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Vol avec la PAF sur Fouga par Pierre Peyrichout

Melun 2019 Patrouille Tranchant sur Fouga-Magister ©Xavier Cotton

« Je m’étais donc rendu le 26 mai 1978 avec mon D119 à Salon de Provence pour un vol à bord de « La Patrouille de France » pour une répétition du programme de l’époque : un jour historique, inoubliable s’il en est. J’étais assis sur le siège arrière du Fouga-Magister piloté par Fauque – à l’aile droite de la patrouille. 

Le photographe, Frédéric Bunel (décédé le 30 septembre 2013, son pauvre cœur l’a lâché à 61 ans) était lui à l’aile gauche, son Fouga piloté par un nommé Marche. Nos emplacements aux extrêmes, permettant des évacuations plus rapides… au cas où.

Siège avant du Fouga-Magister ©Xavier Cotton

         « Un petit accroc cependant : les places arrières ne disposaient pas de systèmes pour brancher les combinaisons « anti-G ». Tout habillés en bleu, nous sommes donc montés avec parachutes et casques, mais non équipés des parties gonflables de la combinaison. Je me souviens d’un dossier en place arrière d’une horrible verticalité, loin de la timide inclinaison en place avant favorisant le confort du pilote.

        « Soigneusement brêlés par des assistants, nous n’avions plus qu’à fermer la verrière »…

        « Aujourd’hui, les Alphajets de l’actuelle Patrouille de France sont en fin de vie. Par qui seront ils remplacés ? Inutile de préciser que pour moi, les « Fouga-Magister » avec leur nom magique, leurs belles ailes droites qui ne pardonnaient pas la moindre imprécision, leur bidon de bouts d’ailes, et leur empennage papillon sont mes préférés. A leur bord, j’ai surtout vécu la plus belle expérience de ma vie de pilote, d’autant que nous sommes peu nombreux en France à avoir partagé ce privilège : VOLER AVEC LA PAF ».

         Pierre PEYRICHOUT

Éclatement par le haut de la Patrouille de France

LA PATROUILLE DE FRANCE

 Pierre PEYRICHOUT

            Avant la grande vadrouille du lendemain, il y a d’abord l’arrivée à Salon de Provence. Par les airs, et ce fut mon cas – ils s’en souviendront d’ailleurs longtemps à la base, de mon entrée de zone avec une radio qui marchait un coup sur deux alors que s’ébrouaient les Fouga en tour de piste. Par les airs donc, même le béotien en géographie voue à ce coin de France des qualificatifs plutôt élogieux. La garrigue, les chênes verts, la rocaille, le thym et les lapins qu’on y devine, tout ce décor s’étire entre la délicatesse de Daudet et la chaleur de Pagnol. Même Patricia, l’indulgente petite reine du « 122.10 » a cet accent charmant dont on perçoit illico la magnanimité. Merci encore. Salon, elle, est à l’image des environs : allées aux ombres généreuses, petites places et joueurs de pétanque attentifs, timides fontaines ruisselantes de fraîcheur, sous leur jupon de mousse. Bref, on a du mal à croire que ce soit un coin où l’on puisse faire un travail efficient avec toute la concentration nécessaire…

            A l’ouverture de la verrière, la température vous confirme les quelques degrés de l’altitude qu’on vient de dégringoler. Puis, pour vous mettre dans le coup dès l’immédiat : le souffle chaud des biréacteurs de la PAF au roulage avec leur odeur âcre de vieille lampe à pétrole. Ça m’a toujours étonné ce contraste entre le moderne et l’ancien ! Le réacteur, invention récente et sophistiquée et son effluve de lampe à huile pour les grand-mères en soirs d’orage. Rien n’est nouveau sous le soleil !C’est le Commandant Déroulède, lui-même qui m’accueille à la descente d’avion. Directeur du Bureau de Presse et des Relations Extérieures à l’École de l’air, il m’avait donc fixé rendez-vous pour ce grand jour. Je ne devais jamais le regretter. Et puis, en fin de compte, arriver en début de programme est un privilège forfait mais indéniable. Pour l’heure, je suivais des yeux les neuf papillons tricolores tremblant dans l’air chaud des Marboré. Ici, dans un travail qui se répète, des hommes, sous la sueur du casque et des accélérations, vont se débarbouiller de voltige, de ciel et de Lumière, s’enivrer de cette joie si prenante et ineffable que communiquent le vol et le pilotage et qui fait que c’est l’imperfection de la veille qui justifie l’effort et la récompense du lendemain.

            Ils sont donc là les neuf Fouga de la Patrouille de France, suivant le leader et se reniflant mutuellement. Ils sont partis tranquilles, comme des ménagères allant au marché, à la queue leu-leu. De temps en temps, dans le souffle tremblant de leur tuyère on en remarque un qui pique un peu du nez sous l’impulsion d’un coup de frein pour maintenir l’allure et l’espacement. Au loin, du côté de la Méditerranée, la brume ne se lève pas encore… Le décor est toute quiétude, gommé des habituelles turbulences, excepté du côté du point d’attente de la 34 où le sifflement désagréable des réacteurs se mue en crachement sourd, puissant comme un orage de soude caustique dans le siphon d’un évier.

            Près de moi, le Commandant Berthonneau branche le magnétoscope. Tous les jours à Salon, et en dehors des meetings, c’est ainsi l’école pour neuf de ces nombreux pilotes qui font la population des grandes fêtes de l’air, et pour qui la perfection n’existe que si le relâchement est banni de leur panoplie.

Décollage du Fouga F-AZNK au meeting 2014 de Troyes ©Xavier Cotton

   Après avoir avalé pas mal de piste, escamoté leur train dans une époustouflante simultanéité – ma parole, il n’y avait qu’un seul interrupteur pour tout ce beau monde – la Patrouille se regroupe hors de la vue des spectateurs. Comme ça, vu d’un œil froid, ce travail risque d’être mal interprété. Mais indéniablement il ressemble à toutes les répétitions obscures des numéros des gens du voyages, à toutes les pages que jetait Victor Hugo avant de se voir satisfait, à ces milliers d’heures où Chopin et Rubinstein ont pianoté en cachette dans les coulisses de leur début. Ici, le travail est déjà parfait, mais le coup de patte, comme les doigts du pianiste, s’ankylose dans l’inactivité. Alors, on recommence, encore et encore…

            Droit devant, dans un horizon pâlot, le voilà le Festival Marc Amberg : Arrivée face à nous en « Très grande Flèche ». La silhouette du Fouga, ses grande plumes, fines, et les bidons comme deux points ponctuant l’envergure ; tout cela est déjà du très grand art et comme tel, pas démodé le moins du monde. Et hop ! Ça monte en boucle alors que la formation passe en diamant. Le plus surprenant avec le réacteur, c’est qu’on dirait que le badin n’est pas exagéré au départ et qu’il reste constant pendant l’évolution ; ce n’est bien sûr qu’une idée, car le Fouga est loin d’être surmotorisé, il faut pour le· pilote jouer avec la finesse de la cellule, sa pénétration, ne pas trop tirer pour ne pas casser la vitesse, mais enrouler tout ça tranquille et gracieux comme le ralenti d’un film. Pour le leader, c’est encore loin d’être un cadeau. Il doit cadrer les figures, contrer le vent et penser aux petits copains derrière qui transpirent dans la turbulence pour maintenir compacte une formation qui ne demanderait qu’à se dissoudre. Le leader, c’est Marc Amberg, blond et d’un calme à faire peur, apparemment secret, sûrement modeste, un gars comme on les aime quand on sait que tout à l’heure on sera sur le siège arrière d’un des compagnons.

La PAF en montée ©Frédéric Bunel

Et la boucle se poursuit. A son sommet, les Fouga sont toujours unanimes dans leurs trajectoires, à passer dos d’un commun accord. Ils descendent vers la verticale. Une seconde de plus … « Top », et ça tourne sur la gauche, les pilotes écrasés par les « G » – on en reparlera bientôt – avec un point bas vers cinquante mètres, peut être trente. Au cours de ce tombé, la formation s’est « tordue » comme une feuille de papier soulevée par un coin, pour bien montrer que ce n’est pas un avion qui évolue, mais un ensemble, un plan unique ; c’est ça la Patrouille, et la figure suivante s’enchaîne sans blanc.

            Ceux qui sont insensibles à ce genre de présentation sont pour moi des incomplets, des gens à qui il manque cette fibre qui vibre en fonction de l’esthétique ou du grandiose. J’ignore beaucoup de disciplines, mais quand je vois un maître en pratiquer une, c’est le genre de chose qui me cause tout de même à l’âme. Et ce matin, je m’en mets plein les yeux.

            C’est comme la fameuse descente dos des solos. Quoi de plus simple qu’une descente dos ? C’est serein tout plein. Mais là, à deux, indissociable, on les imagine venir se reposer, couler sur un rail invisible et nous saluer au passage avec un coup d’oeil narquois qui voudrait dire : « Qu’est-ce qu’on est bien nous » ! Et c’est vrai que cette patrouille, à la vue de ces évolutions exprime le calme et la douceur des gens sans problèmes, vivant dans leur époque et leur quartier comme la poire dans une bouteille d’eau de vie.

Mennhuin aussi a commencé avec un professeur.

La PAF en montée dos
les Pilotes de la PAF en 1978

            Tiens, on va vous les présenter les gars de la PAF. A tout Seigneur, tout Honneur, Marc Amberg le leader : 33 ans, ça fait deux ans qu’il est à la Patrouille et il cumule 2600 heures de vol. Les deux Solos, Cap. Jack Krine et le Lt. Henri Davidian, dans les 34 ans et 7500 heures à eux deux. Pas des tristes les gaillards ! Jack a de belles moustaches, un front presqu’aussi luisant que son casque, on le verrait bien dans un vaudeville de Feydau, et on ne s’ennuierait pas. Henri, lui, c’est plutôt le physique de cinéma, le hâle brun du baroudeur, un sourire à la Lino Ventura. Sans compter qu’il doit avoir un regard d’aigle ou pas les yeux dans sa poche : Les Lts. Marche et Fauque, ce dernier fêtant ses 35 ans le jour de mon baptême à bord de la PAF ; rassurant sur la marche à suivre, les évolutions de la Patrouille, 6000 heures à eux deux, et c’est aussi la deuxième année qu’ils passent à la PAF. Cette année, ils sont équipiers extérieurs. Les équipiers intérieurs cumulent 5000 heures de vol ; il s’agit du Cap. Bernard Inge et de l’Adjt. Henry Homo. Blond bien coiffé, physique de jeune américain à la Lindbergh, il a la figure bien sage du garçon qui va à la distribution des prix. Les deux charognards : le Lt. Rémy Neycensas, du haut de ses 36 ans, c’est presqu’un vieux. Vous pensez ? C’est sa quatrième année à la PAF, avec la Médaille Militaire, la Croix Valeur Militaire, et la médaille de l’Aéronautique. Quant au Lt. François Claudel, il a cette passion farouche du vol si on en juge par ses débuts. Il a construit un Bébé Jodel, et puis comme il a dit : « Il a bien fallu y aller ».

Rencontre avec Jack Krine meeting de Melun ©Liliane Cotton

Après le break vertical qui clôture la présentation, les pilotes vont au casse-croûte et au dé-briefing où l’écran du magnétoscope reste le juge infaillible de leur travail. L’atmosphère est détendue, franchement drôle, mais il y a sur toutes les phrases du genre, « tiens, t’as décroché un peu dans le tombé » ou alors, « ce matin, dis-donc, j’avais une de ces frites », le voile du respect à vouer au leader : service-service, discipline-discipline. Marc sait tout aussi bien plaisanter que les copains, mais dans le travail, il reste celui qui dirige, orchestre cette symphonie pour neuf instruments et sait se faire écouter.

            Le Lt. Claude Prado et l’Adjt. Jacques Pourchelle sont les deux remplaçants, ceux qui doivent au pied levé piloter à la place du copain qui vient de tomber malade. Des rôles ingrats mais indispensables et à ne pas oublier.

Patrouille Tranchant sur Fouga Magister Melun 2019 ©Xavier Cotton

Prélude

            Et tous n’ont vraiment pas l’air de s’ennuyer. Oui : J’ai même rencontré des militaires heureux ! Comme quoi, quand les intérêts et la passion animent une personne les tâches les plus dures et les plus exigeantes sont menées à leur terme et dans les meilleures conditions. Je dis ça, parce que mon stage obligatoire dans une caserne d’Alsace ne m’a pas du tout laissé la même impression.

            Ce soir-là, dans la chambre réservée au mess, je m’endormais avec le sceptre du vol de demain matin. Il était déjà tard, ou disons très tôt et j’échafaudais déjà les parades les plus farfelues pour pallier les sensations qui m’attendaient le lendemain matin.

            Je me suis donc retrouvé dans la traditionnelle combinaison bleu clair, sous un casque tricolore, le laryngophone ad hoc, prêt à grimper en place arrière de ces Fouga, aujourd’hui si célèbres qu’ils semblent concurrencer la Tour Eiffel et le canotier de Maurice Chevalier au rayon des symboles ambassadeurs de la France. Le parachute-coussin avait le confort égal à celui de ses confrères, c’est-à-dire relatif, mais je ne jouais pas les difficiles.

Jack Krine solo de la Patrouille Tranchant au meeting de Melun 2019 ©Xavier Cotton

            J’étais dans le cockpit d’un avion-école militaire, donc dans un engin préfigurant le plus possible l’avion de combat que l’élève sera appelé à piloter plus tard. C’est effectivement assez loin de l’avion de club ; pas de gadgets superflus, de capitonnage moelleux, une allure de terrible efficacité et déjà-est-ce une impression ? – assez redoutable. Le harnais cinq branches a l’air costaud, beaucoup plus que sur nos avions de voltige à moteur et de plus, il s’avèrera très confortable lors des passages négatifs. Petits essais lntercom avec le maître de céans. La voix rassurante et claire de Lucien Fauque passe dans les écouteurs. Je commençais à me sentir tout seul devant ce tableau de bord impressionnant.

                        – C’est la première fois que tu fais du jet ?

                        – Oui.

                        – Tu vas voir, c’est passionnant et pas si dur que ça.

            Je me rassérénais d’un coup. J’avais le pilote idéal pour ce genre d’aventure : calme, communicatif et rassurant.

                        – C’est OK pour le gyro?

            Je m’exécutais.

                        – Et c’est parti à gauche, lança-t-il.

            Effectivement, l’aiguille du compte-tour du « Un » grimpe régulièrement, en même temps qu’un sifflement étouffé par le casque et les écouteurs renseigne sur la réalité

du fait. La porte est fermée, le boudin étanche comprimé et les bruits des réacteurs percent à peine cette verrière épaisse et le sarrau d’aluminium du fuselage.

                        – J’envoie la « pressure », commente Lucien. Et aussitôt deux petites boules invisibles viennent se loger dans les oreilles. Un bâillement à se décrocher la mâchoire les chasse aussi vite.

Contrôle radio : Chacun égrène son numéro d’ordre dans les écouteurs du voisin.

                        – Un

                        – Deux

                        – Trois

                        – …

                        – O.K., on y va, annonce le leader.

            Et la jolie brochette de Fouga s’éparpille du parking pour se retrouver en un ordre non moins parfait sur la bande blanche du taxiway. Je confine à l’extase. Ce que ça peut être beau des avions au roulage quand celui-ci est parfait, régulier, coulant comme une rivière trop lente. De petits coups de frein affinent les espacements. Devant, à quelques mètres, les deux petits tubes pour les fumigènes sont nettement visibles sur le Fouga du copain. Je me demande si tous ces pilotes sont aussi relax sur une autoroute quand on roule à cent sur trois files avec des poids lourds sur les côtés.

Patrouille Tranchant sur Fouga au meeting de Melun 2019 ©Xavier Cotton

Hilare

            Sur la piste, bien alignés, ils ont commencé par mettre plein pot sur les freins, mais frétillant de la sorte sous la poussée, on voyait bien qu’il allait se passer quelque chose et que le festival était imminent. Jusqu’à présent, enfiler la combinaison, choisir un casque, marcher vers les Fouga, tout cela était le cérémonial, inquiétant aussi parce qu’inconnu. J’étais le spectateur intrus et curieux qui dérangeait.

            Maintenant, d’un coup, tout s’efface. Je suis dans l’événement, vibrant avec le souffle brûlant des réacteurs qui déforment le paysage comme du verre cathédrale.

                        – TOP !!!

            D’un bond les Fouga s’élancent. Fauque maintient l’axe par de petites pressions sur les pédales. Les petits coups de freins secs comme des coups d’éperons et qui me faisaient partir en avant au début du roulement sont maintenant oubliés. Le badin prend vie : 50, puis 60 Kts. La roulette est soulagée. Idem sur les Fouga qui nous précèdent. Fabuleux ! Et Lucien joue de mouvements imperceptibles sur le manche. Je regarde le mien vivre par millimètres interposés, comme si un PA trop sensible l’animait. Petit à petit, on sent les joints de ciment de la piste défiler plus vite sous les roues, puis se faire plus discrets ; le Fouga dandine un peu. En l’air ! Devant, c’est pareil, et nous on se rapproche encore.

                        – Attention le trainnnnn, TOP ! Et toutes les trappes se ferment d’un commun accord. La montée est paisible ; j’en oublie de regarder le badin, histoire de me renseigner sur des paramètres élémentaires, c’est trop beau. Ceux qui nous suivaient nous ont rejoints, et on enroule un virage par la droite dans une montée toute douce. Continuellement, le manche et la manette des gaz s’animent de mouvements brefs mais sans brutalité, tout doux là aussi, comme des caresses.

                        – Tu vois, m’annonce Fauque en me sortant un peu peu de ma contemplation, la mise à l’air libre de son bidon doit cacher son phare d’atterrissage. Vicieux comme je suis, je contrôle pour m’assurer si j’ai affaire à un crac et… c’est bon. Si bien que je comprends pourquoi un pilote de la PAF doit être sujet à un sérieux torticolis. Il n’en finira pas de regarder sur la gauche à voir si tout est correct, et tout ça pendant les vingt-cinq minutes que dure la présentation face au public. Nous, on va faire un peu plus ; c’est l’entraînement.

            Au briefing, le leader a dit, on va commencer par deux tonneaux, la dernière fois ce n’était pas parfait.

            Et la formation descend, en léger désaxe par rapport à la piste pour passer une barrique grand cru la bille au milieu. Le badin s’annonce vers 300 Kts.

                        – Et hop, tooonnneauuuuu, commente le Sieur Marc Ambert. La Patrouille s’exécute dans une grâce étonnante. Sur la tranche, un regard jeté sur la gauche me montre l’autre ailier quelques dizaines de mètres plus bas ; puis on s’achemine vers le dos, en sommet de barrique ; je regarde toujours cette mise à l’air libre du réservoir pour voir si elle cache bien le phare d’atterrissage. Je n’arrive pas à être déçu. C’est parfait. On dégringole, toujours parfaitement soudés. Je suis hilare. Un sourire jusqu’aux deux oreilles doit balafrer ma figure. Les larmes aux yeux, un gosse émerveillé.

                        – Ça va ? se renseigne le Commandant de bord.

            Je ne sais quoi répondre. Les mots se bousculent, les impressions aussi. Soyons francs. Le spectacle que voit habituellement le public nous échappe entièrement, mais pour un pilote je me rends compte que le véritable spectacle de la Patrouille se passe à bord des appareils, pas sur les planches d’une tribune. C’est dans cet antre que naissent les émotions, que s’échafaudent les efforts et l’attention pour passer les figures. C’est enfin là où le véritable travail des hommes prend toute sa saveur et sa force. Les fumigènes, les enchaînements, l’habile chorégraphie de l’ensemble, ce ne sont que les rubans qui embellissent le cadeau. C’est peut-être mieux ainsi. Les spectateurs ne voyant qu’un travail collectif, anonyme, une seule chose : La Patrouille de France. Nous autres, parce qu’on a la chance de s’y connaître un peu, c’est ici notre vrai cadeau ; mais parce que nous avons aussi le malheur de nous y connaître un peu, c’est une superbe leçon d’humilité. La récompense qui prouve bien que rien ne s’acquiert sans effort ou sans répétition.

            Il s’inquiète toujours le pilote.

                        – Oh ? Ça va ?

                        – Oui, oui. Que voulez-vous que je dise ?

                        – Bon, on va remettre ça.

            Reprise de vitesse, et ça tourne encore. Je ne sais pas si c’est le super-pied bleu d’azur dont parlent les présentateurs de hit-parade, mais je sens que ça commence à venir. On s’éloigne un instant, le temps de passer en « Très Grande Flèche » et d’arriver face à la piste.

                        – Maintenant, ça va être la boucle.

            Merci M’sieur de me prévenir. La Patrouille est en légère descente, jusque 300 Kts.

            La piste est là, sous notre capot.

                        – Top ! Et c’est parti. Aïi, ça tire, et ça dure.

            Et le manche est parti comme un boulet sur la cuisse gauche, le harnais que je n’ai pas resserré depuis le début est toujours bien en place.

Une main invisible s’est fourvoyée dans mes tripes et tire mon corps vers les pieds. Je ne mesure que 10 centimètres d’épaisseur.

La verticale passe, toujours soudés les copains, incroyables qu’ils sont. Les « G » disparaissent un peu dans la partie supérieure de la boucle. Tous les mouvements sont relatifs. Pour nous, c’est le paysage qui tourne. Nous, on reste là, paisibles. On regarde les ombres jouer sur les avions, le soleil qui dessine ses reflets sur leur surface, la lumière du coin jaunie par les pinèdes et la brume qui se marie au rythme des figures. Ça, c’est ce que peut voir un passager en place arrière quand il n’a pas à se préoccuper du pilotage et de la formation. On repasse dans l’ombre, le soleil derrière nous, et ça redescend avec le sol qui approche… et les « G » qui reviennent. C’est bien bas tout ça. Au sol les Mousquetaires du GALEA montrent leur tableau de bord. Allez, ça passe à trente mètres et à 300 Kts. Dix secondes qu’elle a duré la boucle, entre 4 et 5 G. Je commence à envier le pilote qui lui possède la combinaison anti-G.

                        – Ça va ? Interroge Fauque

                        – C’est bonnard !

            Passage en « Viggen » : trois petits coups d’aérofreins, on part dans les bretelles. Il parait qu’ils ne sont pas très efficaces, les AF du Fouga, moi je trouve ça probant.

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Et un tonneau, encore un avec passage en « Petit Canard ». Droit devant, le paysage s’incline, et le monsieur qui nous précède envoie du fumigène au « Top » du leader. En regardant son papillon au cours de la figure, tout semble étrangement immobile ; le ciel et la terre ne sont qu’une toile de fond placée là par formalité. 100 Kts en haut de la barrique, la bille au milieu, et tout le monde redescend, unis comme à la première minute. Quelques voitures circulent sur l’autoroute, le canal est sans une ride, l’air sans turbulence. Descente en « Trois V ».

                        – Attention les Solos, Top ! commande Ambert, et les deux Solos s’écartent. Nous, c’est parti pour un trèfle à gauche, les « G » qui reviennent. Là, il a tiré un peu plus ; j’ai les semelles qui vont rester collées au plancher si ça continue. Un tombé à droite, un bon 300 Kts, une boucle, et ça tire encore, et la Patrouille se sépare. Cette séparation, elle est à mettre au crédit de Marc Ambert, le nouveau leader de cette figure vaut vraiment le coup d’oeil vu du public. Nous, on file sur la droite, en s’alignant sur la piste. De l’autre côté, la patrouille de trois, toutes fumigènes ouverts en fait autant. Plein pot en cap collision. Zouaff ! Et on dégage la scène pour l’arrivée des Solos.

Jack Krine en Solo de la Patrouille Tranchant Melun 2019 ©Xavier Cotton

Acide

Nous autres, à sept, on va bien s’amuser quand même. On remet ça pour un « Tombé droit » et un passage en flèche dans la montée. Là, il faut prendre du badin, jouer sur la figure et Fauque qui enfonce ses manettes de gaz pour rattraper le copain et se démarquer sur l’extérieur. C’est dans de telles figures qu’on voit que le Fouga n’a rien de trop comme puissance pour évoluer. Il faut jouer serré. Un poil d’AF ; le tout est en place et c’est le top du palmier : une sensation sublime, une lumière comme dans un film d’Albicoco ; les « G » qui vous assaillent, mais ça vaut le coup de souffrir un peu pour voir du spectacle, pour voir du travail sans bavure, où l’à peu près est banni du programme. Il est facile de deviner chez ces pilotes l’entraînement régulier. Ils vous exécutent l’enchaînement par cœur, sans le moindre trou de mémoire confiant dans le cadrage du leader.

 

                      – Bon, maintenant, on va passer dos.

                        – Top !

                        – Top, sortie dos !

            Fauque pousse d’un coup bref sur l’avant et gauchis à nouveau.    

                        – C’est rapide ? Hein ? Commente-t-il.

            Pour être franc, je n’ai pas eu le temps de voir grand-chose. Mais je suis certain que ces quelques secondes en négatif ont remis un peu de sang là où il en manquait suite aux « G » positifs.

On se refait vite une santé dans ces trucs-là. Après l’éclatement de la bombe et le break vertical clôturant dos, les mises et les sorties.

            Avec la chaleur qui monte petit à petit, les turbulences qui vous secouent les « G » qui se sont accumulés comme par plaisir, vous percevez soudain cette petite salive acide dans les environs des gencives qui vous prévient que vous allez être malade. Alors, on prend ses précautions et on avertit le pilote. Plein d’indulgence qu’il est, Lucien !

                        – Si ça va pas, prends le casque. J’en suis pas encore là, mais je prévois, c’est tout et Fauque dégage, et me ramène comme s’il pilotait un charter de bébés en couveuse.

            Ouf, ça va mieux. Il me gratifiera même d’un « kiss » de derrière les fagots, et tout ira mieux dans quelques minutes. Inlassablement, les Fouga de l’Ecole de l’Air reprendront leur ronde pour le restant de la journée. Après le dé-briefing, les pilotes prendront un sandwich ou deux, prépareront leur « barda » et s’envoleront pour leur tournée d’été, baladins d’aujourd’hui, trouvères ou chantres de la Haute École de la Voltige de meeting. Chaque fois, il faudra vaincre la routine, cette habitude qui devient relâchement, et chaque matin qui se lèvera sera une leçon de courage.

Source de informations :

  • Article de Pierre Peyrichout paru dans AVIANEWS juillet 1978
  • Jack Krine
  • photos de Frédéric Bunel, Liliane et Xavier Cotton


Une Alouette II sur la plage de Rivedoux : souvenirs du tournage du “Jour le plus long”

Alouette II (F-BIED) posée sur la plage sud de Rivedoux lors du tournage du film « Le Jour le plus long » (collection Bruno Baverel)


Mon ami Bruno Baverel nous fait partager aujourd’hui une photo exceptionnelle d’une Alouette II immatriculée F-BIED, prise sur la plage sud de Rivedoux-Plage. Cette image rare remonte à l’année 1961, lors du tournage du célèbre film “Le Jour le plus long” réalisé par Darryl Zanuck.

La photo, récemment retrouvée dans le garage familial de l’île de Ré, fait partie d’une collection privée précieuse. Elle a été prise par la grand-mère de l’épouse de Bruno Baverel, présente sur les lieux à l’époque. Parmi les clichés figure également un autre moment marquant : le comédien Bourvil, en plein tournage sur cette même plage.

Source des informations

  • Bruno Baverel
  • Christian Faure
  • Rotor


Fête Aérienne de Vincennes 1928 : Un Film Historique

Fête aérienne Vincennes 1928 @Marcel Coniac

Un grand merci à Nicole Ben Hassine, qui partage avec nous un film original en 9,5 mm, le fameux Pathé Baby, retrouvé dans les archives de son grand-père, Marcel Coniac. Je souhaite aussi remercier mes amis d’aéroforum qui m’ont permis d’identifier le biplan militaire de la deuxième partie du film.

Ce film, intitulé « Meeting aviation de Vincennes – 31 juillet 1928 », constitue un témoignage rare de l’aviation d’entre-deux-guerres. Pour des raisons techniques liées à la taille maximale autorisée dans notre bibliothèque des médias, la vidéo a été divisée en deux parties.

Il est probable que le tournage ait eu lieu non pas à la fin juillet, comme le suggère le titre, mais plutôt fin juin ou début juillet, lors de la grande fête aérienne organisée à Vincennes en 1928.


Dans la première partie on peut voir l’Autogire « La Cierva CL8L-II immatriculé G-EBYY » et qu’on peut voir de nos jours exposé au Musée de l’Air et de l’Espace dans la galerie des voilures tournantesDans la première partie, on peut notamment apercevoir l’autogire La Cierva CL.8L-II, immatriculé G-EBYY, une machine emblématique des débuts de la voilure tournante. Cet appareil est aujourd’hui exposé au Musée de l’Air et de l’Espace, dans la galerie consacrée aux voilures tournantes.

En fin de première partie, on distingue également le Guerchais-Henriot T-2 immatriculé F-AIYL, stationné au sol. On le retrouve en action dans la deuxième partie du film, où il est filmé en phase de roulage.

Fête aérienne de Vincennes

Dans cette deuxième partie on peut voir un Lioré et Olivier (LeO 20) et au final le Breguet 284T F-AIZT

Source des informations :

  • https://www.aerostories.org/aeroforums/forumhist/
  • https://www.museeairespace.fr
  • https://www.vincennes-aviation.fr
  • https://www.meetingsaerienshistoriques.com/
  • https://www.aerostories.org/aeroforums/forumhist/
  • http://www.pyperpote.tonsite.biz/listinmae/index.php/les-appareils-exposes/hall-9-les-voilures-tournantes/107-la-cierva-c8-ii-g-ebyy
  • https://aviationsmilitaires.net/v3/kb/aircraft/show/18497/liore-olivier-leo-20

Souvenir de formation au pilotage à l’Aéroclub de Valenciennes – 1963  – par Patrick Bordier

Photo du Rallye MS880B (F-BKZH) prise par Patrick Bordier depuis le Jodel de droite.

Je me souviens très bien de ce bel avion Rallye Club MS880B équipé d’un moteur de 100 CV — celui de l’Aéroclub de Valenciennes — que j’ai côtoyé à mes débuts. Une époque bénie, celle de mes premiers pas dans l’aviation, alors que j’étais encore élève pilote, en 1963, juste avant mes 16 ans.

Je n’ai pas vraiment évolué en tant que pilote malgré un bref épisode sur Norecrin, mais les souvenirs sont intacts. J’étais encore lycéen, et certains dimanches ou jours fériés, je prenais le tram jusqu’à Denain. Une fois arrivé à l’aérodrome, j’ouvrais les hangars, je sortais les Jodel — en les tenant par cette petite poignée vers l’arrière du fuselage —, je faisais les pleins… et je passais des heures à tenir la planche de bord, tout simplement pour être là, au cœur de cet univers.

Patrick Bordier 17 ans devant un Jodel

C’était un vrai privilège pour moi. En échange, comme une récompense discrète, le Chef Pilote — un ancien pilote de chasse nommé Pierre Alfred — m’invitait parfois comme passager. Il m’accordait même quelques moments d’initiation hors du livret officiel. Une chance inestimable pour un jeune aviateur en herbe.

J’ai récemment retrouvé une diapo scannée d’un de ces moments magiques : un vol en formation en croix, avec le Rallye et trois Jodel. C’était un exercice organisé par le Chef Pilote pour apprendre à respecter les distances de sécurité, puis à évoluer à quatre en formation décalée. Celui de l’arrière passait par en dessous sur le côté. Ensuite, on faisait un passage bas “réglementaire”, juste au-dessus de la piste, devant la tour de contrôle, avant un final en éclatement en étoile.

Ce moment reste gravé à jamais dans ma mémoire.

Patrick Bordier


Rallye, le dernier des Morane (2ème édition) par Roger Gaborieau

Rallye, le dernier des morane

Rallye, le dernier des Morane (2 ème édition)

Roger Gaborieau

Éditions Bleu Ciel Diffusion

Afin de faire Face à une importante demande des lecteurs, tant en France qu’à l’étranger , une deuxième édition au tirage très limité du livre « Rallye, le dernier des Morane » de Roger Gaborieau, enrichie de nouveaux documents et photos sort ce mois-ci.

En 240 pages et plus de 400 illustrations, l’auteur, Roger Gaborieau, retrace la conception et la certification du Rallye, sa mise en production selon des procédés nouveaux de soudage en série, son rôle de remorqueur de planeurs, sa place dans les aéro-clubs, au sein de l’armée, etc…

A noter que Jean Barbaud (http://jeanbarbaud.blogspot.fr), dessinateur et auteur de BD bien connu (Les dézingueurs, Gueules de zings, Pur Zing, Lieutenant McFly…) s’est emparé du livre en illustrant avec l’humour qu’on lui connait  des hors-textes anecdotiques d’aventures vécues par des pilotes de Rallye.

Le Rallye, une légende de l’aviation légère, voila ce qu’en dit Roger Gaborieau :
« Peu d’avions dans l’histoire de l’aviation légère auront alimentés autant de conversations au » bar de l’escadrille » que le Rallye de Morane-Saulnier. Né en 1959 pour renouveler la flotte des aéro-clubs, Il a connu immédiatement un grand succès en France, mais aussi à l’international et sa carrière se poursuit aujourd’hui encore alors que sa production a été arrêtée après trente ans de présence au catalogue de ses constructeurs.
Sa nouveauté, ses qualités et ses défauts lui ont valu des passions et des inimitiés mais son bilan parle pour lui : des milliers de pilotes formés en sécurité et dans la sérénité- autant des élèves pilotes que leur instructeurs-, une présence quasi-incontournable dans les aéro-club et prés de 3400 exemplaires construits, ce qui représente un record dans l’histoire de l’aéronautique française de loisirs.
Le Rallye est bien une légende de l’aviation dont jusqu’à présent l’histoire n’avait pas été racontée avec précision et documentation. Voici enfin la véritable du Rallye, dernier avion à porter le sigle Morane-Saulnier sur sa dérive… »

L’auteur:

Roger  Gaborieau,  journaliste et éditeur est lui-même pilote de Rallye. C’est au  cours  de  sa formation qu’il  a  eu  pour la première fois  l’occasion de  voler sur cet avion légendaire , puis comme pilote remorqueur de planeur. Roger Gaborieau est membre  du  Musée  Régional  de  l’Air, Espace  air  Passion d’Angers-Marcé. Passionné du patrimoine de l’aéronautique et pilote d’avions anciens, Roger Gaborieau a  également signé «L’aviation légère en France, 1920-1942» chez Bleu Ciel Diffusion.

Le livre :
• Format 21 x 29,7 cm (A4), 240 pages, plus de 300 illustrations* (photos, profils et infographies
originaux,)
• Broché avec rabats, cahiers cousus collés.
• Impression quadrichromie de qualité sur papier couché satiné 135 g/m2

Il est disponible sur le site de Roger Gaborieau (http://www.aviation-legere.fr) à 45 € + les frais de port. (Frais de port offerts jusqu’au 30 avril) 



BLEU CIEL Diffusion

Roger Gaborieau
10 rue Sainte Barbe
71200 Le Creusot
Téléphone : 03 85 57 54 85 /06 07 54 35 81
Courriel : bleucielmagazine@orange.fr
Site internet : www.aviation-legere.fr


Manuel de l’Aide Mécanicien Avion et Moteur de l’Armée de l’Air

Ce manuel d’Instruction Militaire était destiné à la formation des Aide-Mécaniciens Avion et Moteur à l’école de l’armée de l’air de Rochefort-sur-mer. A noter, la couverture illustrée avec humour par Marcel Jeanjean. Cette édition date de 1953, mais je sais qu’il y a eu une édition précédente en 1946. Ce manuel est conçue en trois parties :

  • Connaissance Techniques de Base
  • Notions générales sur les moteurs
  • Notions générales sur les avions


AEROCOLLECTOR 2025

La prochaine édition AEROCOLLECTOR est quasiment complète !
De nombreux exposants, collectionneurs privés ou professionnels, nouveaux ou habitués participeront encore cette année apportant leurs trésors aéro. Il est encore temps de participer comme Exposant !Si vous avez des maquettes, documents, objets pub, pièces aéro que vous souhaitez vendre
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Samedi 22 et dimanche 23 mars 2025
ESPACE CHARENTON
Salle ARIANE
327 rue de Charenton
75012 Paris 
 
Retrouvez toutes les informations sur  www.aerocollector.com
Prenez dès à présent date et n’hésitez pas à contacter L’équipe d’AEROCOLLECTOR pour toute information sur les stands et animations. Alors faites le savoir autour de vous ! 
contact@aerocollector.com
www.aerocollector.com  

Histoire d’une PATROUILLE Carnets de voltige autours du monde


Carnet de vol d’Armel-Pierre DEBETTE

Ce carnet de vol de pilote privé d’Armel Pierre Debette m’a été envoyé par un ami. Si quelqu’un de sa famille veut le récupérer qu’il prenne contact avec moi (contact@passionpourlaviation.fr).


Concours d’avions légers 1928

 

Caudron C.109 F-AITI appartenant à Maurice Finat ©Jacques Hémet

En 1928 l’Association Française Aéronautique  organisa le Concours d’avions légers. Celui ci s’est déroulé du dimanche 9 septembre 1928 au départ d’Orly  pour finir le vendredi 21 septembre au Bourget.

Cette épreuve eu entre autre  but  de fournir des informations précieux sur les possibilités d’adaptation d’avions légers au tourisme aérien et par conséquent aux  besoins de d’instruction en double commande. Trois nationalités ( France, Angleterre, Allemagne) furent présentes au concours. Le dimanche 9 septembre fut consacré uniquement à la présentation des appareils, à la vérification du poids à vide des avions limité à 400 kilos, au contrôle des licences des pilotes, des certificats et laissez-passer des appareils et enfin aui trage au sort de l’ordre des départs. Les epreuves du concours ne commencèrent réellement que le lendemain.

Lundi 10 septembre, dès 8h, les participants commencèrent par les épreuves éliminatoires de décollage et de montée.

     

      • L’épreuve de décollage consiste à décoller en moins de 250 mètres :  chaque concurrent se voit attribuer un point par 4 m. entre la longueur réelle du décollage et les 250 m maximum autorisés.

      • L’épreuve de montée consiste à atteindre l’altitude de 1.500 mètres en moins de 30 minutes : 2 points par 20 secondes entre le maximum de 30 minutes et le temps réel de montée.

      • Les commissaires commenceront l’examen des appareils pour l’attribution des points de qualité :

    a) Aménagement pour le transport des passagers: 15 points par place aménagée, en plus de celle du pilote

    b) Parachutes : 5 points par place équipée d’un parachute homologué par le S. T. I.Aé. français et utilisable

    c) Protection contre l’incendie: 20 points si l’aménagement comporte un dispositif efficace de protection

    d) Recouvrement rigide : 15 points

    e) Démontage et remontage : 15 points si l’opération — suivie d’un vol de 5 minutes — est effectuée en moins de 30 minutes

    f) Démarrage : 10 points pour trois mises en route — dont une à froid — dans le temps maximum de 15 minutes

    g) Double commande : 10 points à tout appareil équipé d’une double commande, avec deux vols de 5 minutes chacun, le pilote occupant successivement les deux places ;

    h) Protection contre le capotage : 5 points si l’appareil présente un dispositif efficace de protection

    i) Visibilité et confort du poste de pilotage : 5 points pour le confort, la visibilité, la protection contre le bruit.

    Mardi 11 septembre à partir de 8 heures, les commissaires poursuivirent l’examen des appareils pour l’attribution des points de qualité et firent exécuter notamment les essais de mise en route des moteurs, de démontage et de remontage des appareils.

    Mercredi 12 septembre à partir de 8 heures, eut lieu l’épreuve de rendement qui consistait à effectuer huit fois de suite le triangle Orly-Buc-Orly, le tout sans escale . Tout atterrissage intermédiaire éliminant le concurrent de l’épreuve de rendement, mais non du concours

    Le classement se fera par application de PxV/C la formule dans laquelle P est a charge utile, V la vitesse moyenne en kilomètres-heure et C la consommation totale en kilos. Le chiffre obtenu donnera le nombre de points.

    Jeudi 13 septembre.  Aucune épreuve ce jour-là, la journée est consacré au repos des pilotes.

    Vendredi 14 septembre.  A partir de 8 heures, départ des concurrents pour l’étape Orly-Nancy (aérodrome d’Essey), soit environ 284 kilomètres. Les concurrents doivent arriver à l’étape avant 16 h. Ceux qui rempliront cette condition recevront 60 points. Il en sera de même pour chaque étape, les jours suivants

    Samedi 15 septembre. Nancy-Essey / Lyon-aérodrome de Bron, 345 kilomètres.

    Dimanche 16 septembre. Lyon-Bron / Marseille-Marignane, 257 kilomètres.

    Lundi 17 septembre. Marseille-Marignane/  Toulouse-Francazals, 313 kilomètres.

    Mardi 18 septembre. Toulouse-Francazals / Bordeaux-Mérignac, 218 kilomètres.

    Mercredi 19 septembre. Bordeaux-Mérignac / Nantes-Le Bêle, 292 kilomètres.

    Jeudi 20 septembre. Nantes-Le Bèle / Le Havre-Bléville.

    Vendredi 21 septembre. Le Havre-Bléville / pour Le Bourget

    Samedi 22 septembre. Réception des concurrents par l’Association Française Aérienne et proclamation des résultats.

    Le Concours des Avions Légers n’étant pas un meeting au sens habituel du terme, Il fut possible au public d’accéder gratuitement à l’aérodrome d’Orly, selon les  règles habituelles. Un ou deux autocars partaient chaque matin de la Place d’Italie, mais ils étaient réservés aux concurrents, aux commissaires et à la presse.

     

    Klemm L25D D-1357 piloté par Robert Lusser © Jaques Hémet

    La première journée, le Concours d’Avions Légers s’annonce bien car le temps est ensoleillé et le ciel est bleu. Et cette matinée d’automne que nous vivons à Orly n’est pas sans intérêt. Plusieurs concurrents anglais arrivent à Orly dans la matinée, parmi lesquels Lady Heath et le Lieutenant Comper.

    De 10 à 13 heures, l’aérodrome fut animé par l’arrivée des concurrents et par quelques essais de ceux qui sont déjà présents. C’est d’abord le Lieutenant Comper venu de Felixstowe sur son petit biplan C.L.A. 4, à moteur Bristol-Cherub 32 CV. A deux reprises, il fit un vol  au dessus de l’aérodrome d’Orly,  malheureusement, au cours d’un troisième essai, le moteur eut une défaillance dans son alimentation et l’avion reprit avec le sol un un peu rudement. Une ferrure de l’atterrisseur fut faussée et entraîna une réparation assez longue.

    « L’écurie » Caudron vint presque complète. Seul, Avignon, des Assurances Syndicales, manqua à l’appel. Maurice Finat, sur son C.109 (F-AITI), arriva au Bourget, vers midi, précédé de Vanlaère, Delmotte et Massot. Caudron, outre l’avion de Finat, présente quatre appareils mais n’ayant que trois pilotes  disponibles, un avion ne prendra pas le départ. Toute la production Caudron, en matière d’avions légers, est représentéele  :  le C.109 à moteurs Salmson de 40 CV, le C.161, biplan à moteur Salmson de 60 CV, le C.116, également à moteur Salmson 60 CV, le C.113 à moteur Anzani 70 CV et enfin, le C.114 à moteur Anzani 50 CV.

    La petite limousine de Guerchais est veritablement une nouveauté, il s’agit monoplan, conduite intérieure, à moteur Anzani 50 CV.  Le Service de la Navigation Aérienne a imposé un vol d’essai à l’appareil avant de lui accorder un permis de circulation provisoire. Dimanche matin, Le pilote Pierre Lemerre mène à bien cet essai. L’appareil vole bien et paraît se comporter aussi bien qu’il en était attendu.

    Vers 11 heures, Magnard a amené à Orly l’avionnette Albert destinée au jeune pilote Pierre Fisbach. Bel appareil. Magnard a terminé son petit voyage à Dugny et Orly par quelques évolutions de choix. Peu après l’atterrissage, Fisbach a pris place pour la première fois dans l’avion  et a réalisé un bon départ. Ce jeune pilote n’a que dix-huit ans, et a passé son brevet de tourisme, chez Morane-Saulnier, juste quelques jours avant le départ officiel du concours. A noter que Pierre Fisbach est propriétaire de l’avion et donc, un des premiers clients d’Albert.

    Les cinq avions Caudron, la limousine de Guerchais et le petit monoplan Albert constituent toute la participation française.  Sur les seize appareils engagés au départ, il ne s’en trouve que sept pour représenter la France. Neuf abstentions sur seize! Nessler a renoncé à concourir, bien que son appareil fut à Orly, parce qu’il estimait n’avoir aucune chance; Peyret, une fois de plus, a différé les essais de son tandem; Mauboussin, Leduc, Aireau n’étaient pas prêts ; Albert a fait trop tard l’effort qui s’imposait et seul un appareil sur les quatre qu’il avait engagés était en mesure d’être dimanche à Orly ; enfin, Avignon, pour une raison quelconque, ne rallia pas le lieu de la compétition.

    Du côté étranger, seuls les forfaits de l’avion allemand Baumer et celui du Lieutenant Bentley ont été enregistrés. Sont donc engagés, le petit biplan C.L.A. 4, du lieutenant Comper et les trois Avro-Avian à moteur Cirrus 85 CV de Lady Heath et des Capitaines Percival et Neville-Stack, plus le De Havilland « Moth » , à moteur Gipsy, du capitaine Broadde Havilland

    Côté allemand , les deux Klemm ont fait grosse impression par leur atterrissage très court et en douceur. Le premier, piloté par Lusser accompagné d’un mécanicien, est équipé avec un Salmson 40 CV l’autre Klemm est équipé d’un Daimler-Mercédès de 20 CV et piloté par Aicheale.

    Pour en venir à la compétition proprement dite, celle-ci fut limitée dimanche à la présentation des appareils, à la vérification des papiers des appareils et des pilotes, à la pesée des machines et au contrôle des soutes à  bagages. Le public était assez nombreux. Il eut la chance d’assister à une présentation en vol du Capitaine Atcheley, venu à Orly, sur un « Moth » en promeneur et qui se livra à une exhibition d’acrobatie absolument incomparable.

    Le deuxième jour du concours, lundi, fut tout à fait animé. On y vit de hautes personnalités de l’Aéronautique officielle comme M. Fortant, le Colonel Fequant, l’Ingénieur en chef Sabatié, l’Ingénieur Herlaut, etc. Plusieurs pilotes atterrirent sur le terrain, en visiteurs. Ce qui caractérisa la journée, ce fut la visite minutieuse des Commissaires auprès de chaque appareil afin d’attribuer à ceux-ci les points de qualité prévus aux règlements.

    MM. Suffrin-Hébert, représentant le Service technique de l’Aéronautique, le capitaine Joublin, également du S. T. I. Aé, MM. René Moineau et Charles Dollfus examinèrent successivement l’aménagement réalisé en vue du transport des passagers, les mesures de protection contre l’incendie, l’adaptation , et les possibilités d’adaptation des parachutes, etc.

    Auparavant, on avait procédé à la pesée des équipages, des sacs de lest, des parachutes ; on avait contrôlé l’emplacement des sièges. Et, tandis que les Commissaires techniques poursuivaient leur examen, d’autres commissaires et le très dévoué chronométreur qu’est Georges Dinner se mettaient en devoir d’enregistrer les premiers essais pratiques Ceux-ci concernaient le démarrage des moteurs, le démontage et le remontage des voilures, l’emploi de la double-commande. Dans la soirée, certains concurrents s’attaquaient déjà à l’une des éliminatoires : la montée à 1.500 mètres en moins de 30 minutes avec, à bord, toute la charge.

    La plupart des avions présentés étaient équipés en biplaces, seul l’avion Albert est monoplace. Certains concurrents ont renoncé à enlever un passager et ont préféré le remplacer par du lest, perdant ainsi la prime de 15 points, mais leurs appareils n’en sont pas moins dos biplaces, aménagés comme tels et pourvus d’ailleurs, en majorité, de la double commande. Comme recherche du confort, aucune nouveauté à signaler : le « Moth » de Broad, les Avro-Avian, de Stack, de Percival et de Lady Heath sont, certes, très confortables ; les habitacles sont nets, propres, dégagés, mais le carrossier n’est pas encore passé par là. Sur la limousine Guerchais par contre on peut constater une recherche évidente d’un plus grand confort.

    Protection contre l’incendie : rien non plus de nouveau, mais réunion de différents dispositifs propres à réduire le risqua du feu. Dans l’ensemble, les mesures prises sont satisfaisantes. Guerchais mettra au point, plus tard, l’adaptation du carburateur Henriot pour carburants lourds à son moteur Anzani.

    Quatre appareils à recouvrement rigide ont été présentés. Mais seuls, Guerchais et Albert ont enlevé les 15 points prévus. Les deux petits Klemm n’ont que 60 pour 100 de leurs ailes « en contre-plaqué » et le règlement exigeait 66,6 pour 100. Dommage, car, en fait, ils méritaient les points. Décidément, un concours ne récompensera vraiment le mérite que lorsqu’il ne comportera pas de règlements et que ses résultats ne dépendront que du bon sens et de la logique des choses. et des commissaires.

    En matière de montage et de remontage, on a beaucoup admiré le repliage des ailes du « Moth » et des trois « Avian » Mais Caudron a fait tout aussi bien: en 6 minutes 45, le biplan de Massot a été replié, est passé sous le portique, fut remonté et a décollé.Tout cela en 6 minutes 45. Côté parachutes: une simple constatation. La plupart des concurrents sont équipés d’un parachute. Tous ont réussi à convaincre les commissaires, par des démonstrations variées, que leur parachute était utilisable et presque tous ont ainsi gagné les cinq points promis.

    Moins bonne note dans la voie du démarrage du moteur: Caudron a bien réussi quelques mises en route, mais les Anglais qui, il y a deux ans, avaient, sur le « Moth » un excellent démarreur, l’ont supprimé – parce que trop lourd — pour en revenir au dangereux lancer à la main. C’est regrettable.

    En matière de protection contre le capotage, on n’a pu récompenser que l’atterrisseur sans essieu, seule mesure présentée pour diminuer ce risque pourtant assez grave. A ce propos, l’Avro est supérieur au « Moth » qui a conservé son essieu. Chez nous, Albert et Guerchais l’ont écarté.

    A signaler, au compte de la journée de lundi, !a nécessité pour Comper de réparer complètement son atterrisseur endommagé la veille et une nouvelle et formidable exhibition du pilote anglais Atcherley, qui est bien digne de figurer parmi les plus grands « as » de la virtuosité.

    La troisième journée  plus active encore que les deux précédentes.

    Les concurrents ont terminé les derniers essais qui leur restaient à faire pour l’attribution de certains points de qualité. Tous ont tenté leurs épreuves de montée et de décollage. En raison de la forte charge emportée par la plupart des concurrents, ces épreuves étaient dures, très dures même et c’est un beau succès à l’actif des petits avions que d’avoir pu faire ce qu’ils ont fait.

    Hélas, quatre appareils ont été éliminés en fin de journée. Le premier, Neville Stack, avait constaté des fuites importantes dans son réservoir d’essence; il le démonta pour le faire réparer et, en attendant, accomplit ses épreuves avec un réservoir, emprunté à l’appareil de Lady Heath. S’il n’y avait pas eu de règlement, on aurait pu applaudir à l’interchangeabilité des pièces de l’Avro-Avian ; c’était une belle qualité à récompenser, mais il y avait un règlement et ce règlement interdisait le remplacement d’un réservoir. On dut annuler des épreuves de M. Stack et lui imposer de les recommencer avec son réservoir primitif.  Le réservoir, d’ailleurs mal réparé, arriva trop tard et le pilote anglais navré dut renoncer

    Le second hors concours est le courageux Comper après avoir travaillé toute la nuit, avec la collaboration de M. Makee, le chef du Centre d’Entrainement d’Orly et de ses ouvriers à la réparation du C. A. L. 4, Comper avait réussi l’épreuve de démontage et remontage. Mais jouant de malchance, au moment où Il allait décoller, il creva un pneu. Le soir, il repartit pour l’épreuve de décollage qu’il accomplit en même temps que celle de montée. Il grimpa correctement et disparut au loin. On devait attendre vainement son retour. Par suite d’une avarie a la canalisation d’huile, il dut atterrir fortuitement aux environs d’Arpajon, sans mal d ailleurs. Il n’en reste pas moins hors concours.

    les deux autres éliminatoires sont celles du Caudron N°4 qui n’a pas réussi son épreuve de montée dans les conditions requises et du Klemm-Daimler. Aichele, son  pilote eut  des ennuis de moteur; au troisième  essai, le petit « deux-cylindres » qui avait à son actif, quelques centaines d’heures  refusa de tirer l’avion jusqu’à l’altitude exigée.

    Ces quatre défections devaient donc ramener à 10 le nombre des appareils restant restant qualifiés pour l’épreuve de rendement.Il faut d’ailleurs constater que la plupart de ces dlx appareils accomplirent les épreuves de montée  et de décollage avec aisance.

    Poids des appareils

    Appareils

    Moteur Puissance  Pilote  Poids à vide en kg  Charge utile en kg   Poids total sans combustible en kg
    Caudron N°1  Salmson 40 CV  Maurice Finat  337 204 541
    Caudron N°3  Salmson  60CV  Massot 381 125,5 506,5
    Caudron N°4  Anzani  60 CV  Delmotte 391 217,5 608,5
    Caudron N°6  Anzani  60 CV  Jean Vanlaere 392 215,2  607,2
    Klemm N°9  Salmson  40 CV  Robert Lusser 314 246,5  560,5
    Guerchais N°10  Anzani  50 CV  Pierre lemere 398 153,5  551,5
    Albert N°14  Salmson  40 CV  Pierre Fisbach  253  108,2  361,2
    Avro-Avian N°18   A.D.C. cirrus  85 CV  Capitaine Perceval  390  224  614
    De Havilland-Moth N°20  Gipsy  85 CV Capitaine Broad  394  214,8  06,8
     Avro-Avian N°25   A.D.C. cirrus  85 CV  Lady Heath  305 231,2  626,2

    Caudron N* 1 Moteur : Salmson 40 CV. — Pilote : Maurice Finat — Poids à vide: 337 kilos — Charge utile: 204 kilos. — Poids total sans combustible : 541 kilos.

    Caudron N* 3 Moteur : Salmson 60 CV. — Pilote : Massot — Poids à vide: 381 kilos — Charge utile: 125,5 kilos. — Poids total sans combustible : 506,5 kilos.

    Caudron N* 4 Moteur :Anzani 60 CV. — Pilote : Delmotte — Poids à vide: 391 kilos — Charge utile: 217,5 kilos. — Poids total sans combustible : 608,5 kilos.

    Caudron N* 6 Moteur : Anzani 60 CV. — Pilote : Jean Vanlaere— Poids à vide: 392 kilos — Charge utile: 215,2 kilos. — Poids total sans combustible : 607,2 kilos.

    Klemm N* 9 Moteur : Salmson 40 CV — Pilote : Lusser— Poids à vide: 314 kilos — Charge utile: 246,5 kilos. — Poids total sans combustible : 560,5 kilos.

    Guerchais N* 10 Moteur : Anzani 50 CV — Pilote : Pierre Lemere— Poids à vide: 398 kilos — Charge utile: 153,5 kilos. — Poids total sans combustible : 551,5 kilos.

    Albert N* 14 Moteur : Salmson 40 CV. — Pilote : Magnard ou Pierre Fisbach — Poids à vide: 253 kilos — Charge utile: 108,2 kilos. — Poids total sans combustible : 361,2 kilos.

    Avro-Avian N* 18 Moteur : A.D.C. cirrus 85 CV — Pilote : Capitaine Percival — Poids à vide: 390 kilos — Charge utile: 224 kilos. — Poids total sans combustible : 614 kilos.

    De Havilland-Moth N* 20   Moteur : Gipsy 85 CV. — Pilote : Capitaine Broad — Poids à vide: 394 kilos — Charge utile: 214,8 kilos. — Poids total sans combustible : 606,8 kilos.

    Avro-Avian N* 25 Moteur : A.D.C. cirrus 85 CV. — Pilote : Lady Heath — Poids à vide: 305 kilos — Charge utile: 231,2 kilos. — Poids total sans combustible : 626,2 kilos.

    Montée à 1.500 mètres

    De Havilland-Moth N* 20 en 8 min. 50 : 128 points

    Avro-Avian N* 18 en 10 mm : 120 points.

    Albert N* 14, en 11 min. 30 : 112 points.

    Klemm n° 9, en 13 min. 30 : 100 points.

    Avro-Avian n° 25 en 15 min : 90 points.

    Caudron n° 3 en 16 min. 30: 82 points.

    Guerchais n° 10 en 19 min. 20 : 64 points.

    Caudron n°4 en 21 min. 30 : 52 points.

    Caudron n°1 en 29 min. 30: 2 points.

    Les commissaires communiqueront ultérieurement le résultat de l’essai du Caudron n° 6, qualifié.

    Décollage

    Caudron n°1 en 91 mètres : 40 points.

    Caudron n°3, en 104 mètres: 37 points.

    De Havilland n°20 en 106 m.: 36 points.

    Klemm n°9 en 112 m. 15 : 34 points.

    Avro-Avian n° 25, en 115 mètres: 34 points.

    Albert n°14 en 116 m. 5 : 33 points.

    Caudron n°4, en 137 m. 5 : 28 points.

    Avro-Avian n°18, en 139 m. 5: 28 points.

    Les commissaires communiqueront ultérieurement le résultat de l’essai des avions Caudron n° 6 et Guerchais n° 10, également qualifiés.

     

    Klemm KL25D D-1357 piloté par Robert Lusser ©Jacques Hémet

    Dix appareils ont été qualifiés pour l’épreuve de rendement Ces trois premières journées du concours de l’Association Française Aérienne ont été fort animées. Elles ont déjà permis une sélection intéressante, en laissant dans la compétition les machines qui ont subi avec succès les dures épreuves éliminatoires. Six Français, trois Britanniques et un Allemand restaient en ligne mardi soir.

    Le Tour de France des avions légers Le Concours des Avions Légers touche à sa fin. Demain vendredi, les petits avions arriveront, dans la matinée, à l’aéroport du Bourget ayant accompli la brillante démonstration de leurs possibilités pratiques. Contentons-nous aujourd’hui du compte rendu des dernières journées du concours. Nous verrons après à tirer les enseignements qui sont nombreux et profitables.

    L’épreuve de rendement Nous avions laissé les concurrents de la compétition de l’Association Française Aérienne à Orly, à la fin de la troisième journée, après attribution des points de qualité.

    Comme nous l’avons indiqué, dix concurrents restaient en ligne le quatrième jour, pour prendre part à l’épreuve de rendement.

    Il s’agissait de couvrir huit fois le circuit Orly-Buc-Orly, soit en tout 312 kms, à la plus grande vitesse possible et en consommant le moins possible. C’était là l’épreuve la plus importante du concours.

    Il est seulement regrettable que quatre appareils intéressants aient été éliminés les journées précédentes. On eût aimé voir participer à l’épreuve de rendement non seulement Neville Stack et le quatrième avion Caudron mais aussi et surtout le biplan C. A. L. 4 de Comper et le petit Klemm-Daimler de 20 ÇV avec lequel Achele devait faire de si belles démonstrations.

    Le contrôle des consommations s’effectua de la façon suivante: on pesa les équipages et les avions, en ordre de vol, avant le départ ; au retour, on les fit, de nouveau, passer sur la bascule et la différence entre les deux pesées donna la consommation.

    Le premier qui partit fut Vanlaère, à 11h17, sur Caudron-Anzani 60 CV. Il devait malheureusement être victime d’une panne et se poser à Villacoublay. Vanlaère fut le seul concurrent qui ne couvrit pas les 312 kms du parcours. Les neuf autres réussirent à terminer l’épreuve en des temps qui varient de 2 h07 min. 08 sec., pour le plus rapide (Lady Heath), à 2 h. 39 min. 58′ pour le plus lent (Maurice Finat).

    Rien de particulier n’est à signaler dans cette intéressante épreuve qui devait confirmer le remarquable rendement du petit monoplan Klemm à moteur Salmson 40 CV, de Lusser. Dès jeudi dernier, nous avions dit ce qu’était ce rendement, dans ces conditions, il était facile de prévoir le succès du pilote allemand. Aussi bien, Broad, sur le Moth-Gipsy, l’approchait de très près : 110 points sur un ensemble de 1.200 séparaient Lusser de Broad, à la fin de la quatrième journée. Preuve que le règlement n’avait pas été si mal étudié que cela, puisque les deux meilleurs avions du lot se détachaient nettement des autres.

    Il faut bien dire, d’ailleurs, que si l’on considère les avions du point de vue économique, il est bien certain que le classement répond parfaitement au but poursuivi et qu’il place en tête ceux qui, logiquement, devaient y être.

    Aussi bien, mieux que tout commentaire, la , situation des concurrents, à la fin de la quatrième journée, montre clairement la situation de chacun d’eux.

    Le jeudi 13 septembre la journée ne comportait aucune compétition. Aussi à Orly, les mécaniciens et les pilotes en profitèrent-ils pour terminer les ultimes préparatifs avant le départ pour l’épreuve de régularité. Ce fut une journée  de travail avec de nombreuses discussions sur les mérites respectifs des différents concurrents. Le départ d’Orly le vendredi 14 pilotes et officiels se retrouvent à Orly pour le départ de la première étape du grand circuit. Il fallait gagner Nancy avant 16 heures, soit un vol d’une distance de 284 kilomètres. Les prévisions métrologiques n’étaient pas mauvaises,le temps était beau avec un léger vent contraire Nord-Nort-Est. Une brume au sol rendait la visibilité médiocre au départ de Paris Tout d’abord, on apprit que l’équipage Caudron ne prenait pas le départ en raison du peu de chances qui lui restait pour s’assurer une bonne place dans le classement général. Cette décision fut fort commentée et les concurrents furent unanimes à regret que Delmotte et Massot soient Contraints d’abandonner.

    Après quelques pesées et les vérifications de la charge utile, Rouyer sur le Caudron Salmson de Finat prit le départ pour Essey-les-Nancy à 9 heures 17 Quelques minutes, après, Lemerre avec son classique chapeau de paille et ses gants beurre frais accompagné de son mécanicien, décolle à 9h20 : Deux tours de terrain, un coup de chapeau par la fenêtre et la limousine Guerchais. Anzani met le cap à l’Est, bientôt suivi, à 9 h. 23, par le jeune Fisbach sur Albert-Salmson. Nullement intimidé par ce long voyage pour un débutant, Fisbach était très à l’aise et il est à noter qu’il était le seul à en emmener un contrôleur de vol Badin en vue de l’occasion qu’il avait fait 6 heures de pilotage en cabine noire chez Farman. A 9h45 lady Heath et Percival, sur leur Avro-Avian-Cirrus, décollent de conserve. Trois minutes plus tard, c’est le tour de Lusser  le leader du classement général. Apres avoir évolué autour du terrain, Lusser se repose puis repart,après avoir  apres avoir remis de l’ordre dans son déroule-carte dont la feuille s’était détachée

    Il ne restait plus à partir que l’avion de Broad, car celui-ci n’était pas encore arrivé  sur le terrain après une heure d’attente, le retardataire pris l’air à 11h16, accompagné de Tapper  sur le « Moth » personnel Lady Heath, emportant les toilettes et les bagages de cette charmante pilote.

    Pierre Fisbach, le pilote de l’avion Albert, n’eut vraiment pas cette de chance au cours de cette première étape. En raison du vent contraire et craignant la panne d’essence, Fisbach résolut de se poser au camp de Mailly pour s’y ravitailler. Des piquets endommagèrent légèrement la queue de son appareil. La réparation fut vite effectuée,mais en voulant repartir, une baisse de régime peu après le décollage le contraignit à faire un atterrissage de campagne sur un bois. L’appareil fut brisé, sans aucun mal pour le pilote qui ne dut qu’a son sang-froid  d’éviter un accident plus grave. Le cran de ce jeune homme dans ces circonstances délicates montre l’étoffe dont il est fait et permet de dire qu’il ira loin.

    l’arrivée à Nancy : à Nancy, l’arrivée eut lieu sur le beau terrain du 21e régiment, à Essey. Ce terrain vaste et bien dégagé, se trouve à  proximité de la ville. Un embryon d’aménagement : poste radio et un bureau du S.N.Aé  constitue toute l’ installation civile.

    C’est donc  aux militaires que l’on eut recours le abriter et ravitailler les concurrents. Le capitaine Houpert qui avait été délégué auprès des organisateurs, s’acquitta avec la plus grande amabilité.

    Dès 9 heures du matin, les dévoués commissaires de l’Aéro-Club de l’Est, MM.Gasser, Francin, Gorlacher, Lebon, Combette et Rennesson étaient à pied d’œuvre. On remarquait aussi la présence de Mlle Marvingt, la doyenne des aviatrices, et de MM. Henry Brun, Président de l’Aéro-Club de l’Est; Bichaton, Vice-Président de la si utile Association des Amis du 21e régiment, et du lieutenant-colonel Keller. De gracieuses infirmières, tout de blanc vêtues, sont là pour assurer le service médical.

    Un radio d’Orly confirme le départ des sept appareils. Le public, relativement nombreux pour un jour de semaine, attend patiemment l’arrivée en contemplant sagement le départ des gros avions de bombardement qui s’en vont aux manœuvres.

    L’attente n’est d’ailleurs pas de longue durée. En effet, à 12 heures 9 minutes, 25 secondes, les deux Avro-Avian de Lady Heath et du capitaine Percival sont au-dessus de la piste. Très galamment, ce dernier se pose le second; l’un et l’autre sont aussitôt entourés et vivement félicités.

    Puis, après une nouvelle attente, le Caudron-Salmson de Rouyer apparaît à son tour, il est 13 h. 16 min. 30 sec. On enregistre ensuite les atterrissages de Lemerre, sur Guerchais-Anzani à 13 h. 16 m. 30 s. ; de Lusser à bord de son Klemm-Salmson, à 13 h. 19 ‘m. 30 s. et enfin du capitaine Broad a 13 h. 33 m. 25 s. ,

    A sa descente, Lemerre, toujours gante de beurre frais et couvert de son inséparable chapeau de paille, obtient un  joli succès. Son appareil, ainsi que celui de Lusser, d’une forme moderne, suscite tout particulièrement l’intérêt des visiteurs auxquels se sont joints, outre un imposant contingent de réservistes, tous les pilotes du régiment.

    Un peu avant la fermeture du contrôle, à 13 h. 55, le « Moth » qui transporte les pièces de rechange de l’équipe « Avian Cirrus » se pose à son tour. La toujours gracieuse aviatrice anglaise Lady Heath, emmène Mlle Marvingt à son bord et la fait évoluer pendant quelques minutes, de main de maître.

    Après avoir vérifié soigneusement les moteurs, fait le plein, s’être longuement prêté aux exigences des photographes et avoir inlassablement répondu aux mille questions qui leur furent posées, les concurrents prirent place dans les voitures que les membres de l’Aéro-Club de l’Est mettaient aimablement à leur disposition pour gagner Nancy.

    La, un brin de toilette s’imposait, avant de se rendre à la cordiale réception que M.Eugène Corbin nous a réservée. Aimable réception, dans un cadre d’une parfaite élégance, à la suite de laquelle tout le monde se retrouva, sauf le malchanceux Broad, encore aux prises avec son moteur, au dîner amicalement offert par l’Aéro-Club de l’Est La journée se termina ainsi par des agapes simples, mais exquises, avec, pour décor, la perspective unique et magnifique de la place Stanislas.

    A l’issue du dîner, après avoir remercié et félicité les concurrents, le président Brun remit à Ladv Heath et à Rouyer, les premiers arrivés des étrangers et des français, d’artistiques vases. Il remit aussi des médailles à tous les pilotes en souvenir de leur passage à Nancy.

    L’étape Nancy-Lyon

    A sept heures, le lendemain matin, pilotes et mécaniciens s’affairaient autour de leurs appareils en vue de couvrir la deuxième étape: Nancy-Lyon.

    Sans s’attarder davantage, les petits appareils – ils semblent encore plus petits auprès des « Goliath » qui voisinent avec eux sur la piste — sont sortis des hangars.

    Huit heures. « Vous pouvez partir », leur annonce le commissaire de l’épreuve. Et quelques minutes après, les moteurs ronronnent joyeusement.

    A 8 h. 13, Rouyé, le premier, s’élève sans difficulté. Il est suivi de près par Lemerre et Lusser. Enfin, en vol de groupe, les deux Avian et le « Moth » prennent leur vol. Avant de s’enfuir à tire d’ailes, les trois appareils exécutent de concert de beaux passages, en vitesse, avec montée en « chandelles », qui ont ie don d’enthousiasmer définitivement les fidèles spectateurs qui ont assisté à leur départ.

    Seul, reste dans un coin du vaste hangar qui nous avait été réservé, le « Moth » Gipsy, de Broad, qui ne devait partir, le dernier qu’à 10 h. 31.

    L’horaire de l’étape fut le suivant :

    Rouyer : D. : 8 h. 13. — A. : 11 h. 20.

    Lusser : D.: 8 h. 25. — A.: II h. 22.

    Lady Heath: D.: 8 h. 27. — A.: 11 h. 44

    Percival : D.: 8 h. 27. – A.: Il h. 44.

    Guerchais : D. : 10 h. 05. – A. : 13 h. 46.

    Broad : D.: 10 h. 31. — A.: 12 h. 40.

    A Lyon, l’escale avait été organisée par l’Aéro-Club du Rhône et du Sud-Est. La réception fut charmante et se termina par un dîner offert aux concurrents par M. Vermorel, président de l’Aé.C.R.

    L’étape Lyon-Marseille

    Les départs de Lyon pour Marseille furent pris, dimanche, de 8 h. 24 à 13 h. 15.

    C’est encore Broad qui s’envola le dernier.

    A Marignane, en raison de l’éloignement de la ville, le public est peu nombreux. Les représentants l’Aéro-Club de Provence étaient là, cependant, dès les premières heures de la matinée: MM. Pierre Blanchet, Garnier, Salvenave, Braun, etc.

    Lady Heath arrive la première à 9 h. 42.

    Les atterrissages se succèdent, sans incident. Le mistral commence cependant à souffler et Broad n’est pas encore là. Il ne devait se poser à Marignane qu’à 14 h. 45.

    La foule vint plus nombreuse l’après-midi. Le gros succès est toujours pour Lusser et Lemerre, dont la petite conduite intérieure fait sensation.

    L’horaire de l’étape Lyon-Marseille peut , se résumer comme suit :

    Ronyer 1)..8 h. 24. — A. : 10 h. 23.

    Lady Heath : D.: 8 h. 25. — A.’ 9 h. 42.

    Percival : D.: 8 h. 25. — A.: 9 h. 42′ 30″ Lusser : D. ! 8 h. 29- —. A.: 10 K. 24.

    Lemerre : D.: 9 h. 25. – A.: 11 h. 28.

    Broad : D. : 13 h. 15. – A.: 14 h. 45.

    Le soir, un dîner offert par l’ Aéro-Club de Provence réunissait concurrents et officiels.

    L’étape Marseille-Toulouse

    Le lendemain, les concurrents quittèrent Marseille à de brefs intervalles puisque les départs s’espacèrent de 8 h. 06 à 8 h. -50.

    A Toulouse, c’est l’Amicale des Aviateurs qui a assumé l’organisation de l’étape, réunissant trois prix régionaux. Là aussi, belle et cordiale réception.

    A Toulouse, devait se produire le premier incident de la course. Tous les pilotes se posèrent sans incident sur le terrain, sauf Lusser dont on resta fort longtemps sans nouvelle. En réalité, Lusser avait dû atterrir à Lezignan en panne d’essence Il se ravitailla, mais on lui fournit un carburant de mauvaise qualité qui le contraignit à se poser de nouveau à Carcassonne. Le voyage de tous les équipages fut contrarié par un fort vent auquel d’ailleurs Lusser dut sa première panne.

    L’horaire de l’étape fut :

    Percival : D. 8 h. 06 — A. 11 h. 21.

    Lady Heath : D. 8 h. 06 — A. 11 h. 22.

    Broad : D. 8 h. 07 — A. 10 h. 54.

    Rouyer : D. 8 h. 08 — A. 13 h. 11.

    Lusser : D. 8 h. 08 m. 30 s.

    Lemerre : D. 8 h. 29 — A. 13 h. 38.

    Lusser n’étant pas arrivé au contrôle a, 16 heures se voyait privé des 60 points qui étaient attribués à chacun de ses concurrents.

    Le soir, banquet sous la présidence du Président de la Chambre de Commerce.

    L’étape Toulouse-Bordeaux

    Mardi à 7 h.11, Lusser ayant quitté Carcassonne atterrit à Toulouse. Il manifesta un instant l’intention d’abandonner et c’est grâce à l’insistance de son mécanicien qu’il y renonça. Une demi-heure après, il repartait.

    Rien de particulier à signaler au départ de Toulouse. A Bordeaux, l’annonce du passage des petits avions n’a pas fait grand bruit. Sur le terrain, cependant, quelques connaissances : le pilote Descamps, l’ingénieur Letang, Darroman, Piene Bonnet, le lieutenant Goëgel, etc.

    A signaler, à cette escale, l’arrivée très jolie du « Moth » d’accompagnement de Lady Heath volant de conserve, aile à aile, avec le « Moth-Gipsy » de Broad. Tous les atterrissages se passent admirablement.

    L’horaire fut le suivant :

    Lemerre : D. 8 h. 25 — A. 10 h. 44.

    Lusser : D. 8 h.31-A.10h.48.

    Rouyer D. 8 h. 34 — A. 10 h. 48.

    Percival : D. 9 h, 16 m. 30 s. — A. 10 h. 52.

    Lady Heath : 1). 9 h. 17 — A. 10 h. 53.

    Broad D. 10 h. 04 — A. 11 h. 40. 1

    A 18 heures, un vin d’honneur fut offert à l’Aéro-Club du Sud-Ouest.

    Ayant bouclé le tour de France cinq avions sont revenus au Bourget Lusser, sur Klemm-Salmson, gagne l’épreuve, devant Percival et Broad Le Concours d’Avions Légers, organisé par l’Association Française Aérienne, a été un brillant succès. Il constitue, à la fois, une belle démonstration des possibilités pratiques de l’aviation légère et une excellente manifestation de propagande aéronautique.

    L’étape Bordeaux-Nantes.

    De Bordeaux, où nous les avions laissés la semaine dernière, les six survivants du Concours d’Avions Légers, toujours accompagnés du « Moth » de Lady Heath — « son cheval de bagages », comme elle dit si gentiment, — prirent la direction de Nantes. Les deux Français Rouyer et Lemerre, suivis de Lusser, décollent les premiers. L’équipe anglaise, plus rapide, s’offre un léger repos supplémentaire et s’envole en dernier.

    Cependant, à Nantes; dès 9 heures, quelques centaines de spectateurs les attendaient patiemment. Cette escale, grâce à la bonne collaboration de l’Aéro-Club de l’Atlantique, fut aussi parfaitement organisée.

    Sur le terrain, les aviateurs étaient attendus par MM. Matliivet, Préfet, et Moitié, maire; les généraux Brossé et de Torquet; Poisson, président de l’Aéro-Club ; Moitessier, secrétaire général du département ; Colombié, président du Conseil interdépartemental de Préfecture; Caillaux, secrétaire de la Ville; Cassegrain, Dolidon, Charpentier, adjoints au Maite; Aubert, conseiller général ; Guihard, conseiller municipal ; Maufra, secrétaire de l’Aéro-Club; Notté, ingénieur en chef des Ponts; Fiévé, commandant des pompiers ; Lasne, président du Syndicat d’Initiative, ainsi que par les représentants de la Presse locale et de nombreux officiers.

    A 10 h. 45, le gracieux monoplan Klemm se silhouette dans le ciel et, sans heurt, se pose sur le terrain. Puis arrivent ensuite Rouyer à 11 h. 2; Lemerre, à il h. 15; Lady Heath, à II h. 26; Percival, à 11 h. 27, et,-enfin, Broad, à 12 h. 46. Il était temps, les officiels allaient quitter le terrain.

    L’après-midi, un nombreux public se rendit à l’aérodrome pour examiner les appareils. Puis une réception eut lieu à l’Hôtel de Ville, tout pavoisé pour la circonstance.

    Après avoir apposé leur signature sur. le livre d’or de la ville de Nantes, les pilotes furent reçus dans la belle salle gothique où le maire, M. Moitié, leur souhaita la bienvenue en termes excellents. L’actif président de l’Aé.-C. de l’Atlantique, M. Poisson, et le pilote Lemerre, au nom des concurrents, remercièrent M. Moitié de la  cordiale réception qui leur fut réservée.

    Le soir, un dîner amical réunissait, par les soins de l’Aé.-C. de l’Atlantique, concurrents et officiels qui ont emporté de leur séjour à Nantes le meilleur souvenir.

    L’étape Nantes-Le Havre.

    Décidément favorisé des Dieux, le tour de France des avions légers aura connu, jusqu’au bout, un temps idéal. Il y eut bien, de Marseille à Toulouse, un bon petit mistral ; mais, d’abord, Marseille sans le Mistral ne serait pas Marseille et, ensuite, cela aura permis de démontrer que les appareils en course, même les plus lents, allaient au moins aussi vite que l’avion commercial qui prit, ce jour-là, le départ pour Lyon.

    Mais nous voici au Havre. Notre grand port commercial, dont les rues sont si joliment fleuries, a bien fait les choses. C’est que Le Havre a la chance de posséder un des aéro-clubs les plus vivants, où l’on vole beaucoup et où, par conséquent, on aime, bien sincèrement,1 sans phrase, l’aviation. La « Vieille Tige » Léon Molon, qui est le président et le grand animateur de cet aéro-club, peut être fier de son œuvre.

    Ses excellents collaborateurs, MM. Migraine, Hainneville, Guest, Lagneaux, Houllier et Martin ont droit, eux aussi, à nos sincères félicitations.

    Grâce à leur bonne propagande, grâce à leurs efforts, l’étape du Havre, la dernière de l’épreuve de régularité du concours, a été richement et généreusement dotée de 4.600 francs de primes Cette escale fut aussi celle où le public, plusieurs milliers de personnes, était le plus nombreux. Un important service d’ordre, dirigé par le Capitaine Soyer, avait été heureusement prévu, et les atterrissages purent avoir lieu sans incident. De nombreuses personnalités locales : MM. Lafaurie, vice-président de la Chambre de Commerce du Havre, de Puymaly, secrétaire général de cette assemblée ; Corbeaux, directeur général du Port Autonome, et Le Bourhis, ingénieur en chef; puis MM. Labay, maire de Bléville ; Lecrocq, conseiller municipal du Havre, représentant le député-maire ; Martin, adjoint au maire de. Sanvic, etc., avaient tenu à venir féliciter les pilotes dès leur arrivée sur le terrain.

    Pour une fois, c’est le Capitaine Broad qui, à 10 h. 43, se pose le premier. Quelques quarts d’heure se passent, puis les arrivées se succèdent plus rapidement : celles de Lemerre, à 11 h. 16; de Percival, à II h. 39; de Lusser, à II h. 57 et, enfin, de Rouyer, à 12 h. 6. La foule enthousiaste applaudit chaleureusement tous les pilotes.

    Toutefois, il manquait Lady Heath à l’appel ; son compagnon  de route, Percival, l’avait perdue de vue à environ 70 kilomètres du terrain. Un peu après 13 heures, un coup de téléphone nous rassurait sur son sort. Par suite d’une panne malencontieuse de son moteur, l’intrépide pilote avait dû se poser sur la plage de Trouville, sans aucun mal. Dès son retour, le « Moth » de dépannage lui porta secours et, en travaillant d’arrache-pied, la réparation put être effectuée à temps pour lui permettre, le lendemain, de regagner Paris dans les délais prescrits. Ce petit contretemps n’a fait perdre que 60 points à Lady Heath sans modifier, pour cela, sa place dans le classement général. S’il s’était produit quelques minutes plus tard, alors qu’elle se proposait de traverser l’estuaire de la Seine, les dommages auraient pu avoir de plus sérieuses conséquences.

    Cette journée devait être, pour l’Aé.-C.du Havre, celle des visites aériennes. En effet, l’après-midi, un Bréguet XIX militaire, piloté par le Lieutenant-Colonel Zarapoff, arrivait de Mayence après avoir traversé, en guise d’entraînement, toute là France d’Est à Ouest.

    A 16 h. 30, une cordiale réception attendait les pilotes à l’Hôtel de Ville du Havre, dont la façade était pavoisée pour la circonstance Dans la magnifique Salle des Fêtes, fleurie et décorée avec goût, le Maire, M. Lang, entouré des hautes personnalités havraises, souhaita la bienvenue aux aviateurs. Son cordial et vibrant discours exprima toute la foi qui anime les édiles de notre grand port maritime. Le Président de l’Aé.-C. du Havre, Léon Molon, remercia en termes émus M. Lang de l’appui bienveillant dont il entouie l’aviation.

    Puis, après que M. Lafaurie eut apporté le salut très cordial dû Port Autonome et de la Chambre de Commerce, le délégué de l’Association Française Aérienne remer- cia tour à tour l’Aé.-C. du Havre, la Mu-.nicipalité, la Chambre de Commerce et tous les généreux donateurs de primes. Il donna ensuite lecture du palmarès de l’escale, palmarès ainsi établi :

    1ere. prime : Capitaine Broad, 2.000 francs,

    2° prime : M. Lemerre, 1.500 francs, offerte par la Ville du Havre;

    3e prime : M. Percival, 500 francs, offerte par l’Aéro-Club du Havre;

    4e prime : M. Lusser, 200 francs, offerte par l’Automobile-Club du Havre;

    5e prime : M Rouyer, 200 francs, offerte par l’Automobile-Club de l’Ouest.

    En outre, une prime spéciale de 200 francs, offerte par l’Union des Commerçants du Havre, a été attribuée à M. Lemerre, Èomme, étant le propriétaire de l’appareil ‘le plus confortable, ayant pris part à la compétition.

    L’absence de la courageuse Lady Heath fut unanimement regrettée et le Maire, M. Lang, chargea le- Capitaine Broad de lui remettre, au nom de la Ville du Havre, une magnifique gerbe de fleurs.

    Le retour au Bourget.

    Bien avant huit heures, le vendredi matin, tous les appareils étaient sortis du hangal, Les «  pleins » ont été faits de la veille; au Havre, comme d’ailleurs à toutes les autres escales, les services de la Vacuum Oil, alertés, ont fait diligence et, grâce à cette remarquable organisation, plusieurs concurrents se sont trouvés débarrassés d’un grave souci. Néanmoins, pour la dernière étape, une promenade de moins de 200 kms, cependant, les concurrents ne veulent rien laisser au hasard.

    On croirait aussi remarquer une sorte d’impatience générale à gagner la capitale.

    à jouer la dernière carte du jeu !

    Dès que le signal du départ est donné, Lemerre s’envole le premier, bientôt suivi par Rouyer et Percival, qui décollent presque en même temps, à 8 h. 12. Lusser part à son tour, à 8 h. 14 et le capitaine Broad à 8 h. 23. Ce dernier départ devait nous ménager une surprise. En effet, sept minutes après, le « Moth-Gipsy » revient sur le terrrain. L’appareil est rentré dans le hangar; on ausculte le moteur. C’est sérieux ; la pompe à. huile ne fonctionne plus et laréparation, trop longue, ne permettra pas à Broad de gagner Le Bourget dans les limites requises. Cet incident va lui coûter la seconde place, car il est « serré » de près par son compatriote Percival.

    De bonne heure, au Bourget, plusieurs groupes se formaient, où on discutait ferme, tout en a espérant » les sélectionnés du concours. Ce fut l’Avro-Avion du capitaine Percival qui, à 9 h. 43, se posa le premier.

    Vivement félicité par un groupe de compatriotes et en particulier par l’attaché de l’Air britannique, le major Smyth-Pigott, le bon pilote apprend alors,* avec une heureuse surprise, que son concurrent direct, dans l’impossibilité de repartir, lui laisse la deuxième place du classement général.

    Les effusions que provoque cette nouvelle ne sont pas encore calmés que, à 10 h. 5, arrive Lemerre, dont la tenue élégante est maintenant célèbre dans toute la France. Le beau monoplan Guerchais-Anzani est aussitôt entouré. Son pilote est fleuri, puis congratulé. Les spectateurs admirent la propreté du moteur et du véhicule aérien à leur retour d’une aussi longue randonnée. Quelque vingt-cinq minutes se passent en bavardages et voici un autre concurrent français, l’excellent Rouyer, dont !e Caudron-Salmson a bravement tenu le « coup », malgré la lourde charge que ses modestes quarante chevaux ont eu à transporter.

    Puis Rouyer est à peine posé que le fin monoplan Klemm apparaît à l’horizon. De gracieuses- évolutions et le vainqueur du concours atterrit dans un très beau style. Tout souriant, Lusser est extrait de la carlingue, puis hissé triomphalement sur les épaules de ses compatriotes et amis.

    L’attente se prolonge un peu, car ce n’est : qu’à 13 h: 24 que Lady Heath arrive en dernier. Pour comble de malchance, elle a du, le matin même, changer son carburateur et procéder à un nouveau réglage.

    Une belle ovation salue son atterrissage; les officiels et les concurrents, ses amis et ses admirateurs ont tenu à féliciter tout particulièrement la charmante pilote, dont le « cran » et la sportivité sont unanimement reconnus. Au nom de l’A.F.A., on remet à Lady Heath une magnifique gerbe de fleurs.

    Le dernier tableau du concours des Avions légers se termina ainsi, en apothéose, sans que l’on eût le regret d’enregistrer le plus petit accident ou incident.

    Avant que les participants de cette « belle et utile manifestation ne reprennent le cours habituel de leurs travaux, l’A.F.A. les avait conviés à se retrouver une dernière fois, en un amical dîner. Ces agapes eurent lieu place Gaillon, dans les Salons Drouant.

    Notre ministre de l’Air, M. Laurent Eynac, retenu par la constitution de son département, était représenté par M. J’inspecteur général Grard ; y assistaient également : le major Srnyth-Pigntt, attaché de l’Air britannique; M. Claudius, attaché à l’ambassade d Allemagne, de nombreux confrères et, naturel tement, les pilotes, les constructeurs et les organisateurs.

    Après M. Cartier, qui félicita les concurrents, Lemctre, Scrnnir.g et Lady Heath remercièrent les organisateurs au nom des pilotes: M. l’Inspecteur Général Grard exprima aux dirigeants de l’A. F. A. tout l’intérêt présenté par les deux concours, qui se sont l’un et l’autre complétés, le concours de Vauville et celui d’Orly. Ces deux manifestations. a-t-il précié, ont vu le triomphe de la «  finesse » vers la recherche de laquelle, ainsi que le précisait dernièrement l’ingénieur Caquof, il faut résolument s’orienter. De chaleureux applaudissements saluèrent la nrroraison de M. inspecteur Général Grard. Et là-dessus, la soirée se termina fort agréablement en conversations très animées au cours desquelles de nombreux projets furent élaborés pour l’an prochain.

    Le classement.

    Voici, sous réserve d’homologation par la Commission sportive, ie classement définitif des concurrents du concours:

    1. — (N° 9). — Klemm. moteur Salmson 40 CV. Pilote: Lusser, 1.691 points.

    2. — (N° 18) — Avro-Avian, moteur Cirrus 85 CV. Pilote- Percival, 1.606 points.

    3. — ( 20) — de Havilland-Moth, moteur Gipsy 85 CV. Pilote: H-S. Broad, 1.581 points.

    4. — (N°25) — Avro-Avian, moteur Cirrus 85 CV. Pilote: Lady Heath, 1.520 pts.

    5. — (N° 1) — Caudron C. Joq, moteur Salmson 40 CV. Pilotes: Finat et Rouyer, 1.294 points.

    6. — (N° 10)Guerchais-Henriot, moteur Anzani 50 CV. Pilote: Lemerre, 1.055 points.

    7. — (N° 14) — Albert, moteur Salmson 40 CV. Pilote: Fisbach, 833 points.

    8. — (N° 4) — Caudron, moteur Salmson 60 CV. Pilote: Delmotte, 720 points.

    9. — (N° 3) — Caudron 161, moteur Salmson 60 CV. Pilote: Massot, 574 points.

    Il nous faudra revenir et nous y reviendrons, dès notre prochain numéro, sur les intéressants enseignements que l’on doit retirer de cettp belle compétition.

     

    Caudron C-113 F-AIUC, codé 6, prototype unique à moteur Anzani 6A-3 de 60 ch fut transformé en C-110 par montage d’un moteur Salmson 5Ac de 60 ch. © Collection Espace Air Passion, Angers.

    Sources des informations :

    Jacques Hémet

    BNF Gallica

    Hebdomadaire Les Ailes :

    en fait c’est 4 numéros hebdomadaires qui conscrent un article au concours des avions légers de 1928 :

    06 septembre 1928 page 1 et 2  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65546070/f1.item.r=Klemm
    13 septembre 1928 page 1, 2 et 15 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6554608d/f15.item.r=Klemm
    20 septembre 1928  page 8 ,9 ,11,14 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6554609t/f8.item.r=Klemm
    27 septembre 1928 page 11,12 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6554610g/f12.item.r=Klemm


    « L’Atlantique sud de l’Aéropostale à Concorde » sur vinyl

    Un grand merci à Pierre Peyrichout pour avoir mis à ma disposition ce vinyle 33 tours « L’Atlantique Sud de l’Aéropostale à Concorde » .

    Ce disque édité, il y a 50 ans a été conçu et réalisé par la Compagnie Nationale Air France lorsqu’elle préparait en Amérique du sud une exposition rétrospective en hommage à ses précurseurs. Gérard Civet ayant réalisé la sonorisation et Julien Bonny, la maquette.

    Cet enregistrement est constitué par les récits de onze témoins qui vécurent entre 1918 et 1933, la conquête aérienne de l’Atlantique Sud

    • Jean-Gérard Fleury, écrivain et journaliste auteur de « La Ligne »ouvrage le plus complet de l’aéropostale complet paru sur le sujet, évoque les débuts de l’Aéropostale à l’époque où les avions volaient à 150 km à l’heure et à 500 mètres d’altitude. Témoin des grands moments de cette épopée, il a bien connu Mermoz, Saint-Exupéry, Didier Daurat, Delaunay et vécu jusqu’à Concorde les progrès fabuleux de l’aviation. Il raconte comment l’Aéropostale fut à l’origine du développement de l’aéronautique au Brésil, en Argentine et au Venezuela et rapporte des anecdotes inédites.
    • Léon Antoine pilote de guerre, ancien pilote d’Air France, n’a rien oublié de ses premiers vols à la Société des Lignes Aériennes Latécoère en 1926 … Avec son franc parlé, Antoine raconte ses débuts avec Daurat, ses pannes moteur, les « salades de bielles des avions de l’époque. Mermoz, Reine, Etienne, Delaunay, Guillaumet étaient ses amis. Il donne du héros une définition à laquelle personne n’avait pensé.
    • Jean Macaigne officier-radio a bord de l’aviso « Péronne » fut le premier témoin du transport de la poste par voie maritime entre Dakar et les côtes du Brésil, c’était au début de mars 1928 le relais qui donnait à la Ligne sa complète raison d’être. Radio-navigant à bord des avions de l’Aéropostale, son rôle fut important dans le développement du réseau sud-américain. Pour lui aussi Daurat fut un homme extraordinaire, le chef incontestable.
    • Consuelo de Saint-Exupéry raconte comment après avoir rencontré à Buenos Aires le « patron » de l’Aéropostale en Argentine elle reçoit de celui-ci une lettre de 83 pages et une demande pressante. Ce texte paraîtra en librairie sous le titre de « Vol de nuit » au moment de leurs fiançailles à Paris. Pour Saint-Ex., dit-elle, l’avion était un objet destiné à mesurer les obstacles et à essayer de pénétrer les secrets de la Terre.
    • Antoine de Saint-Exupery qui fut pilote et directeur de l’Aéropostale en Argentine, « métier fertile » entre tous présente ici son nouveau livre d’alors « Terre des Hommes », recueil de souvenirs et de témoignages » qu’une longue pratique professionnelle a accumulés non seulement sur le pilote mais aussi sur l’homme lui même.
    • Joseph Kessel de l’Académie Française, se souvient de deux heures d’angoisse alors qu’en 1929, à bord d’un Laté 25 avec Emile Lécrivain et Edouard Serre, ils volent de Cap Juby à Villa Cisneros: une tempête s’abat sur le désert, et le survol du littoral à un mètre au-dessus des flots devient périlleux. C’est une évocation de « Vent de sable » par l’auteur de « Mermoz » qui fut le grand narrateur de l’Aéropostale et de ses hommes.
    • Jean Mermoz s’entretient avec Joseph Kessel. C’est l’un des très rares documents sonores qui permet, malgré l’imperfection de la gravure originale d’entendre la voix de Mermoz. Joseph Kessel vient de lire dans un hebdomadaire de l’époque, les confidences faites par Mermoz au journal « Confession » et lui fait part de son émotion. Cet article révèle dans quelles conditions précaires il vivait à l’époque à Paris pour gagner sa vie alors qu’il avait l’expérience de 600 heures de vol. Et Mermoz ne regrettait rien des corvées qui s’imposaient à lui pour survivre a Paris après son service militaire.
    • Lucien Gambade fait avec humour le récit de son premier vol sans visibilité à bord d’un Bréguet 14. Au retour d’un courrier d’Alicante, peu après Lézignan, Gambade, que le mauvais temps oblige à voler très bas, perd de vue la voie ferrée, son seul point de repère… a l’entrée d’un tunnel, ce qui le contraint a prendre de l’altitude pour éviter les montagnes avoisinantes. Dans les nuages l’avion évolue sans direction puis retrouve providentiellement sa route. Les oiseaux ne volent pas dans les nuages dit-il, pourquoi irions-nous ?
    • Jean Dabry qui fut le premier navigateur aérien de l’Aéropostale composait avec Mermoz et Gimié le premier équipage à avoir franchi l’Atlantique Sud. C’était le 12 mai 1930, à bord d’un monomoteur Laté 28 équipé de flotteurs. Entre Saint-Louis du Sénégal et Natal, la traversée dura 21 h 10. Pour la première fois la poste était transportée complètement par voie aérienne de Toulouse à Santiago du Chili. Le Commandant Dabry raconte comment l’entreprise fut réussie après de minutieux préparatifs.
    • Didier Daurat « le Patron », explique les origines de la Ligne créée à Toulouse, en 1918 dans l’esprit de Pierre Georges Latécoère. En réponse à certaines critiques, il justifie son attitude de fermeté devant les hommes. Celui qui avait « le don du chef » montre comment ce qui paraissait impossible est devenu possible grâce à un nouveau type d’hommes.
    • Le Père Pierre Secondi Dominicain établi au Brésil depuis 1931, a vu les équipages au travail et eut pour eux une grande admiration. Il apporte sa part du témoignage et conclut ce document sonore par des souvenirs personnels d’une époque où les machines étaient presque humaines tant elles étaient soumises à la volonté de leurs pilotes.

    Pour les passionnés d’aviation que vous êtes, je suis sûr que vous écouterez avec émotion ces enregistrements qui prouvent à quel point ces hommes étaient motivés pour remplir leur mission tout en étant aussi simples que vous et moi. Oui, ils sont des héros des temps modernes, mais selon la définition du héros donnée par Léon Antoine : « Être un héros, c’est être le seul à savoir qu’on a eu peur. »


    Michelin Cup Challenge Revival : 

    Michelin et ses partenaires font revivre l’esprit de ses grands défis aéronautiques historiques 

    • Michelin lance le Michelin Cup Challenge Revival, avec la collaboration de la Fédération Française Aéronautique (FFA), de KRISTAL.air et de VINCI Airports, remettant ainsi au goût du jour les grands défis des débuts de l’aviation.  
    • Des épreuves, élaborées en partenariat avec la FFA et KRISTAL.air, accessibles à tous les pilotes licenciés FFA et aux aéroclubs partenaires, qui se dérouleront entre les mois de mai et juin.  
    • Trois prix pour récompenser les bonnes pratiques liées au pilotage, mettant en avant la sécurité des vols et l’innovation technologique. 

    Michelin a le plaisir d’annoncer le lancement du Michelin Cup Challenge Revival 2024, en partenariat avec la Fédération Française Aéronautique, qui regroupe plus de 50.000 licenciés et 600 aéroclubs, VINCI Airports, qui gère l’aéroport de Clermont-Ferrand où aura lieu la remise de prix, et l’application mobile KRISTAL.air, dédiée à la communauté aéronautique. Le Challenge Michelin CupRevival fait revivre l’esprit des pionniers de l’aéronautique en faisant écho à la Coupe Michelin d’Aviation, un défi imaginé par André Michelin en 1908 et lancé aux premiers aviateurs de l’histoire. 

    Deux mois de compétition pour relever le défi 

    À compter du mois de mai, et pour une durée de deux mois, les pilotes licenciés FFA devront relever un défi composé de 6 épreuves en moins d’une heure au sein de leurs aéroclubs. Le règlement et les modalités de participation seront à retrouver sur le site de la Fédération Française Aéronautique.     

    Les épreuves à réaliser seront les suivantes : 

    • Le cœur (suivre avec précision une route complexe), 
    • Les cylindres interdits (éviter des zones de survol), 
    • La montée (maintenir sa vitesse),  
    • L’infini (se mettre en attente en toute sécurité), 
    • La descente (stabiliser son variomètre),  
    • Et les ballons (franchir des points tournants).

    Le Chalenge sera enregistré numériquement via l’application mobile KRISTAL.air dédiée aux pilotes privés et disponible sur smartphone et tablette. Les résultats seront étudiés par un comité composé de membres de la Fédération Française Aéronautique, de Michelin et de KRISTAL.air qui sélectionneront les gagnants. 

    Ils s’appuieront sur l’application et les règles établies avec la Fédération Française Aéronautique pour évaluer la qualité de la conduite du vol des participants, le respect des bonnes pratiques, de la sécurité et de la réglementation aérienne. 

    Une remise des prix à l’aéroport Clermont-Ferrand Auvergne. 

    Les prix seront remis lors d’une cérémonie qui se tiendra le 27 juillet, à l’aéroport Clermont-Ferrand Auvergne. Trois distinctions viendront récompenser les lauréats du premier Michelin Cup Challenge Revival, avec pour objectif principal de promouvoir une approche sûre et responsable de l’aviation générale : un prix sera dédié aux pilotes d’avions thermiques, un deuxième sera attribué à une catégorie avions électriques, ces récompenses mettant en avant la sécurité des vols et l’innovation. Enfin, l’aéroclub le plus engagé sera également mis à l’honneur. 

    Clin d’œil aux grands défis du passé, le trophée sera une reproduction réduite de la Coupe Michelin d’Aviation de 1908.  

     » Michelin et l’aviation, c’est une longue histoire d’amour. C’est en mars 1908, il y a 116 ans, que l’un des frères fondateurs du Groupe, André Michelin, organisait le premier défi aéronautique : la Coupe d’Aviation Michelin. Aujourd’hui, nous sommes plus que jamais animés par cette passion de l’aéronautique et de l’innovation. C’est donc avec beaucoup de fierté et d’émotion que nous relançons, en association avec la Fédération Française Aéronautique et nos partenaires, le Michelin Cup Challenge Revival, 2024″, a déclaré Sophie Brechoire, Présidente des activités aéronautiques du groupe Michelin.  

    « Dans la tradition des grands chalenges des débuts de l’aviation, grâce au partenariat entre Michelin, KRISTAL.air et la Fédération Française Aéronautique, le Michelin Cup Challenge Revival est lancé ! Accessible à tous les licenciés FFA, il récompensera la qualité du pilotage, dans des épreuves de maniabilité et de navigation, tout en veillant, bien sûr, à la sécurité des vols et au respect de notre environnement ! Ces valeurs essentielles sont au cœur des actions portées actuellement par la FFA, pour tendre vers une aviation toujours plus responsable et de plus en plus sûre », a déclaré Kevin Dupuch, Président de la Fédération Française Aéronautique.

    « En tant qu’acteur de la filière aéronautique, nous avons à cœur d’accompagner les aéroclubs et leurs membres en leur proposant KRISTAL.air, une application mobile révolutionnaire destinée aux pilotes privés et à la formation des nouvelles générations. C’est avec fierté que nous nous associons, avec nos partenaires, au Michelin Cup Challenge Revival, qui consacre notre désir de participer à la modernisation et à l’amélioration de la pratique de l’aviation légère », a déclaré Gilles Wallet, PDG de KRISTAL.aero.

    Hervé Bonin, directeur de l’aéroport de Clermont-Ferrand Auvergne, géré par VINCI Airports, a déclaré, « Nous sommes particulièrement fiers d’accueillir la remise du 1er trophée de ce chalenge Michelin sur à l’aéroport de Clermont-Ferrand Auvergne. Cet événement fait écho à la riche histoire conjointe de Michelin et de l’aéroport depuis plus d’un siècle. Les valeurs portées par ce chalenge, visant à promouvoir une aviation sûre et responsable, s’inscrivent pleinement dans la lignée des actions de VINCI Airports pour la décarbonation de ses activités dont la promotion de l’aviation légère électrique fait partie ».

     Un peu d’histoire La Coupe Michelin d’Aviation de 1908 imposait la réalisation d’un parcours entre Paris et Clermont-Ferrand, en 6 heures, avec pour défi d’atterrir sur le Puy de Dôme. Le but était de promouvoir le développement de l’aviation, balbutiante à l’époque. Deux ouvrages marquants « Notre Futur est dans l’air » publié par André Michelin en 1912 et « Notre sécurité est dans l’air » datant de 1919, retracent cette glorieuse épopée des ailes françaises, André Michelin y soulignant l’importance de la sécurité en compétition.

    À propos de Michelin

    Michelin a pour ambition d’améliorer durablement la mobilité de ses clients. Leader dans le secteur de la mobilité, Michelin conçoit, fabrique et distribue les pneumatiques les plus adaptés à leurs besoins et à leurs usages ainsi que des services et des solutions pour améliorer l’efficacité des transports. Michelin propose également des offres qui font vivre à ses clients des moments uniques au cours de leurs voyages et de leurs déplacements. Michelin développe aussi des matériaux de haute technologie destinés à de nombreux domaines. Basé à Clermont-Ferrand, Michelin est présent dans 175 pays, emploie 132 200 personnes et exploite 67 usines de pneumatiques qui, ensemble, ont produit environ 167 millions de pneus en 2022. www.michelin.com

    À propos de la Fédération Française Aéronautique 

    Créée en 1929, la FFA est actrice du développement de l’aviation légère. Elle regroupe plus de 600 aéroclubs et 41 000 pilotes. La fédération fait le lien entre les pouvoirs publics, les autorités de l’aviation civile française et la communauté de l’aviation légère. Plus grande fédération de pilotes privés en Europe et 2e au monde, elle représente également 2 200 instructeurs, 2 500 avions et 600 000 heures de vol par an. www.ffa-aero.fr

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    À propos de KRISTAL.aero et KRISTAL.air

    KRISTAL.aero, entreprise familiale française, est devenue un fournisseur majeur de pièces détachées utilisées pour la maintenance de l’aviation générale et d’affaires. Depuis 2023, l’entreprise se développe en distribuant les pneumatiques Michelin et en proposant des services de révision d’accessoires pour l’aviation commerciale. Kristal.aero développe et offre l’application mobile KRISTAL.air, issue de sa passion pour l’aéronautique. Elle est destinée aux pilotes privés, instructeurs, aéroclubs et organisateurs de compétition, qui se rassemblent dans un même environnement autour de leur passion commune. https://air.kristal.aero/fr/


    À propos de VINCI Airports

    Premier opérateur aéroportuaire privé au monde, VINCI Airports gère plus de 70 aéroports dans 13 pays. Grâce à son expertise d’intégrateur global, VINCI Airports développe, finance, construit et exploite les aéroports en apportant sa capacité d’investissement et son savoir-faire dans l’optimisation de la performance opérationnelle, la modernisation des infrastructures et la conduite de leur transition environnementale. VINCI Airports est le premier opérateur aéroportuaire à s’être engagé dans une stratégie environnementale internationale à l’échelle internationale en 2016, pour atteindre l’objectif zéro émission nette sur l’ensemble de son réseau d’ici 2050. www.vinci-airports.com