profiter de ses deux enfants plus jeunes. Jacques l’aîné jacques étant rester à Paris pour ces études. Toutefois celui-ci aura deux fois l’occasion de venir faire des balades dans le sud de Madagascar accompagné de son père et la troisième fois il vient avec son épouse.

le 04 novembre 1971 pour son dernier vol, il effectue une boucle nord et reçoit à chaque étape dont la petite ile de Nosy-Be, un accueil chaleureux de tous le personnel technique au sol, et pour finir il se pose à Ivato, l’aéroport international de Tananarive où l’attend une surprise. Quelques temps avant Mr Marcel Debris chef pilote téléphone à la famille Bourreau, le plus jeune de enfants décroche : « Allo Yves, préviens ta maman, je vous emmène à Ivato pour accueillir ton papa qui fait son dernier atterrissage et je vous invite tous les deux au pot qui  sera donné en son honneur pour sa fin de carrière ». A la descente de l’avion sur la passerelle comme il se doit, il est le dernier à descendre et se trouve ébahi, surpris, ému, de voir sa famille à son arrivé sur le tarmac ainsi que certaines personnalités dont Monsieur et Madame Alexandre directeur d’AIR MADAGASCAR et le ministre des Transport qui l’attendent tout heureux de lui faire cette magnifique surprise. Il finir sa carrière de pilote de transport avec plus de 20 837 heures de vols. La famille Bourreau quitte Madagascar en  août 1972.

 Michel Bourreau continue de voler pour son plaisir à Toussus-le-Noble et dans les  environs sur Cessna C150 C172, Morane MS883, Wassmer W41 et toute la famille des Robin. Il participe à la recherche archéologique par vues aériennes jusqu’en 1989. Après avoir appris à un de ses petits enfants, Il prend la décision d’arrêter de piloter ; le flambeau est passé. Il a alors passé près de 23000 heures en l’air, que ce soit en planeur, en  avion de tourisme, en avion de chasse ou en avion de transport civil. Il a la joie de connaître sa première arrière-petite-fille né le 20 avril 1999. Il décède le 30 juillet 1999 à l’âge de 81 ans. Mais comme dit Antoine de Saint-Exupery : Un pilote ne meurt jamais, il s’envole juste et ne revient pas. Alors, souhaitons bon vol à Michel Bourreau.

Il est inhumé le 03 août 1999 dans le caveau familiale au Gond-Pontouvre. Ses amis du la Fayette lui offriront la plaque « commémorative de l’Association des pilotes de chasses les Sioux, les cigognes et les diables rouges »

Michel Bourreau a volé sur 71 types d’avions de transport, 14 types d’avions de chasse et 16 type de planeurs, plus une vingtaine de type d’avions de tourisme et fait quelques heures comme passager sur les bombardiers North-American B-25 Mitchell et sur le Marauder B-26.

Il a transmis, la joie et le bonheur de voler, à ses enfants et à son petit-fils ainée et probablement à des tas d’inconnus qui le rencontrant et l’écoutant ont développé la même passion pour le monde de l’aviation et y ont peut être même fait carrière. En tout cas j’aurais aimé croiser le chemin de cet »aviateur » et l’écouter raconter ses expériences

Récapitulatif des brevets et licences aéronautiques de Michel Bourreau

Tourisme :

  • Brevet de pilote d’avion de tourisme 1er degré N°10-260 le 28/03/1938
  • Brevet de pilote d’avion de tourisme 2eme degré N°10-260 le 11/10/1938
  • Brevet Pilote Privé d’avion TT N°10459 le 27/06/1963
  • Brevet de planeur A N°343 22 /08/38
  • Brevet de planeur B N°343 23/08/38
  • Brevet de planeur C N°343 03/04/38

Militaire :

  • Brevet de pilote de chasse le 3 avril 1940

Transport

  • Brevet de pilote transport public N° A 164 P le 3/05/46
  • Brevet de navigateur élémentaire N°A 197 P le 3/05/46
  • Brevet de navigateur supérieur N°A 283 P le 22/07/53
  • Brevet Pilote de ligne PL N°0272 le 27/01/1955

Précédents articles sur Michel Bourreau

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Michel Bourreau pilote de chasse sur P-47 au II/5 Sioux

Michel Bourreau en uniforme de l’armée de l’air (collection famille Bourreau)

Michel Bourreau, né le 7 juin 1918, passe l’année de ses 20 ans, à la fois ses brevets de pilote d’avion de tourisme 1er et 2eme degrés à Poitiers et ses brevets A, B et C de pilote de planeur au centre national de vol sans moteur de La Banne d’Ordanche (Puys de Dôme)

1. Incorporation et formation de pilote militaire

le 16 septembre 1939, 13 jours après la déclaration de guerre de la France et de l’Angleterre à l’Allemagne, il est incorporé à Tours dans l’armée de l’air comme élève-pilote.

D’abord affecté à Poitiers comme soldat de seconde classe, il y effectue 1 heure 45 de vol sur Salmson D.6 Cricri, puis le 11 janvier 1940, il intègre l’École de Principale de Pilotage (EPP) de la BA 207 de Marrakech. C’est Le Lt-colonel Bignolas qui est commandant de l’EPP et de la BA 207 (renommée BA 707 en 1949).

Carnet de vol militaire de Michel Bourreau, premiers vols à l’école principal de Marrakech (collection privée de la famille Bourreau)

Le 17 janvier 1940, il effectue un vol de contrôle sur Caudron Luciole avec son moniteur l’adjudant Gabory (Alain Le Taillandier de Gabory). Il poursuit sa formation de pilote sous les ordres du Capitaine Truchement commandant la Division d’Instruction Aérienne (DIA). Sa formation se fera essentiellement sur Morane-Saulnier MS-315. Étant breveté pilote de tourisme, celle- ci ne durera que 4 mois au lieu des 11 mois prévus sinon. Il obtient son brevet de pilote de chasse le 3 avril 1940. Il vole ensuite sur MS-230, Potez 25, Hanriot 431, 482, 43, 58, 60, Caudron 635, NAA 61 (version française du T6)

Juin 1940, alors qu’il est affecté à l’école de pilotage de Fès, son carnet de vol est arrêté au 18 juin 1940, lendemain du discours de Pétain annonçant l’armistice qui sera signé avec l’Allemagne, le 22 juin 1940.

A la fin du mois de novembre 1942. les troupes du régime de Vichy en Afrique du Nord rallient officiellement le camp allié et sont engagées contre l’armée allemande

Curtiss Hawk H75 G-CCVH les Sioux au meeting de La Ferté Alais 2013 ©Xavier Cotton

2. Affectation au GC I/5 « Champagne »

Du 16 janvier au 21 aout 1943, il est affecté au GC 1/5 « Champagne » basé à Rabat commandé par le capitaine Edmond Marin La Meslé lui même sous les ordres du Commandant Hubert Monraisse à la tête de la 1ere Escadrille. Le GC I/5 est équipé de Curtiss P-40 (novembre 1942) puis de Bell P-39 N Airacobra (juin 1943). Michel Bourreau vole sur NAA61, Curtiss Hawk H75 (version française du Curtiss P-36), et effectue son premier vol de « lâché » pour prise en main sur P-40F le 17 mai 1943 et sur Bell P-39 N Airacobra le 14 juillet 1943.

A compter du 1er octobre 1943, il est inscrit à l’École des Officier de Réserve (E.O.R) de Rabat. le 25 décembre 1943, il est nommé aspirant de réserve dans le corps du personnel navigant, joli cadeau de Noël.

Dès le 14 janvier 1944, Michel Bourreau est affecté au dépôt des pilotes de chasse de Meknes et il est « lâché » sur Dewoitine D.520.

C’est à Marrakech au début de l’année 44 qu’il fait la connaissance de Marguerite Basset dite « Guitou ». Son départ pour le front étant proche et bien sûr pour une période indéterminée, les deux amoureux prirent la décision de se marier au plus vite ce qui fut fait le 5 février 1944.

Le 1er avril 1944, il est affecté au GC I/5 . Le 6 avril 1944 il est « lâché » sur P-47 Thunderbolt

Du 14 au 18 avril 1944, il est affecté à l’école de chasse de Meknes où il continue de s’entrainer sur Dewoitine D.520

Décoration » Sioux » sur Curtiss Hawk H75 G-CCVH au meeting de La Ferté Alais 2013 ©Xavier Cotton

3. Affectation au GC II/5 « Sioux »

Ensuite il sera affecté 19 avril 1944 au GC II/5 « Lafayette » chez les « Sioux » sous les ordres du Lieutenant de L’Espinay commandant l’Escadrille Lafayette et le commandant de Rivals-Mazière commandant le groupe de chasse

Le 2 mai 1944 il participe au convoyage des P-47 Thunderbolt du groupe, de Bône vers le terrain d’Alto près de Bastia. Son groupe est rattaché à la 1st Allied Tactical Air Force,

Sur la piste d’Alto un film de Daniel Costelle et Isabelle Clarke avec le concours de Jean Santoni membre d’honneur du 57th.

Ce film nous fait revivre, grâce aux rushs inconnus du grand réalisateur américain William Wyler, une période importante de l’histoire de la Corse pendant la Seconde Guerre mondiale. La base d’Alto, près de Folelli, accueillait en 1944 à la fois un groupe de chasseurs-bombardiers de l’U.S Air Force (le 57ème Fighter Group) et le célèbre groupe de chasse français Lafayette. Jour après jour, les jeunes pilotes de ces deux unités, décollaient de la piste d’Alto sur leurs P 47 Thunderbolt pour attaquer, mitrailler, bombarder les troupes Allemandes qui, en Italie, avaient stoppé l’avance des Alliés à Monte Cassino et participer au débarquement de Provence en août 1944 en protégeant des bombardiers Américains des avion ennemis.

P-47 Thunderbolt G-CDVX lors du meeting de La Ferté Alais 2013 ©Xavier Cotton

Ensuite basés à Luxeuil, Michel Bourreau ira en mission à Amberieux , Dôle, Colmar, Coblence, Oran, toujours sur Republic P-47 Thunderbolt

Jacques, le premier enfant de Michel et Guitou nait le 23 novembre 1944, mais Michel n’apprend sa naissance que quelque mois plus tard, lors d’une réunion d’états-majors d’appuis aériens . Leur médecin leur conseillant de changer de climat pour la santé de l’enfant, Jacques et sa maman quittent Rabat et sont accueillis au Bouscat chez l’oncle, le docteur Monteau et sa famille.

4. Fin de la guerre et démobilisation

Le 6 juin 1945, Michel participe au défilé de la victoire au dessus de Paris avec un P-47 Thunderbolt.

Michel Bourreau termine la guerre avec 618 heures de vol et 100 missions à son actif. Il est rendu à la vie civile le 3 Mars 1946 avec le grade de lieutenant, et le 3 mai de la même année, il entre à Air France. Je raconterai sa carrière de pilote de ligne dans un prochain article.

P-47 Thunderbolt n°371 décoré de l’insigne du GC II/5 sur le parking MAE du Bourget ©Pyperpote

Le P-47D-30-RE 44-20371 exposé au MAE à été livré en septembre 1944 à l’US Air Force. Transféré à l’Armée de l’Air en octobre, il fut affecté au GC I/4 Navarre  jusqu’en 1950, avant de passer à la 10e Escadre. Il a été donné au musée de l’Air en 1963. Il est décoré avec l’insigne du G.C. 2/5 La Fayette, la tête de Sioux.” (Source: site du Musée de l’Air et de l’Espace ).

Curtiss Hawk H75 G-CCVH et P-47 Thunderbolt G-CDVX lors du meeting de La Ferté Alais 2013 ©Xavier Cotton

Michel Bourreau recevra les distinctions suivantes : 

  • La Légion d’Honneur à titre Militaire et fait de guerre.
  • La croix de guerre avec citations 2 palmes et 2 Étoilés d’argents
  • La croix du combattant.
  • La médaille d’engagé volontaire.
  • La médaille des campagnes ; France ; Allemagne ; Italie ; Tunisie.

Précédents articles sur Michel Bourreau

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Dernier vol pour Eugène Tissot

Eugène Tissot à la journée Porte Ouverte de Chambery- Challes-Les-Eaux le 14 septembre 2014


Passionné d’aviation et pilote émérite mais également entrepreneur de talent, Eugène Tissot nous a quitté, ce samedi 12 décembre 2020, à l’âge de 83 ans. « Bouillonnant d’idées, débordant de gentillesse et de générosité, il a marqué nos cœurs à tout jamais. Eugène aimait transmettre sa passion et aider les jeunes. » diront ses nombreux amis. « Ce départ va laisser un souvenir ému à tous ceux qui ont croisé son chemin. »


Né en avril 1937, Eugène découvre l’aviation pendant la Seconde Guerre mondiale dans son Vercors natal. A cette époque il voit passer des centaines de bombardiers américains attaquer les positions allemandes. «
Je rêvais de devenir pilote de chasse, mais il fallait d’abord manger. Alors j’ai travaillé comme garçon de ferme les étés dès 8 ans. Chaque week-end, on se rendait au terrain d’aviation de Grenoble », avouait-il.

C‘est en 1955 qu’il quitte le plancher des vaches. Âgé de 17 ans, le jeune ouvrier zingueur décroche sa licence de pilote privé avion. « Tout ce que je gagnais passait dans les leçons de pilotage avion et planeur,il n’y avait que ça qui comptait pour moi ».

Eugène s’installe dans la Loire en 1962. Il est accueilli par les membres du club avion et planeur « Les Ailes Roannaises », avec comme chef pilote Roger Aboulin. Pilote planeur et avion il est un membre très actif.

Tempête Jurca MJ2 (F-PYJG) d’Eugène Tissot


En 1979, il construit son avion Tempête Jurca MJ2, un engin au look proche du Hawker Tempest. A l’époque, il a une entreprise de plomberie chauffagiste, puis sera professeur à l’Institut Médico-Educatif Taron à Renaison avant de créer son entreprise de zinguerie en 1986 à Régny.

Très vite il invente une pièce pour laquelle il dépose un brevet. Sa réussite professionnelle lui permet de laisser libre cours à son intérêt pour tout ce qui vole, activité qu’il n’aura finalement jamais mise entre parenthèse et passion de toute une vie.

MS733 F-BLEV d’Eugène Tissot

Toujours attiré par les avions militaires, Eugène fait l’acquisition d’un Morane-Saulnier MS733 en 1995. Il passe sa licence de pilote hélicoptère en 2000.

De Havilland Vampire F-AZIK d’Eugène Tissot (photo de Jean-Luc Guerin)

C’est finalement à 65 ans que le doyen de l’aéroclub réalise son rêve d’enfant, en embarquant seul aux commandes d’un réacteur avion de chasse De Havilland Vampire des années 1950. Il devient l’un des tous premier pilote de réacteur en qualité de pilote privé et dira de lui même : « d’un point de vue aéronautique, je suis comblé ! ».

Robinson 22 F-GFHA d’Eugène Tissot

Propriétaire d’un hélicoptère Robinson 22, il est toujours heureux de partager son plaisir de voler, en invitant les passagers qui le souhaitent, à embarquer à ses côtés. Eugène a l’immense bonheur de côtoyer de grands pilotes comme Jean-Marie Saget, pilote d’essai comme instructeur sur Vampire ou encore Henri Giraud, pionnier du vol montagne qu’il aura comme instructeur à ses débuts à Grenoble…

Une fois venu le temps de sa retraite, en bon constructeur amateur et collectionneur, Eugène transforme une partie de ses hangars professionnels en « caverne d’Alibaba ». Il déniche et conserve sur quelques centaines de mètres carrés un véritable trésor, composé de pièces ou d’engins de collection autour de l’aéronautique et de la voiture militaire.

Hélicoptère DJINN


Ces toutes dernières années, il consacre beaucoup d’énergie et d’enthousiasme dans le remontage d’un DJINN, hélicoptère à réacteur des années 1955.

Eugène combattait la maladie depuis 4 ans et a fait preuve, une fois encore, d’une volonté et d’un courage incroyables.

Une cérémonie religieuse aura lieu, en toute intimité familiale, jeudi 17 décembre à l’église de Saint André d’Apchon. Fleurs non souhaitées.

Ceux qui souhaitent lui rendre un dernier hommage sont invités à se rassembler samedi 19 décembre, à15h, à l’aérodrome de Roanne Renaison (LFLO)


Michel Bourreau pilote planeur 1938

Les stagiaires de vol à voile de Challes-les-Eaux au Fayet en juin 1947. De gauche à droite : René Branciard tout à gauche, places 4 et 6 Marguerite et Michel Bourreau, avant dernier Gérard Pierre, futur champion du Monde et tout à droite Louis Notteghem, la future âme de Saint-Yan, (collection personnelle famille Bourreau)

Michel, né le 7 juin 1918, passe l’année de ses 20 ans, à la fois ses brevets de pilote d’ avion de tourisme 1er et 2eme degrés à Poitiers et ses brevets A, B et C de pilote de planeur.au centre national de vol sans moteur de La Banne d’Ordanche (Puys de Dome)

C’est 10 ans plutôt que sa vocation pour le pilotage est née, lorsque son son père l’emmena voir le meeting aérien qui se tenait aux Renardières à Châtellerault, le 16 septembre 1928. Alors qu’il vient d’assister aux figures d’acrobaties aériennes, comme on disait à l’époque, réalisées par Michel Detroyat, récent pilote d’essai chez Morane-Saulnier, et répondant à la question de son père sur ce qu’il voudra faire plus tard, Michel Bourreau du haut de ses 10 ans, répond sans hésiter  » je serai pilote ». L’avenir lui donnera raison.

Happé par la guerre, il entre dans l’armée de l’air dès le 9 septembre 1939 comme élève-pilote. Basé à Marrakech, il obtient le 3 avril 1940 son brevet de pilote de chasse. Pendant sa période marocaine, il a l’occasion de voler sur NAA 57, sur Curtiss Hawk H-75 et sur Dewoitine D520, puis il intégre l’escadrille Lafayette chez les « Sioux » et se retrouve sur le terrain des opérations pilotant un P-47 Thunderbolt et ce jusqu’à la fin de la guerre en Europe. C’est avec avec le grade de lieutenant qu’il est rendu à la vie civile.

En 1947 au Fayet, Michel Bourreau assiste un pilote au départ dans un Nord 2000 (collection personnelle famille Bourreau)

Après guerre, Michel Bourreau s’inscrit au stage planeur de Challes-les- Eaux prévu du 7 juin au 7 juillet 1947. Il y réalise d’ailleurs son vol de 5h et son gain de 1000 m. Puis, au milieu du stage, il participe à l’expédition du Fayet qui a lieu du 15 juin au 15 juillet 1947. Il rends part au film « Vers le record » tourné au Fayet en 1947 dans lequel il pilote l’avion remorqueur. A noter que participait aussi à ce stage de juin 1947 Pierre de la Martinière, futur président de la Fédération Française de Vol à Voile (FFVV), de nos jours Fédération Française de Vol en Planeur (FFVP), récemment décédé.

En 1948, Michel Bourreau est retenu par le Service de l’Aviation Légère et Sportive (SALS) pour participer au stage d’entrainement qui aura lieu en juin, au Fayet, en vue de constituer l’équipe de France du concours international de vol à voile qui se tiendra à Samedan en Suisse du 18 juillet au 1er août. Il ne pourra pas s’y rendre car, la même année, il entre à Air France…

Michel Bourreau et son fils Jacques dans un Nord 2000 au Fayet en 1947 (collection personnelle famille Bourreau)

Michel Bourreau volera quasiment 50 heures sur une quinzaine de type de planeurs dont les planeurs suivant Avia, Castel, Caudron, Kranich, Emouchet et Meise.

Brevet planeur type C et carnet de vol planeur de Michel Bourreau (collection personnelle famille Bourreau)

Brevets, numéro et date d’obtention des brevets avion de tourisme et planeur :

  • Brevet de pilote d’avion de tourisme 1er degré N°10-260 le 28/03/1938
  • Brevet de pilote d’avion de tourisme 2eme degré N°10-260 le 11/10/1938
  • Brevet de planeur A N°343 22/08/38
  • Brevet de planeur B N°343 23/08/38
  • Brevet de planeur C N°343 03/04/38

Autres articles sur Michel Bourreau

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Le Colonel Georges Aouach par Bruno Baverel

Le colonel Georges Aouach

              Un pilote de bombardier pendant la guerre de 1939-1945

Georges Aouach

La Seconde Guerre Mondiale

Le 6 octobre 1939, à bord du LeO 451 n°6, baptisé Le Lion, du 1er Escadron du Groupe de Bombardiers GBI/31, prenaient place le lieutenant-pilote Georges Aouach, le sergent Maurice Aubert, mitrailleur, le lieutenant-colonel Paul Gérardot, chef d’équipe, et l’aspirant Roy, radio.

La mission de l’équipage : voler jusqu’en Allemagne pour une mission de reconnaissance photo à 8000 m d’altitude.

Lieutenant-pilote Georges Aouach, 3ème à partir de la gauche

Sur le chemin du retour, après avoir échappé aux tirs de D.C.A. de la Flak allemande, le bombardier français finissait par être pris en chasse par deux Messerschmitt BF 109. Une balle blessait Georges Aouach à la nuque et une autre, sans doute traçante ou incendiaire, lui brûlait le visage (il en porterait toute sa vie les cicatrices) tandis que le sergent Aubert, touché par une rafale de mitrailleuses alors que de sa tourelle il tentait de répliquer aux tirs des chasseurs ennemis, décédait peu après de ses blessures.

Son bombardier hors de contrôle, Georges Aouach réussissait néanmoins un atterrissage de fortune en rase campagne, non loin de la ville d’Euskirchen. Le colonel Gérardot eut une jambe fracturée lors du choc à l’atterrissage et sera le 2ème colonel de la 31ème escadre abattu en territoire ennemi en moins d’un mois. L’équipage fut capturé par une patrouille allemande et fit partie des premiers aviateurs français faits prisonniers dès les débuts de la guerre. Les deux blessés, Aouach et Gérardot, furent transportés dans un hôpital de campagne avant d’être transférés en camp de prisonnier.

En septembre 1939, les conditions d’engagement des LeO 45 ne correspondaient pas aux potentialités de l’appareil. Employés dans des missions de bombardement tactiques, les équipages, héroïques et sacrifiés, se voyaient prescrire d’attaquer à 500 mètres d’altitude, hauteur à laquelle les nombreuses pièces de Flak étaient particulièrement dangereuses. Ce bombardier rapide était pourtant donné pour être l’un des meilleurs du monde de par sa résistance aux coups, son armement défensif d’un canon de 20 et d’une mitrailleuse ventrale escamotable, mais ses résultats opérationnels décevants au cours de la campagne de France, le fait que le LeO 45 était considéré par la majorité des pilotes comme un appareil délicat, sinon dangereux à utiliser, viendrait bousculer ces données pour le moins théoriques.

La captivité

L’équipage du Lion se retrouva interné à l’Oflag IV-D, camp d’officiers prisonniers de guerre en Allemagne. Situé sur le territoire de la commune d’Elsterhorst, à 50 km au nord-est de Dresde et 4 km de la petite ville d’Hoyerswerda en Saxe, le camp se trouvait à la limite de la Silésie, son effectif étant de 2 500 officiers avec leurs ordonnances.

Après un séjour à l’hôpital pour soigner ses blessures, Georges Aouach fut transféré au camp de Dulay Luft où il passa un peu plus de deux années avec une seule idée en tête : s’évader et reprendre le combat !

En mai 1940 il était particulièrement affecté d’apprendre que son ami et ancien coéquipier le capitaine Jean Moncheaux, avait été abattu à bord de son LeO 451 au-dessus de la Somme lors d’une mission de bombardement. Jean était pilote, comme Georges, les deux hommes s’étaient rencontrés lors de leur formation d’aviateur et le fait d’être nés tous deux en Algérie, (Jean était né à Constantine où son père était professeur de mathématiques) les avait rapprochés. Contrairement à Georges, Jean se rendait fréquemment en Algérie en vacances et vivait une partie de l’année au Maroc. Ils s’étaient vus la dernière fois lors de manœuvres militaires en mai 1939 où Jean avait écrit à sa femme :

« Le moral reste bon, de plus, c’est épatant depuis que j’ai mon meilleur ami à l’escadrille. Nous faisons équipage ensemble, évidemment et nous nous entendons toujours à merveille. Avec Aouach nous faisons un tandem épatant et notre collaboration va devenir particulièrement efficace. Nous partirons faire une randonnée en Bretagne survoler des fantassins et les dépister dans des exercices de débarquement… » 

Gardés par des soldats allemands, un groupe de prisonniers de guerre, Georges Aouach, 3ème à partir de la droite. Derrière la photo il a écrit : « Le départ, type entente cordiale, en promenade, janvier 1940 
Georges Aouach, 2ème à partir de la gauche, prisonnier de guerre de 1940 à 1942 à Dulay Luft près de Sagan en Basse-Silesie prussienne.
Georges nourrissant une biche lors d’un petit moment de détente aux abords d’un parc jouxtant le camp de prisonniers. Il écrit : « Essai de mise en confiance au moyen de châtaignes »

                                         L’évasion

Le samedi 29 Mars 1942, n’attendant pas qu’on vienne le délivrer, avec un groupe d’une vingtaine d’officiers Georges s’évadait par un long tunnel creusé depuis la baraque 38, qui exigea plusieurs mois de travail. Faisant équipe avec le Lieutenant de Castries (qui devait devenir célèbre quelques années plus tard pendant la guerre d’Indochine lors de l’affaire de Diên Biên Phu), les deux hommes réussirent à gagner la zone libre puis de Marseille où Georges Aouach retrouvait son épouse d’origine russe, Miléa Rabinovici rencontrée en 1936, qui avait réussi à le rejoindre là-bas. Ils embarquaient pour la Tunisie, leur nouvelle affectation. Ils n’y restèrent que quelques mois car à l’arrivée des allemands en novembre 1942, ils rejoignaient l’Algérie où Georges, comme il le désirait tant, reprit les combats en tant que pilote dans un Groupe de Bombardement intégré dans le dispositif de la R.A.F. britannique au sein des Forces aériennes françaises libres. Miléa elle, s’engagea comme chirurgien-dentiste dans le Corps Aérien pour la durée de la guerre qu’elle termina avec le grade de lieutenant.

On retrouve peu d’informations sur cette période de sa vie mais il semblerait avoir rejoint le groupe Bretagne des Forces Aériennes Libres (FAFL) à Fort-Lamy (Tchad), retrouvant avec émotion cette ville où son père avait combattu en 1900 sous les ordres du commandant Lamy lors de la mission saharienne.

Georges Aouach dans Paris libéré, 1946

                    fin de la Seconde Guerre Mondiale

Nous sommes en 1944 et le Groupe de Georges Aouach est devenu Groupe de bombardement moyen II/20 Bretagne, prenant part à la campagne d’Italie puis à la libération de l’Alsace, contribuant par ses appuis aériens à la rupture de la ligne Siegfried. Il appuie ensuite l’offensive américaine sur la Sarre en mars 1945 puis opère sur la poche de Royan en avril où Georges Aouach retrouve sa Charente-Maritime.

S’étant déjà battu sous tous les climats et sur tous les théâtres d’opérations, le Bretagne poursuivait sa mission jusqu’à la victoire finale. 

Le 2 septembre 1945 on retrouve Georges Aouach en Allemagne, affecté à l’État-Major de Paul Gérardot, devenu Général, qui faisait partie de son équipage en 1939. Paul et Georges se retrouvèrent avec émotion, évoquant les années passées.

Après la guerre Georges Aouach et sa femme Miléa se retrouvent et s’installent en Seine-et-Oise où Georges continue sa carrière de pilote au sein du Groupe de Transport 3/15 Maine tandis que Miléa reprend ses activités de dentiste. Colonel d’aviation au début des années 1950 il prend sa retraite et devient Directeur-commercial pour la firme Thomson-France. Le 5 août 1971, alors qu’ils partaient en vacances en Espagne, à la sortie de Saint-Aignan-sur-Cher, dans une suite de virages leur voiture dérapa et vint s’encastrer sous les roues d’un camion arrivant en sens inverse. Ils furent tués sur le coup. Georges avait 64 ans et devait prendre sa retraite de Chez Thomson l’année suivante, Miléa en avait 59, ils n’avaient pas eu d’enfants.
Leurs obsèques eurent lieu dans la plus stricte intimité dans le cimetière de La Flotte-en-Ré.

par Bruno Baverel                                                

SOURCES

  • Archives et photos de la famille Aouach
  • toutes les photos font partie de la collection privée de Bruno Baverel

Du même auteur :


« Bon vol Tonton Raymond » par Ivan Hairon

Raymond Frappot et son OGMA (Reims-Aviation N°25) FTB 337 G Super Skymaster F-HRCF au meeting Paris-Villaroche Air Legend 2019 à Melun ©Xavier Cotton

hommage à Raymond Frappot par Ivan Hairon

L’Aviation vient de perdre un grand passionné, en effet,  Raymond Frappot, pilote bien connu  des meetings aériens européens,  nous a quitté lundi 17 février, alors qu’il travaillait sur son OGMA (Reims-Cessna) FTB 337 G Super Skymaster ( ex: armée de l’air Portugaise) sur l’aérodrome des Mureaux  dans les Yvelines (78). Raymond qui venait d’avoir 78 ans  avait œuvré comme chef d’entreprise  en région parisienne pendant de nombreuses années. Amoureux de la vie, il avait découvert l’aviation sur le tard vers 1985  à l’ age de 43 ans. Bien décidé  à rattraper le temps perdu  et souhaitant aider des copains qui participaient à l’époque à des meetings aériens, il prends des cours de pilotage, puis séduit par les machines de collection , il se passionne pour le patrimoine aéronautique, mais aussi pour les avions de collection d’origine militaire . 

Soko J20 Kraguj (F-AZFR) au roulage lors du meeting des Mureaux 2009 ©Ivan Hairon

Très rapidement , en 1992, il crée avec ses copains, passionnés comme lui, l’association Antic Air- Ailes Anciennes Les Mureaux. Le premier avion de la jeune association Antic-Air  sera le fameux Soko J 20 Kraguj, avion de construction Yougoslave, ramené en vol de Belgrade grâce et avec l’aide d’Alex Pozder. Soko J 20 que l’on verra souvent  à cette période sur les Salons des Avions de Légende organisés par Flying Legend Organisation (FLO) .

Le North American AT-6 D Texan (F-AZDU) d’Antic Air ©Jacques Guillem

Puis ce sera un très joli Pilatus P3-05 (ancêtre du Pilatus PC 7 ) ayant appartenu aux Troupes d’Aviation Suisse , qui au dire de Raymond était une merveilleuse machine à piloter quoique un poil sous motorisé. Il y eu aussi un North American T 6 D Texan ( F-AZDU). 

Sia-Marchetti SF 260 W Warrior (F-GMRF) au couleurs de l’Armée de l’Air Burkinabé ©Jacques Guillem

Raymond,  amoureux de l’Afrique, a participé à plusieurs éditions du Raid Air Solidarité aux coté du fameux photographe historien Jacques Guillem, Il avait réussi à ramener (durant une fameuse expédition en 1992)  du Burkina-Fasso (ndlr littéralement « Pays des Hommes intègres »), six Sia-Marchetti SF 260 W Warrior , ayant volé dans l’Armée de l’Air Burkinabé . Il en restaura cinq qu’il présenta avec délectation dans de nombreux meetings aériens. Le Marchetti,  comme l’appelait Raymond, avait disparu des cieux français depuis de nombreuses années et notamment depuis l’arrêt de la fabuleuse patrouille Martini sur SF260 créée par Jacques Bothelin


Le Fouga CM 170  (F-AZPZ, 315 JB) de Raymond et de Jean Baptiste Berger à Pontoise en 2009 ©Ivan Hairon

Puis l’ appel de la Réaction commença,  à démanger Raymond,  qui avec Jean Baptiste Berger acquis un avion d’entrainement Fouga CM 170 Magister ( l’avion de la patrouille de France dans les années 60-70) .

S’étant séparé de ses parts dans le Fouga, Raymond devint le propriétaire d’un énorme Yakovlev YAK 3 U équipé d’un moteur en étoile américain de 1450 CV,  pour comme disait Raymond, découvrir le frisson des pilotes de chasse de la seconde Guerre Mondiale. Ce Yak 3 U,  un des plus abouti dans sa catégorie, avait participé aux courses de pylône de Reno aux USA et y avait tourné dans les années 92/94 à la moyenne de 692 km/h  soit des pointes  à plus de 700 km/h .

OGMA (Reims-Aviation N°25) FTB 337 G Super Skymaster (F-HRCF) au meeting Paris-Villaroche Air Legend 2019 à Melun ©Xavier Cotton

Laché, bon pour le Yak 3 par le grand pilote Marc Mathis (Léon pour les intimes) , Raymond vola quelques années avec, puis il acquit en Espagne ,  l’OGMA (Reims -Cessna ) FTB 337 G Super Skymaster avec lequel nous l’avions vu l’année dernière à la Ferté Alais pour le meeting Le Temps des Hélices  et au meeting Air Legend  de Melun . Raymond gardait aussi sous le coude un des magnifiques SF 260 W avec lequel il prenait toujours plaisir à voler.

Raymond avec La patrouille de France 2015, lors du meeting aérien des Mureaux 2015 ©Jacques Guillem

Raymond, n’était pas seulement un Aviateur au sens noble du terme mais aussi un Marin de passion  que l’ ont pouvait parfois croiser  de temps en temps sur le Golfe du Morbihan  . Et surtout , Raymond était un épicurien , un homme bon et généreux ,  certe avec du caractère mais toujours avec  le cœur sur la main, n’avait -il pas baptisé son hangar du nom d’Eric Kopinski  Lieutenant pilote  au sein de l’EVAA (Équipe de Voltige de l’Armée de l’Air) , mort en service aérien commandé  le 16 juin 1987 au coté du Sergent Guy Ecobichon).

Un dernier, hommage sera rendu à Raymond Frappot  en l’église Christ-Roi de Cormeilles en Parisis (95, Val d’Oise ) , mardi 3 Mars au matin !

Bon vol Tonton Raymond  

Par Ivan Hairon.


Catherine Maunoury tutoie les nuages

Catherine Maunoury double championne du monde de voltige (collection personnelle Catherine Maunoury)

Catherine Maunoury est imprégnée très jeune par le monde de l’aviation lorsque son père médecin et pilote l’emmène voler dès l’age de 8 ans, puis elle apprend à piloter sur Jodel 112, est lâchée solo à 15 ans, age minimum requis et obtient son brevet de pilote à l’age de 17 ans devenant alors la plus jeune pilote de France.

Titulaire d’une maitrise de philosophie, elle rentre à Air France en 1978 comme hôtesse de l’air, qu’elle décidera de quitter pour s’occuper de son club et du Musée de l’Air et de l’Espace.

Catherine Maunoury et son Extra 300LP F-HCSA à Melun-Villaroche ©Xavier Cotton

Coté pilotage, Catherine s’oriente alors vers la voltige aérienne et progresse très vite jusqu’ à être sélectionnée en équipe de France. Sous la direction de son entraîneur national, Claude Bessière dit « Coco », elle remporte dix titres de championne de France entre 1980 et 1999 et deux de championne du monde à douze ans d’intervalle en 1988 et 2000, alors que les avions ont énormément évolué dans leur maniabilité ouvrant la porte à de nouvelles figures.

Elle crée en 1993 à Chartres son propre club de voltige, le Centre Passion Catherine Maunoury (C.P.C.M.) dont Nicolas Ivanoff s’occupera pendant dix ans comme instructeur.

En 2000 Catherine Maunoury se retire de la compétition et se consacre alors aux meetings aériens .

Son époux, Dominique Maunoury, architecte, peintre officiel de l’air et de l’espace et pilote de voltige décède en 2001.

Le 10 août 2010, elle est nommée directrice du Musée de l’Air et de l’Espace, devenant ainsi la première femme à occuper cette fonction.

Le 30 mars 2016, Catherine Maunoury est la première femme élue à la présidence du Conseil d’administration de L’Aéro-Club de France. Le 28 février 2017, elle quitte la direction du musée de l’Air et de l’Espace après son second mandat et devient ambassadrice du musée.

Catherine Maunoury et Aude Lemordant lors de Paris Air Legend 2019 ©Xavier Cotton

Lors des meetings, on peut voir Catherine Maunoury faire une présentation de voltige aérienne en duo avec Aude Lemordant, elle même triple championne du monde de voltige aérienne (2013,2015 et 2019) et parfois à 4 ou 5 avions avec la patrouille « Carnet de Vol » ou la patrouille  » Les sales gosses » (Nicolas Ivanoff en plus).

Aude Lemordant et Catherine Maunoury se préparent pour leur vol en duo lors du meeting Paris Air Legend 2019 ©Liliane Cotton

Laura Brunet et Philip Dupuis (Tandem-images) sont en train de réaliser FR3 Centre-Val de Loire, un documentaire de 52 minutes sur la vie de Catherine Maunoury : « Danse avec les nuages ». La sortie est prévue pour janvier 2020 sur FR3 Centre-Val de Loire,

Même au sol, Aude Lemordant et Catherine Maunoury donnent l’impression de répéter leur chorégraphie en symétrie. Meeting Paris Air Legend 2019 ©Xavier Cotton

Ses distinctions

  • Prix Icare
  • Médaille de l’Aéronautique
  • Médaille de vermeil de l’académie de l’Air et de l’Espace
  • Commandeur de l’Ordre national du Mérite
  • Officier de la Légion d’Honneur
  • Chevalier des Arts et Lettres

Liens :